De bons végétaux pour construire des haies architecturées

Daniel Lejeune

Qu'il s'agisse pour lui de réaliser une clôture végétale, un arrière-plan pour présenter des massifs de fleurs ou d'arbustes, d'orchestrer une perspective...le jardinier éprouve souvent la nécessité d'implanter une haie taillée. Celle-ci doit être durable, pas trop contraignante à maintenir dans la géométrie et les dimensions voulues et de qualités esthétiques évidentes.[1]

 

Acer campestre, haie tondue - © D. Lejeune

Acer campestre, haie tondue - © D. Lejeune

 

On peut réaliser des haies taillées (on dit aussi « tondues », par référence aux gazons, d'autant plus volontiers que les tailles sont répétées dans une même année) de diverses importances, depuis la haie basse jusqu'au mur de labyrinthe, voire des berceaux ou portiques pour les jardins de style ancien. Pour bien choisir l'espèce à employer, il faut tenir compte de ses performances et de sa vigueur naturelle. Le Buis à bordures est une sélection naine du buis ordinaire et serait bien incapable de former une haie, même de seulement un mètre de haut. De la même manière, le Hêtre (Fagus sylvatica et ses divers cultivars), sont irremplaçables pour constituer des rideaux de trois à 5 mètres de haut, mais s'avèrent ingouvernables jusqu'à 2 mètres. En fait, les espèces qui nous intéressent sont celles qui se prêtent justement à l'art topiaire, celui de la sculpture végétale, chère aux jardiniers romains. Parmi les espèces indigènes ou exotiques techniquement intéressantes, renonçons aux groupes trop sensibles à certains parasites ou susceptibles de les transmettre à des cultures d'importance économique. Il en est ainsi de plusieurs Cotoneaster, plantes très sensibles au Feu bactérien et d'ailleurs introuvables en pépinière pour cette raison. Les Pyracantha, sortes d'Aubépines à feuillage persistant sont pour la plupart dans la même situation.

 

Tout prévoir dès la plantation

Une haie apporte des modifications importantes au milieu avoisinant : souvent de l'ombre, au moins temporairement au cours de la journée ; un assèchement du sol et une concurrence pour les matières organiques. En contrepartie, une haie peut préserver du vent et, en prime, abriter divers auxiliaires naturels (insectes, oiseaux...). Il faut, dès son établissement, songer à la manière dont elle devra être entretenue et aux charges que cela représentera chaque année : cisaille manuelle ou électrique, escabeau, échafaudage. Il faudra dans tous les cas réserver un passage à cet effet de 0,60 m au minimum.

 

un rappel reglementaire : les exigences du code civil

Les règles de voisinage entre fonds privés limitent la hauteur des végétaux à 2m, dès lors que leur distance à la limite séparative est elle-même inférieure à 2m. Le Code civil prévoit en outre qu'il est interdit de couper soi-même les branches d'un végétal provenant du fonds voisin. Une haie plantée en limite de propriété dans ces conditions doit faire l'objet d'un entretien sur les deux faces par le propriétaire du terrain de plantation. Il est par contre possible de s'entendre pour planter sur la limite, partager les frais d'installation et les charges d'entretien. Cette formule intelligente permet de gagner de la place dans des terrains de plus en plus exigus et d'éviter l'aberration des doubles haies, se portant mutuellement dommage et concurrence.

 

Il est préférable de planter petit pour atteindre en un ou deux ans la dimension désirée; ici une haie de Photinia serrulata 'Red Robin' - © D. Lejeune

Haie de Photinia serrulata 'Red Robin' - © D. Lejeune

Une haie s'installe progressivement

L'établissement de la haie est un véritable investissement pour l'avenir et doit respecter quelques principes :

- sauf en sol meuble et riche, non perturbé par des travaux d'aménagement, il est possible de planter chaque pied isolément. Pourtant, on préfèrera, lorsque c'est possible, la réalisation préalable d'une tranchée dont on amendera et fertilisera la terre soigneusement, sachant qu'il ne sera plus possible ensuite de modifier quoi que ce soit. La section de la tranchée sera raisonnablement de 0,50 m X 0,50 m. La fumure phosphopotassique est fondamentale pour les végétaux ligneux.

- C'est une erreur trop communément admise que de planter des végétaux d'un développement déjà voisin des dimensions visées, pour ensuite tailler ce qui dépassera du gabarit à la croissance de reprise. Ce système ne permet pas d'assurer une ramification dense sur laquelle « revenir » en cas de nécessité (cela s'appelle un « rapprochement » et se pratique au bout de quelques années pour rattraper un embonpoint progressif et quasiment inévitable). Il est toujours préférable de planter petit et de constituer la haie d'abord par des tailles de formation au sécateur pour atteindre en un ou deux ans la vitesse de croisière voulue.

- C'en est une autre que d'espérer en des variétés à port érigé, dont les ramifications sont naturellement insuffisantes ou dans des arbustes formant des touffes, car leur architecture naturelle (basitonie) ne favorise que la prolifération de la base.

- Se rappeler qu'une haie de 1,25 à 1,30 m de haut peut être entretenue facilement et qu'au-dessus, il faudra monter sur un escabeau ou sur un échafaudage. De la même manière, une haie large de 0,80 m d'épaisseur est déjà difficile à atteindre à partir d'un seul côté.

- La densité de plantation est importante. Il est inutile et même nuisible de planter top serré. Une formule consiste à distancer les pieds d'une valeur égale à l'épaisseur de la haie. En pratique et pour une haie de 1 à 2 m de haut, cela donne 0,5m à 1 m.

- Les espèces à feuillage caduc seront plantées « à racines nues » alors que les espèces persistantes seront plantées en motte, ce qui devient introuvable, ou bien en conteneur, excellente formule pour peu que les plantes n'aient pas passé trop de temps en culture et que le système racinaire ne s'y soit pas irrémédiablement perverti (vérifier en dépotant avant achat !)

- Sauf intention particulière, on préfèrera également des plantes issues de semis ou à la rigueur de bouturage, à l'exclusion des plants issus de greffage, pouvant poser des problèmes de rejets, de résistance au gel ou de longévité.

- La querelle des persistants et des caducs peut se résumer à quelques considérations : la période de taille des persistants n'est pas la même que celle des caducs. Les persistants à grandes feuilles se plient très mal à la taille à la cisaille, qu'elle soit manuelle ou mécanique, ce qui oblige à intervenir au sécateur, ce qui est plus long et donne un résultat moins lisible pour les petites haies. S'agissant enfin des résineux, Thuya, Chamaecyparis et autres Cupressocyparis, ils supportent très mal les irrégularités de gestion et pas du tout les « rapprochements ». Mentionnons de surcroît la facilité avec laquelle ils peuvent prendre et propager le feu d'un barbecue imprudemment allumé à leur proximité. A part ces défauts, ils seraient parfaits si on avait la générosité de leur donner les sols qu'ils affectionnent, c'est à dire des sols frais ! Quant aux caducs auxquels on reproche parfois de ne pas garantir des regards indiscrets en hiver, ils ont pour eux de marquer la succession des saisons et d'accueillir volontiers de nombreux oiseaux. Avec les années, il se pourra d'ailleurs que votre haie d'Erable ou de Charme s'enrichisse de leur fait d'une variété de plantes imprévues mais facilement contrôlables.

- Il reste à décider de la forme de la haie, régulière ou irrégulière car rien n'oblige à imiter les maçons.

 

Tous ces éléments montrent que les ligneux de nos jardins regorgent de potentialités innombrables, susceptibles de former des haies...et de soumettre à moyen terme quelques défis à nos jardiniers.
 

Les persistants, comme ici des Prunus laurocerasus Otto Luyken, seront plantés en mottes - © D. Lejeune

Les caducs peuvent accueillir de nombreux oiseaux. Ici, une haie de <em>Carpinus betulus</em> - &copy; D. Lejeune

1: Les persistants, comme ici des Prunus laurocerasus Otto Luyken, seront plantés en mottes - © D. Lejeune
2: Les caducs peuvent accueillir de nombreux oiseaux. Ici, une haie de Carpinus betulus - © D. Lejeune

 

une selection de valeurs sures

Parmi les bonnes plantes à haies, saines et techniquement sans histoires, à choisir selon le sol et le climat, voici quelques vedettes irremplaçables.


Espèces à feuillage caduc :
L'Aubépine (Cratægus monogyna et C. oxyacantha mais sensible au feu bactérien)
La Bourdaine (Rhamnus frangula ou Frangula alnus)
Le Charme (Carpinus betulus)
Le Chèvrefeuille des haies ou à balais (Lonicera xylosteum)
Le Cornouiller mâle (Cornus mas)
L'Érable champêtre (Acer campestre)
L'Érable de Montpellier (Acer monspessulanum)
Le Lyciet d'Europe (Lycium europæum)
L'Olivier de Bohême (Elæagnus angustifolia)
Le Troène commun (Ligustrum vulgare)

Espèces à feuillage persistant :
Les Azalées de pleine terre (Azalea nudiflora, pontica...)
Le Buis (Buxus sempervirens)
L'Épicéa commun (Picea excelsa)
Le Chalef (Elæagnus x ebbingei)
Le Chèvrefeuille nain (Lonicera nitida ou Chamaecerasus nitida)
Les Filaires ou Alaverts (Phillyrea angustifolia, Phillyrea latifolia)
Le Fusain du japon et ses cultivars (Euonymus japonicus ssp)
Le Fusain de Robert Fortune et ses cultivars (Euonymus fortunei)
L'If commun (Taxus baccata)
Le Myrte (Myrtus communis)
Le Photinia (Photinia x fraseri 'Red Robin')
Le Pourpier de mer (Atriplex halimus)
Le Troène à feuilles ovales, appelé à tort Troène de Californie (Ligustrum ovalifolium)
La Viorne de Prague (Viburnum x pragense)
La Viorne-tin (Viburnum tinus)


[1] Nous ne traiterons pas ici des écrans végétaux de croissance libre, qui nécessitent beaucoup d'espace et répondent à d'autres souhaits (fusion dans le paysage environnant, associations ornementales ou fruitières variées...etc.), ni des haies défensives composées d'espèces armées, d'un intérêt « spécial » De même, le garnissage par des végétaux grimpants de supports ou grillages, permettant la réalisation d'écrans ultra plats, pourra faire l'objet d'un article à venir, ainsi d'ailleurs que les écrans de Saules tressés, promus par la mode actuelle.

novembre-décembre 2013

 

Une réflexion au sujet de « De bons végétaux pour construire des haies architecturées »

  1. Je n’ai pas d’opinion forte sur la valeur des haies pour remplacer des clôtures. Je ne peux pas ignorer tous les moments que je conduisais dans les quartiers résidentiels où les haies très grandes ont complètement bloqué la vue quand je voulais tourner à gauche ou à droite. Les haies sont généralement dangereuses pour les conducteurs de voiture. Cependant, j’aime bien ajouter autant de plantes pour avoir un jardin très vert et les haies font une bonne barrière pour créer de la solitude.

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