Le greffage : le futur du kiwi !
Apparition d’agents pathogènes, sensibilité aux conditions de culture, la culture du kiwi, sur plants non greffés, telle qu’utilisée en France depuis 1967 présente de nombreux écueils. Le greffage apparaît comme une solution d’avenir.
Le kiwi est l’une des dernières cultures d’importance domestiquée et mondialement développée, en particulier avec Hayward, créée en 1925 par un pépiniériste néo-zélandais. C’est la variété hégémonique du marché mondial depuis les années 1970, grâce à sa pulpe attrayante de couleur vert émeraude, sa saveur et sa bonne performance post-récolte. Elle appartient à l’espèce Actinidia chinensis var. deliciosa. La première phase de développement s’est faite à partir de boutures, autrement dit des plants non greffés, francs de pied. Le premier verger commercial en France a été planté en 1967.

Des problèmes très prégnants et pénalisants
Les années 1990 ont cherché à diversifier l’offre, en particulier à partir d’A. chinensis var. chinensis qui peut présenter des chairs jaunes, rouges ou encore vertes. Une première variété à chair jaune “Hort16A” en Nouvelle-Zélande (sélectionnée en 1991) a été développée ouvrant la voie à la diversification variétale.
Parallèlement, en 1984, au Japon, a été réussi le premier isolement d’un agent pathogène, Pseudomonas syringae pv. actinidiae (Psa), causant un chancre bactérien sur “Hayward”. Il fut ensuite repéré en Italie en 2008, en 2010 en Nouvelle-Zélande et en France, puis partout ailleurs. Différents bio-variants sont mis en évidence. Les études génétiques aboutissent à définir deux pathovars : P. syringae pv. actinidiae et P. syringae pv. actinidifoliorum (Psm), dont on note la présence en France. Par malchance, la variété “Hort16A” s’est avérée très sensible à cette bactérie, provoquant la destruction des vergers.
Par ailleurs, le système racinaire des A. chinensis, en particulier Hayward, est connu pour sa sensibilité aux excès d’eau et aux sols lourds, c’est-à-dire aux conditions anaérobiques (observations en France à la fin des années 1980). La croissance végétative est réduite après une journée d’exposition à des conditions d’anoxie. La demande des racines en oxygène est très importante. Après plus de quatre jours d’excès d’eau la croissance des sarments ou « cane » ne revient pas à la normale même si les conditions sont meilleures : ce fut le cas localement au printemps 2024.

Plus récemment dans de nombreux pays (Nouvelle-Zélande, Italie, France, Turquie, Corée, Chine…), est apparu un syndrome entraînant un effondrement soudain et la mort des plantes affectées. Il s’appelle Kiwifruit Vine Decline Syndrom (KVDS) ou “Moria del kiwi” en Italie. L’origine du problème, encore mal élucidée, semble être la résultante de la combinaison de facteurs abiotiques et biotiques. Les facteurs abiotiques impliqués à différents niveaux sont la structure et la texture du sol, la disponibilité en nutriments, la teneur en matière organique, la teneur en métaux lourds, la phytotoxicité des xénobiotiques, la disponibilité en eau et les températures élevées, ainsi que les pratiques de gestion des plantations, telles une taille excessive ou la compaction des sols. Pour les facteurs biotiques, sont isolées différentes espèces d’oomycètes (Phytophthora spp., Pythium spp. Globisporangium1 spp. et Phytopythium1 spp.), champignons (Fusarium spp. Cylindrocarpon spp.) et bactéries (Clostridium spp.). Il est possible de se demander à l’instar d’autres dépérissements observés sur chêne, olivier, pommier, châtaignier…, si ce n’est pas une des conséquences du changement climatique avec ses événements de fortes pluies, de températures très élevées et périodes de sécheresse de plus en plus fréquents. Il est clair que ces conditions induisent des modifications significatives des équilibres biologiques dans les sols.

Le greffage, une solution en devenir
Le greffage est pratiqué depuis très longtemps, environ 1 800 ans avant J.-C. pour nombre de cultures fruitières : fruits à noyaux, citrus, olivier, pistachier, pommier, poirier… Mais certaines cultures n’y ont eu recours que plus récemment, par exemple la vigne (deuxième moitié du XIXe siècle pour gérer le phylloxera) ou pour accompagner de nouvelles cultures comme la noix de pecan ou la noix de cajou.
Jusqu’à présent, les agriculteurs y avaient peu recours sur Actinidia. Mais la création de porte-greffes devient un enjeu important avec la multiplication des variétés et face à la difficulté de combiner les exigences d’un fruit de qualité et d’un système racinaire efficient au sein d’une même entité. Il faudra prendre en compte l’impact de ces assemblages en termes de compatibilité, de vigueur induite, de date de floraison, d’impact sur le rendement, de qualité des fruits…
Quelques-uns sont aujourd’hui proposés, globalement issus d’espèces autres qu’A. chinensis. Certains sont au stade recherche, d’autres au stade commercial. Les pays les plus actifs sont la Nouvelle-Zélande, la Chine et l’Italie.

De quoi et de qui parlons-nous ?
Dans un premier temps, on a utilisé des porte-greffes de semis issus d’A. chinensis var. deliciosa, principalement ceux de la variété Bruno du fait de la vigueur et de l’homogénéité des semis. Quelques autres variétés sont utilisées en Chine.
Dans un deuxième temps, on assiste au développement de porte-greffes clonaux (bouture et micropropagation). D’abord avec le plus ancien porte-greffe clonal, Kaimai (TR 2), issu du croisement supposé A. hemsleyana X A. eriantha d’origine néo-zélandaise, aujourd’hui en perte de vitesse. Plus récent, Bounty 71 (SAV1), issu d’A. macrosperma d’origine néo-zélandaise, présente une bonne tolérance à PSA et un bon comportement en conditions sèches ou humides. Il se distingue par un système racinaire pivotant, offrant un assez bon comportement en sols lourds, mal drainés, et face aux excès d’eau.

Les pépiniéristes, en particulier italiens, proposent différents porte-greffes2. On peut citer :
- D1vitroplant® issu d’A. chinensis var. deliciosa : bon comportement en sol calcaire ;
- Jackson (YN-RT1), issu d’A. valvata : les premiers résultats indiquent des signes de tolérance au KVDS et à la salinité. Autres porte-greffes issus de la même espèce : Acva-3 et KR5 ;
- Miliang, d’origine chinoise, issu d’A. chinensis var. deliciosa Miliang n° 1 : bon comportement contre les maladies racinaires ;
- Roki, (Cpvo A202400432) également connu sous le nom de ViolaTM ou Ro.Ki.1 : aurait une meilleure résistance à la moria que Bounty 7 ;
- Spice24, pépinière La Quercia, issu d’A. rufa, espèce originaire du sud du Japon et de Corée : très faibles besoins en froid, bon comportement en sols lourds sujets à l’engorgement, et sur des sols avec une certaine salinité ;
- Z1vitroplant (Vip zedone®), sélectionné par Giuseppe Zuccherelli : bonne résistance au froid, à la chlorose ferrique, aux sols peu perméables, aux déficits hydriques et à PSA ; vigueur moyenne à élevée. Croisement avec A. arguta, il nécessite un pourcentage élevé d’heures de froid.
Finalement, les enjeux sont nombreux mais aussi très divers. Le genre Actinidia offre de belles possibilités avec plus de cinquante espèces différentes se développant dans des situations très diverses et des compatibilités de greffage interspécifiques.
Mais nous manquons encore de références dans les conditions françaises, notamment sur les interactions porte-greffes/greffon et en conditions difficiles. Par ailleurs, si les professionnels de la culture de l’Actinidia auront accès à ce matériel végétal, rien n’est moins sûr pour les amateurs, à moins d’un changement profond des habitudes des pépiniéristes. Le greffage du kiwi n’est qu’au début de son histoire.
1 Les genres Globisporangium et Phytopythium ont été récemment distingués du genre Pythium.
2 Avec le jeu des protections juridiques et commerciales, les appellations ne permettent pas toujours de repérer les filiations.