Le feijoa : à voir et à manger

Jean-Daniel ArnaudCharles-Antoine ArnaudAlain Carbonneau

Le feijoa ou Acca sellowiana (O. Berg) est une Myrtacée proche du Goyavier. Il est également surnommé goyavier du Brésil ou goyavier de Montevideo. Il croît à l’état spontané dans le sud du Brésil, en Uruguay, au Paraguay et dans le nord de l’Argentine.

Le feijoa, un arbre apprécié pour son esthétique et ses fruits – © Sylvie Gomez Arnaud

L‘espèce feijoa est découverte en 1819 par Friedich Sellow. Otto Karl Berg la dénomme Feijoa sellowiana en hommage à João da Silva Feijó (1760-1824), naturaliste portugais. En 1890, Édouard André, rédacteur en chef de la Revue horticole, l’introduit en France. Puis, en 1941, le botaniste allemand Max Burret (1883-1964) assimile le genre Feijoa Berg au genre Acca Berg, plus ancien.

Des fleurs spectaculaires pour un mariage à plusieurs

Arbuste à feuillage persistant pouvant atteindre 4 à 6 m, le tronc est rougeâtre, les feuilles sont vertes sur une face et grises légèrement duveteuses sur l’autre. Les fleurs spectaculaires sont pourpres et blanches et pourvues de grandes étamines rouges. Les fruits sont oblongs, fermes et verts.

Le feijoa est peu exigeant. D’origine tropicale, il est robuste et rustique. Il supporte des températures allant de -15 à plus de 35 °C. Il a néanmoins besoin de chaleur, de fraîcheur en hiver, et d’eau à l’automne au moment de la fructification.

Planter plusieurs variétés

La pollinisation croisée entre variétés favorise la fertilité, il est donc conseillé de planter des variétés différentes pour une fructification importante.

Près de 95 variétés ont été répertoriées dans le monde. Les plus plantées en France sont :

  • autofertiles : ‘Coolidge’, ‘Unique’
  • partiellement autofertiles : ‘Mammouth’, ‘Gemini’, ‘Apollo’
  • autostériles : ‘Triumph’

C’est une des rares espèces sur lesquelles la pollinisation par des oiseaux a été observée, dans l’hémisphère sud.

Une culture facile mais une faille : la conservation

En France, plusieurs nouvelles tentatives d’introduction du feijoa à partir de la Nouvelle-Zélande ont eu lieu à la fin des années 1980, inspirées notamment par le succès du kiwi. Mais ce fruit inconnu et peu propre à la conservation n’a pas rencontré le succès espéré. Il ne reste aujourd’hui que quelques plantations, principalement dans le Sud-Ouest (bassin de l’Adour).

Toutefois, le feijoa est bien connu en Nouvelle-Zélande, en Crimée, en Australie, en Californie et en Colombie. Dans ce pays, la ville de Tibasosa profite de deux récoltes par an et organise chaque été un festival du feijoa, où l’on trouve toutes sortes de produits dérivés et toutes les façons de le cuisiner.

« Feijoa Sellowiana » in Revue horticole : journal d’horticulture pratique. Paris : Librairie agricole de la maison rustique, 1898. Bibliothèque de la Société Nationale d’Horticulture de France. Fonds ancien

Les fleurs et les fruits viennent sur le bois de l’année et sur du bois plus ancien.

La taille principale se fait à l’automne. On supprime tout ce qui est dans la partie basse de l’arbre et tous les départs verticaux, pour laisser entrer l’air et la lumière. Au printemps, on peut ôter les branches faibles ou qui s’entrecroisent. Chez l’amateur, il peut être conduit en touffe, pratiquement sans le tailler, il donnera aussi des récoltes abondantes.

Les fruits mûrs se ramassent à terre entre octobre et décembre, mais les Néo-zélandais ont mis au point une technique d’évaluation de la maturité pour ramasser le fruit dans l’arbre. Un arbre sain peut donner jusqu’à 200 kg de fruits.

Les fruits doivent être ramassés et consommés rapidement, car s’ils sont fermes au départ (mais juteux), leur couleur, leur consistance et leur goût évoluent en quelques jours. Leur conservation est donc limitée et délicate mais peut être prolongée par stockage en chambre froide.

Le feijoa : des fleurs spectaculaires pourpres et blanches, pourvues de grandes étamines rouges.- © Sylvie Gomez Arnaud
Le feijoa : des fruits oblongs, fermes et verts – © Sylvie Gomez Arnaud

Un goût complexe, sujet à controverses

Pour une majorité de personnes, le goût est très plaisant mais quelques fruits présentent un goût “médicamenteux”. Les enfants apprécient le goût légèrement acidulé, qui rappelle celui des bonbons.

UNE PALETTE D’ARÔMES

“Lorsque l’on goûte des feijoas, la première impression globale est d’un fruit d’une consistance et d’un équilibre général proche de la figue de Barbarie, l’odeur d’éther ou de résine est forte comme pour la myrte, mais cet arôme masque d’autres arômes de fruits tropicaux tels que les fruits de la passion. Plus âgé, le fruit blet développe des arômes de banane mûre, de poire blette et de fraise des bois. L’enveloppe du fruit dégage des odeurs de citron et un goût astringent et très acide. Il y a une assez grande variabilité de typicité d’un fruit à l’autre”.

“La dégustation de ces fruits révèle des éléments très positifs : très bonne succulence, équilibre sucres/acides agréable, arômes très originaux et fins dans le registre terpénique (arôme de myrte moins violent que la térébenthine). En confiture, l’odeur de myrte disparaît presque totalement, il reste le fruit tropical (mangue, banane, fruit de la passion) globalement délicieux notamment avec un peu de vanille et de citron !”

Commentaires d’Alain Carbonneau, expert en viticulture oenologie, à la suite de deux récoltes successives…

À la consommation : tout est bon !

En fruit frais, tout d’abord. On peut l’éplucher ou le couper en deux si on ne veut consommer que la pulpe. On peut également le presser pour en extraire le jus. Il est une riche source de calcium, de fibres, de nombreuses vitamines et d’oligoéléments. Des travaux scientifiques ont montré ses qualités anti-inflammatoires, antibactériennes, antioxydantes. On le recommande aux femmes enceintes, comme aide à la digestion, en soin dermatologique, en prévention de la nausée, pour lutter contre la prise de poids, ou réguler la glycémie.

On peut également le transformer en jus, cidre, compote, confiture, fruit séché, l’incorporer dans des yaourts, smoothies, sorbets, chutneys, salades, soupes… Également en faire une eau-de-vie ou une vodka, ou même du vin ! Et les fleurs sont comestibles, très goûteuses en salade.

L’huile essentielle de feijoa contient 67 composants. En Colombie, il en est fait un cosmétique recommandé pour « la eterna juventud » du visage ainsi que des parfums.

Fruits de feijoa tombés au sol – © Jean-Daniel Arnaud

Dans les zones fraîches, c'est l'ornemental qui l'emporte !

Le feijoa est souvent présent chez nous dans les parcs et jardins. En 2012, lors du 95e Congrès des maires de France, 5 000 jeunes plants de feijoas leur ont été offerts par Val’hor, afin de les inciter à végétaliser leurs communes.

Et les fleuristes apprécient son feuillage pour faire des bouquets.

Mais ses feuilles et ses fruits sont aussi vivement appréciés par les moutons, les chevaux, les chevreuils, les lapins et les blaireaux, concurrence déloyale, mais bien réelle…

REMERCIEMENTS ET BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

François Drouet : http ://www.fruitiers-rares.info/articlesA- 153a158/article154-Acca-sellowiana-Feijoa-nomenclature.html

Charles Antoine Arnaud, arboriculteur à Saint-Paul-lès-Dax : http://www.feijoasis.bio

Alain Carbonneau, ancien professeur de viticulture Sup Agro Montpellier, expert en oenologie.

Avantages alimentaires : https://globalfoodbook.com/16- remarkable-benefits-of-pineapple-guava-feijoa (anglais)

Tout sur le feijoa : https://feijoafeijoa.wordpress.com/ about/ (anglais)

La taille : https://www.hunker.com/12002789/how-to-prune-feijoa-trees (anglais)

Cultivo de Feijoa, la fruta de la eterna juventud – TvAgro por Juan Gonzalo Angel : https://www.youtube.com/ (espagnol)

Etude pomologique sur le feijoa, V.A. Evreinoff (1955) : http://www.persee.fr/doc/ jatba_0021-7662_1955_num_2_5_2227