Plaidoyer pour les géraniums vivaces

Dominique Evrard

L’une des caractéristiques la plus visible des géraniums est la symétrie axiale des fleurs (on dit actinomorphe) alors que les pélargoniums ont les 2 pétales du haut différents des 3 pétales du bas (on dit zygomorphe). Pour l’identification, les feuilles qui sont éminemment variables sont bien plus pertinentes ainsi que la façon dont la plante éjecte ses graines. Au total il existe 375 espèces et plus de 2 000 géraniums différents, espèces, cultivars, hybrides…

Bébés à distance

Dominique Evrard déplore entendre régulièrement des commentaires un peu négatifs sur les géraniums. “Ils sont trop envahissants, ils se ressèment partout et ils se ressemblent tous. Cela me chagrine un peu et j’espère vous faire penser le contraire.”

A l’affirmation : “ils sont trop envahissants”, il est facile de répondre, que, bien sûr certains se ressèment facilement quand on sait qu’un pied peut avoir plus de 100 fleurs (5 graines par fleurs), la dispersion des graines est énorme, même si le nombre de graines viables est faible. Il y a donc fort à parier que, pour certains géraniums, on va trouver de nombreux bébés à distance voire même au coeur des pieds mère… C’est notamment le cas des G. x oxonianum qui sont des hybrides entre G. endressi que l’on rencontre dans les Pyrénées et de G. versicolor qui pousse des Alpes aux Balkans.

Il existe plus de 100 cultivars de cet hybride. Chaque année voit son lot de nouveautés dans les catalogues.

G. x oxonianum ‘Phoebe Noble’ « rose très foncé avec des veines rouge-cerise »
G. ‘Tiny Monster’ & x oxonianum ‘Winscombe’ (à droite), « un vieux cultivar (1974)
bas (30 cm) qui a la particularité de juxtaposer des fleurs de tonalités différentes
: rose nacré presque blanc et rose soutenu » – © D. Evrard

D’excellentes plantes de jardins

Mis à part ce caractère un peu gênant, les géraniums sont d’excellentes plantes de jardin. Ils s’accommodent d’une bonne terre, ni trop sèche ni trop humide, du soleil comme de la mi-ombre et forment des dômes de feuillage quasi persistant de 20 à 40 cm de haut. Une multitude de fleurs (entre 3 et 4 cm de diamètre) émergent de ces touffes allant du rose le plus soutenu ou très pâle au blanc immaculé rehaussé d’un veinage, voire d’une véritable réticulation, aux couleurs bien contrastées. Le plus connu de ceux-ci est ‘Claridge Druce’ mais il en existe de meilleures formes comme ‘Phoebe Noble’ rose très foncé avec des veines rouge-cerise. ‘Catherine Deneuve’ est une obtention française de T. Delabroye. Il fait 50 cm de haut, est très vigoureux et fleurit de mai à septembre, les fleurs en étoile sont rose magenta. ‘Southcombe Double’ est une très belle forme double. Mais l’un de mes préférés est ‘Winscombe’, un vieux cultivar (1974) bas (30 cm) qui a la particularité de juxtaposer des fleurs de tonalités différentes : rose-nacré presque blanc et rose soutenu. Tous ces géraniums fleurissent de mi-mai à octobre.

Tous différents

L’autre reproche que l’on entend parfois : “ils se ressemblent tous…” A cela j’aime répondre : citez-moi un genre de vivaces où l’on a des plantes de 5 cm de haut comme G. sanguineum ‘Droplet’ ou G. papuanum et d’autres qui montent à 80 cm comme certains G. pratense ou encore l’espèce botanique de G. psilostemon qui pousse en Turquie au pied du Mont Ararat.

Citez-moi, dans le même genre, des plantes qui peuvent se comporter en véritables petites grimpantes si elles trouvent un support arbustif comme les géraniums ‘Ann Folkard’, ‘Sue Cr.g’ et G. wallichianum originaires des régions himalayennes et qui aiment tellement le climat normand.

Citez-moi un genre indemne de maladie si l’on excepte les rares cas d’oïdium sur G. pratense lorsque l’été est chaud et humide. Les périodes de floraison sont aussi un atout de poids pour les géraniums. Elles commencent en mars pour G. libani, G. peloponesiacum et tous les géraniums tubéreux, le plus connu étant G. tuberosum, et vont jusqu’en novembre pour G. wallichianum et le très florifère ‘Elworthy Eyecatcher’, une plante de 45 cm de haut, championne des longues floraisons rouge-cerise éclatantes.

Geranium yunnanense
« Une belle couleur magenta rouge » :
Geranium x Hexham

Faciles à multiplier

Une autre qualité des géraniums est leur facilité de multiplication : division des touffes en mars pour la plupart, boutures de racines pour G. sanguineum et boutures d’yeux en mars pour G. cinereum. Dans ce cas, il s’agit, de couper les tiges charnues qui sortent du sol en avril sur une longueur de 5-6 cm, de ne garder qu’une nouvelle feuille par tige et de les enterrer à moitié dans un mélange sable-terreau. Ce bouturage se fait sous abri et brumisation.

À l’aise dans toutes les situations

Enfin, il s’agit de l’un des rares genres ou l’on trouve des plantes adaptées au plein soleil ou à l’ombre comme G. nodosum ‘Clos du coudray’ ou G. macrorrhizum ‘Snow Sprite’ blanc pure.

Les géraniums tubéreux

Les géraniums tubéreux ont des fleurs roses ou pourpres avec des pétales émarginés dont l’onglet est cilié.

Ces espèces poussent naturellement dans les régions aux étés chauds et secs et aux hivers froids. Certains passent l’hiver sous la neige (G. libanoticum et G. kotschii). La distribution de ces G. va des régions occidentales de la Méditerranée à l’Asie du sud-ouest en passant par les régions montagneuses d’Anatolie, d’Iran jusqu’au Pakistan.

Les stations les plus orientales de géraniums tubéreux se trouvent dans la région de Chitral au Cachemire pakistanais.

Des plantes pour milieux humides comme G. palustre dont l’inflorescence est diffuse comme une ombellifère, et les fleurs (4 cm) magenta à veines pourpre foncée et oeil blanc, ou adaptés à la sécheresse : G. renardii avec ses feuilles rondes, vertes-olive, crêpées au toucher identique à celui de Salvia officinalis. Sans oublier les innombrables géraniums alpins avec en tête de liste tous les nouveaux G. cinereum de la série

‘Jolly Jewell’ du Hollandais Marco Von Noort, G. cinereum ‘Jolly Jewell Salmon’ à la couleur unique rose saumon ou ‘Jolly Jewell Night’ lilas pourpre. On ne peut oublier les géraniums couvre-sol et ceux qui feront merveille dans les mixed-border, au printemps les G. sylvaticum : G. sylvaticum ‘Angulatum’ rose porcelaine et tous les G. pratensecomme ‘Marshmallow’, ‘Milou’ ou les doubles : blanc pur,’Plenum album’ ; blanc double avec un centre rose, ‘Algera Double’ ; ou le tout nouveau ‘Cloud Nine’, bleu transparent.

Des plantes indispensables

Toutes ces caractéristiques font des géraniums des plantes indispensables dans un jardin fleuri. Un genre où l’on trouvera automatiquement le cultivar adapté à chaque situation et qui vous gratifiera d’une longue floraison.

Je n’ai pas parlé de Geranium phaeum, exceptionnels quand ils sont groupés en masse, ni des géraniums d’Afrique du sud ou du Chili que j’ai pu observer dans la nature, ni des innombrables hybrides qui fleurissent pendant 5 mois, ni des espèces botaniques aux floraisons moins spectaculaires mais dont il faut préserver la biodiversité.

Le site de la collection : www.geraniums-vivaces.fr

Galerie Flickr : www.flickr.com/photos/geraniumsvivaces

La collection se visite sur RdV pour des groupes de plus de 6 personnes : 06 07 33 64 51 / dr.evrard@wanadoo.fr