Le bambou envahit nos cuisines 

Le bambou est une alternative intéressante aux composites en bois. Compte tenu de ses multiples usages et propriétés, nous pouvons le retrouver dans notre cuisine sous forme d’ustensiles,
voire même dans notre alimentation.

La baguette chinoise, utilisée en tant que couvert depuis plus de trois millénaires, indique un usage très ancien de la vaisselle en bambou, tout comme les paniers utilisés pour la cuisson vapeur © Whiteplatestories-Pexels

Un grand intérêt alimentaire

Les pousses de bambou sont consommées sous diverses formes (fermentées, rôties, séchées, en conserve) dans les pays d’Asie de l’Est mais elles ont un grand potentiel pour être incorporées dans plusieurs autres plats dans le monde entier. Tendres et au goût neutre, elles sont riches en fibres, en protéines et en acides aminés essentiels et pauvres en matière grasse. Elles sont source d’éléments primordiaux comme le calcium, le potassium, le phosphore et le fer. En particulier, leur richesse en potassium est un atout car cet élément facilite la contraction des muscles, dont le cœur. Les pousses de bambou sont aussi riches en vitamines B et en antioxydants qui aident à lutter contre le vieillissement prématuré des cellules. Si la consommation de pousses de bambou contribue au maintien en bonne santé, il faut toutefois être vigilant lors de leur préparation car, crues, elles contiennent des toxines (glycosides cyanogènes (cyanure)) qui se trouvent éliminées par la cuisson. Il est donc conseillé de les cuire en renouvelant au moins une fois l’eau de cuisson. Ce conseil ne s’applique pas pour la consommation de pousses de bambou en conserve, déjà débarrassées de leurs toxines. Les espèces de bambou les plus couramment consommées sont Bambusa vulgaris, Phyllostachys bambusoides, Bambusa odashimae et Fargesia spathacea.

Un haut potentiel thérapeutique

Les feuilles de Bambusa vulgaris réduites en poudre sont utilisées en médecine traditionnelle pour leur pouvoir analgésique lié à la présence d’alcaloïdes et de saponines, et pour leur pouvoir antidiabétique (réduit le taux de glucose dans le sang), anti-inflammatoire, antimicrobien, antistress et antioxydant.

Vaisselle et emballages en bambou : une alternative au plastique ?

La baguette chinoise, utilisée en tant que couvert depuis plus de trois millénaires, indique un usage très ancien de la vaisselle en bambou. On a vu se développer très récemment la fabrication et la commercialisation de vaisselle en bambou comme substitut écologique au plastique (à usage unique ou réutilisable). Or, une grande partie de ces produits en bambou mélaminé, conçus à partir de bambou déchiqueté ou de farine de bambou, sont incorporés à des polymères (résines plastiques). L’introduction de fibres de bambou à ces polymères a pour effet de déstabiliser le produit final et d’entraîner des migrations, vers l’aliment, de formaldéhydes ou de mélanines supérieures à celles observées dans les produits plastiques conventionnels, en particulier lorsque le produit est chaufffé (récipient de boissons ou aliments chauds, lavage à l’eau chaude). L’exposition prolongée à des formal­déhydes est reconnue comme irritante, corrosive et cancérigène et l’exposition aux mélanines peut affecter les reins et les voies urinaires.

La commercialisation de vaisselles en bambou laminé a donc été interdite par une directive européenne (mise en application en juin 2022 en France). Cette interdiction ne concerne pas la vaisselle constituée à 100 % de fibres de bambous mais il est souvent difficile de vérifier cette condition.

Yam no mai est un plat thai du Nord à base de pousses de bambou bouillies, échalottes, herbes, sauce de poisson et piments. La version ici présentée inclut également des aubergines thaï crues, alors que d’autres versions de ce plat peuvent comprendre de l’émincé de porc et/ou du poisson fermenté © CC BY-SA 4.0

Meubles et plans de travail en bambou

Plus léger et plus résistant que le bois, le bambou est excellent pour la constitution des meubles de cuisine. C’est en général un choix plus écologique que le métal ou le bois. Toutefois, il faut être vigilant sur les transformations subies par le bambou avant de devenir meuble ou plan de travail. Elles utilisent de nombreux produits chimiques plus ou moins nocifs dans les phases de fabrication ou d’utilisation.

Cette revue non exhaustive nous montre que le bambou présente de nombreuses qualités « exploitables » dans nos cuisines. De plus, il peut-être un choix très judicieux pour la préservation de l’environnement puisqu’il s’agit d’une ressource durable et renouvelable, peu consommatrice en eau, en engrais et en pesticides et qui présente un fort potentiel de séquestration de carbone. Toutefois, si le bambou en lui-même paraît une alternative très écologique et durable, les conditions d’acheminement et de fabrication des produits à base de bambou ternissent souvent son bon impact environnemental.

Les feuilles de Bambusa vulgaris réduites en poudre sont utilisées en médecine traditionnelle pour leur pouvoir analgésique et pour leur pouvoir antidiabétique, ou peuvent l’être, comme ici, en tisanes © CC BY-SA 4.0

Le bambou, une douceur pas si verte !

Une serviette éponge à base de fibres de bambous : pas si écolo que cela ! © J.-F. Coffin

Qu’il est agréable de s’éponger le corps avec une serviette en fibres de bambou ! Sa douceur et sa capacité d’absorption de l’eau lui permettent de rivaliser avec les meilleures concurrentes en coton. La fibre de bambou, réputée pour sa solidité et ses autres qualités, est aussi utilisée pour la confection de nombreux vêtements : habits de sport, pantalons, sous-vêtements… De plus, ses protagonistes insistent sur le côté écologique du produit, puisque la culture du bambou ne nécessite pas d’intrants chimiques et est peu gourmande en eau. La plante pousse rapidement et, selon plusieurs sources, le bambou générerait 30 % de plus d’oxygène que les arbres, et absorberait 30 % de plus de CO2.

Hélas, le revers de la médaille n’est pas si glorieux ! La fibre de bambou utilisée dans les textiles n’est pas une fibre brute qui, à l’état naturel, est très rigide et cassante. Pour arriver à une souplesse et à l’état de celle utilisée, elle nécessite des procédés chimiques lourds. Elle est transformée en viscose (fibre synthétique) à partir de produits tels que la soude caustique, le sulfure d’hydrogène ou encore le sulfure de carbone. Il existerait des processus de recyclage des solvants industriels utilisés, favorisés par des normes internationales, ce qui limiterait leur impact environnemental.

La fibre de bambou n’est donc pas un produit naturel, même si certains étiquetages le laissent croire.

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