Les réserves d’eau pour un jardin de pluie

Dans le contexte que nous connaissons de changement climatique, utiliser l’eau de pluie semble une bonne idée. Mais sa récupération et son utilisation sont réglementées, il faut donc s’informer au préalable. Au-delà, créer un jardin de pluie permet d’optimiser l’utilisation de « l’or bleu ». Voici nos conseils.

Bassin de rétention du jardin de pluie de Saint-Job, à Uccle (banlieue de Bruxelles, Belgique). Le Geleytsbeek est un ruisseau remis à ciel ouvert © CC Wiki Commons

Le changement climatique et l’élévation globale de la température s’accompagnent d’évènements de plus en plus marqués en fréquence et en amplitude : de longues périodes de sécheresse sont désormais suivies de pluies intenses.

Les très fortes pluies dépassant la capacité d’infiltration des sols entraînent un très fort ruissellement qui ne profite ni aux plantes, ni à la recharge des nappes d’eau superficielles.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, la pluviométrie présentait une répartition saisonnière : les pluies en hiver et au début du printemps remplissaient les nappes permettant de satisfaire, grâce à l’irrigation, les besoins des plantes en été, époque où l’évapotranspiration (évaporation du sol et transpiration des plantes) était supérieure à la pluviométrie.

Aujourd’hui, et sans doute encore plus à l’avenir, les nappes se remplissent très irrégulièrement et insuffisamment en hiver pendant que les besoins en eau des plantes sont accrus en été du fait d’un rayonnement solaire et de températures plus élevés. En outre, dans les zones géographiques sensibles, des arrêtés préfectoraux viennent restreindre l’usage de l’eau pour l’irrigation, tant en agriculture que pour les jardins.

Une récupération encadrée

Dans l’immédiat, la récupération de l’eau de pluie sur des surfaces imperméabilisées, le plus souvent des toitures de bâtiments, associée à un stockage temporaire permettant une utilisation différée, constituent une solution à effet immédiat et efficace.

Cette solution, certes simple dans son principe et à la portée de chacun, ne doit pas être mise en œuvre à la légère, ces eaux récupérées étant réputées non potables. La récupération d’eau de pluie en France est de ce fait régie par l’article 641 du Code civil (voir encadré). L’esprit de cet article est que la collecte d’eau des eaux pluviales est possible grâce à une cuve enterrée ou aérienne, en aval d’une toiture inaccessible au public, sauf pour son entretien.

La réglementation concerne la récupération, le transport, le stockage et l’utilisation de l’eau de pluie. La récupération des eaux en provenance de toitures réalisées en amiante-ciment et en plomb est interdite en vue d’un usage à l’intérieur des bâtiments. Elle est fortement déconseillée pour l’arrosage des plantes, au titre de la pollution des sols. En revanche, la récupération de l’eau de pluie en provenance des panneaux solaires, thermiques ou photovoltaïques est autorisée.

Définir ses besoins, définir ses moyens

Désormais, la seule satisfaction des besoins hydriques partiels d’un potager de 100 à 150 m² est insuffisante pour utiliser toute l’eau récupérée. Il faut aller plus loin avec des systèmes plus élaborés capables de répondre simultanément à des besoins extérieurs plus importants pour le jardin et à des besoins intérieurs plus grands, tels que les chasses d’eau de WC.

La surface au sol de la maison est la base. Un millimètre de pluie sur une superficie de 150 m2 procure 150 litres d’eau. La pluviométrie du lieu et sa répartition au cours du temps sont disponibles sur plusieurs années auprès des stations météo les plus proches.

La consommation d’une chasse d’eau est de 6 à 9 litres d’eau par action. La consommation maximale annuelle d’une famille de quatre personnes sera de l’ordre de 1 160 ou 1 540 litres selon le matériel.

Jardin de pluie à Arc-et-Senans (Doubs) © H. de Saint-Rambert - CC BY-SA 4.0

La consommation en eau d’un jardin

La consommation en eau d’un jardin peut s’apprécier par l’ensemble évaporation du sol et transpiration des plantes par rapport à la pluie.

Selon les régions, la partie consommation des plantes et du sol est largement couverte par les pluies de novembre (n-1) au 15 mars de l’année suivante (n+1).

On considère que le changement climatique entraînera également des répercussions sur les saisons. Les hivers devraient être plus courts, plus chauds, plus humides. Les précipitations d’hiver et de début de printemps devraient être plus fortes et les étés plus longs et plus chauds.

La tentation est grande de vouloir couvrir les manques de pluie l’été par les excédents de pluies d’hiver accumulés. Le coût des travaux à réaliser oblige à demeurer plus raisonnable ! Actuellement, les vendeurs de cuves à eau de pluie proposent principalement des volumes moyens allant de 300 à 5 000 litres pour des formats superficiels ou enterrés. Avec des citernes souples, à plus faibles frais, il est possible d’avoir des volumes plus importants.

Les qualités de l’eau de pluie

Trois éléments agissent sur la qualité. Tout d’abord, l’eau de pluie avant son contact avec la toiture, dont le pH et la teneur en sels dissous peuvent varier selon la zone géographique. Dans la grande majorité des cas le pH est acide (de 4,5 à 6,5). Ensuite, l’eau de pluie après son contact avec la toiture dont les matériaux peuvent larguer des éléments (zinc par exemple). Enfin, la durée du stockage peut modifier la qualité de l’eau de pluie finalement utilisée au sortir de la cuve.

En outre, l’eau de pluie peut contenir des molécules de pesticides utilisées dans les traitements des plantes en zones agricoles. En zone industrielle, d’autres éléments peuvent être présents. Des normes existent. Par ailleurs, sur la toiture, l’eau de pluie peut récupérer des contaminations microbiologiques issues de fientes d’oiseaux.

Concevoir le jardin de pluie

Par principe, il est possible de rejeter les excédents de pluie dans la nature. Le rejet dans le réseau collectif d’eau pluviale, enterré ou à ciel ouvert, est toujours possible, mais il est surtout souhaitable de constituer un jardin de pluie, partie du jardin destinée à récupérer l’eau de pluie en excès, et de l’épurer si besoin, avant qu’elle ne rejoigne la nappe. Ce concept est surtout développé au Canada et dans les pays anglo-saxons. Il peut aussi s’appeler « noue végétalisée ».

Schéma proposé par le guide de l’Astee(1)

Quel volume lui attribuer ?

Dans ce domaine, aucune norme n’est disponible. Le plus souvent on retient le chiffre 5 : cinq mètres carrés de surface collectée donnent un mètre carré de jardin de pluie.

Quel substrat choisir pour constituer le jardin de pluie ?

Un vrai dilemme existe, entre peu rétenteur, pour permettre un accès rapide en profondeur, et suffisamment rétenteur, pour garder des plantes en vie.

Quelles plantes utiliser ?

Les plantes hélophytes sont les plus adaptées, car les racines ne sont pas toujours dans l’eau. Utiliser des taxons européens est toujours souhaitable. Il est possible d’associer des grands hélophytes : salicaire commune, iris des marais, reine-des-prés, etc. avec des hélophytes de taille moyenne comme le rubanier d’eau, le scirpe lacustre, le plantain d’eau et aussi des hélophytes plus petites. On pensera alors à la laîche faux souchet, au scirpe des marais, à la renouée bistorte, etc.

Deux bacs de 1 000 litres disposés pour la récupération d’eau d’une serre de 40 mètres carrés. Ces bacs sont protégés de la vue par une charmille © Frédéric Moal

Le bien le plus précieux

Certains qualifient l’eau douce « d’or bleu ». Sa récupération est vertueuse : ce qui est économisé par certains profite aux autres. Cette pratique ancienne est rassurante. Dans les petits jardins de zones pavillonnaires, cette action réduit la facture d’eau potable.
La récupération d’eau de pluie est de plus en plus souvent intégrable dans des projets de construction et d’aménagement de bâtiments publics au titre de la démarche environnementale, au prix de la constitution de nouveaux réseaux avec des dispositifs efficaces de séparation.

(1) Guide de récupération et utilisation de l’eau de pluie – Commission eau potable de l’Astee (Association scientifique et technique pour l’eau et l’environnement) www.astee.org