Invasion de la punaise diabolique : état des lieux treize années après le premier signalement en France
La punaise diabolique a fait son apparition en France en 2012, dans un jardin partagé à Strasbourg. Elle est aujourd’hui présente presque partout dans l’Hexagone. Les plus gros dégâts sont observés sur les arbres fruitiers, mais aussi sur les cultures légumières.

Halyomorpha halys, plus connue sous le nom de punaise diabolique, est une espèce de la famille des Pentatomidae, aujourd’hui bien connue des professionnels de l’agriculture et du jardin. Originaire d’Asie, elle a été introduite en Amérique du Nord où elle est rapidement devenue un ravageur agricole redouté. Elle a ensuite été détectée en 2004 en Suisse, avant de se répandre dans toute l’Europe. En France, sa présence a été signalée pour la première fois en 2012 à Strasbourg, dans des jardins partagés.
Comment reconnaître Halyomorpha halys ?
H. halys est une punaise de couleur grise, de taille relativement grande (Photo n° 1) : l’adulte mesure entre 12 et 17 mm. Elle ressemble beaucoup à une espèce européenne très commune, Rhaphigaster nebulosa. Toutefois, plusieurs critères morphologiques permettent de la reconnaître assez facilement à l’âge adulte (Photos n° 2-4) : l’absence d’épine à la base de l’abdomen (regarder en dessous, Photo n° 2), la disposition des trois anneaux blancs sur les antennes (Photo n° 3), la présence de taches brunes allongées sur la membrane des ailes antérieures (Photo n° 4) et de taches blanches et noires alternées sur la bordure de l’abdomen (Photo n° 1). Une description précise de tous ces critères est disponible sur le site de la santé des plantes Inrae ephytia
(http://ephytia.inra.fr/fr/C/20538/Agiir-Ne-pas-confondre-avec).
Comme chez de nombreuses espèces de la famille des Pentatomidae, les œufs sont pondus en ooplaques, c’est-à-dire groupés les uns aux autres comme de petits radeaux collés au support. Les jeunes larves, rougeâtres et globuleuses, restent regroupées autour de la ponte en attendant leur première mue. À ce stade, il est très difficile de les identifier avec certitude. En revanche, aux stades larvaires suivants, on peut les reconnaître plus facilement grâce aux épines qu’elles portent sur les côtés de la tête et du thorax et à des anneaux blancs sur les pattes et les antennes (Photo n° 5).



Le cycle de vie d’Halyomorpha halys en France
H. halys est un insecte très polyphage, capable de se nourrir en piquant plus de 300 espèces végétales, dont de nombreux fruits et légumes. En France, H. halys réalise une à deux générations par an, selon les conditions climatiques. Mais dans son aire d’origine, notamment en Asie du Sud-Est, l’espèce peut en accomplir jusqu’à six en une année.
Dans la nature, les adultes passent l’hiver à l’abri, cachés dans des crevasses sèches ou sous l’écorce d’arbres morts. Lorsque les températures remontent, ils quittent leur refuge hivernal pour se disperser. Très mobiles, les adultes, mais aussi les larves, se déplacent activement à la recherche de fruits à piquer. Des mouvements depuis des haies ou des milieux semi-naturels vers les vergers sont fréquemment observés.
À l’automne, les adultes cherchent un abri pour passer l’hiver. C’est à cette période qu’ils sont le plus souvent observés, car ils pénètrent fréquemment dans les habitations, parfois en grand nombre. Ce comportement, lié à la production d’une phéromone d’agrégation, a facilité le suivi de l’invasion du pays grâce à un programme de sciences participatives

Répartition en France treize ans après sa découverte
Depuis sa première détection en 2012, H. halys a colonisé presque tout l’Hexagone en une dizaine d’années (Figure n° 1). Elle se déplace en volant à l’âge adulte et en marchant à l’état larvaire, mais elle est surtout connue pour son comportement d’insecte « autostoppeur » : elle s’introduit facilement dans les véhicules, les bagages ou les marchandises, ce qui facilite son transport par l’humain. Grâce à ce mode de déplacement passif, elle peut parcourir de longues distances, notamment par voie maritime ou aérienne, et s’implanter rapidement dans de nouveaux territoires. Aujourd’hui, elle est présente dans presque toute la France métropolitaine, bien qu’elle reste encore peu fréquente à l’extrême pointe de la Bretagne et dans le Massif central.

Des dégâts en cultures et dans les jardins
En France, des dégâts sur les cultures sont régulièrement observés depuis plusieurs années. Les arbres fruitiers, en particulier les pommiers, poiriers et kiwis, sont parmi les plus touchés, tout comme les noisetiers. Plus récemment, des dommages ont également été signalés sur certaines cultures légumières, notamment l’aubergine. Dans les jardins, la punaise diabolique peut aussi s’attaquer à diverses plantes, comme les tomates ou les piments (Photo n° 6).
Cependant, H. halys n’est pas la seule punaise susceptible de causer ces dégâts. Une autre espèce, la punaise verte Nezara viridula, est également en progression en Europe, favorisée par le réchauffement climatique. Elle provoque des symptômes similaires. Les piqûres étant difficiles à attribuer précisément à une espèce, et ces insectes étant très mobiles, il est souvent impossible d’identifier le véritable responsable des dégâts observés, ce qui complique la lutte contre ces ravageurs.
Que faire pour limiter les nuisances d’H. halys ?
H. halys est souvent détectée à l’automne, lorsque la punaise entre dans les habitations pour y passer l’hiver. Bien qu’elle puisse être impressionnante, voire particulièrement gênante lorsque des centaines d’individus se rassemblent sur le mur d’une maison, cette espèce est inoffensive pour l’homme et les animaux. Le moyen le plus simple de les éliminer est de passer l’aspirateur, mais il faut répéter cette opération régulièrement, car il n’est pas possible à l’heure actuelle d’empêcher ces rassemblements.
Des pièges à phéromones sont disponibles dans le commerce. Ces pièges sont utilisés par les professionnels pour suivre les populations de punaises tout au long de l’année. Toutefois, leur efficacité reste insuffisante pour réduire les dégâts sur les cultures, même lorsque de grandes quantités d’insectes sont capturées. En effet, ces pièges attirent les punaises et, souvent, leur installation dans des vergers augmente les dégâts à proximité. La protection chimique est également peu efficace, principalement parce que la punaise est mobile et échappe fréquemment aux traitements. D’autres méthodes de protection sont actuellement testées en arboriculture et en cultures légumières, telles que l’utilisation de plantes pièges pour concentrer les punaises à l’extérieur des cultures, des plantes répulsives, ou encore des filets protecteurs. À ce jour, seuls les filets ont montré une certaine efficacité pour protéger les récoltes.

La protection biologique est une méthode particulièrement prometteuse. En effet, les œufs de H. halys, comme ceux de nombreuses autres punaises de la famille des Pentatomidae, sont attaqués par des guêpes parasitoïdes. Bien que les parasitoïdes autochtones soient peu efficaces sur cette punaise, l’espoir repose sur deux espèces originaires d’Asie, Trissolcus japonicus et T. mitsukurii, qui sont bien adaptées aux œufs de H. halys. Ces deux guêpes ont été découvertes en Italie, puis en France, et il est possible qu’elles aient été introduites accidentellement avec la punaise. Des tests en laboratoire ont montré qu’elles préfèrent H. halys aux autres punaises, bien qu’elles ne soient pas strictement spécifiques. Encore rares en France, ces parasitoïdes sont actuellement élevés en laboratoire, et des lâchers sont prévus pour favoriser leur propagation et l’établissement d’une régulation biologique efficace de la punaise diabolique.
Conclusion
Douze ans après son arrivée en France, H. halys a colonisé la majeure partie du pays et cause des dégâts à l’agriculture. Les conséquences de cette invasion biologique sur les écosystèmes naturels restent encore inconnues. Chaque année, sept à huit nouvelles espèces de ravageurs des cultures sont introduites accidentellement en France, principalement via les plantes ornementales. Les jardiniers, par leur passion pour la diversité végétale, notamment exotique, jouent un rôle important dans ces invasions biologiques. Il est donc crucial d’être bien informé sur ce risque, qui peut être largement réduit par des pratiques simples mais efficaces : privilégier les végétaux produits et vendus par des revendeurs soumis à des contrôles phytosanitaires (pépiniéristes, jardineries…), éviter les achats directs en ligne, ne pas rapporter de plantes lors de voyages à l’étranger et, si la tentation est trop forte, privilégier les semences plutôt que les plantes entières, surtout si elles sont accompagnées de terre.
