Compter les tiques dans les jardins : une étude de recherche participative inédite
Cela peut surprendre, mais il y a bien des tiques dans certains jardins. C’est même le deuxième lieu de piqûre en France après la forêt ! Pour explorer ce risque, une étude de recherche participative, CiTIQUE, a été menée autour de Nancy.
Concentrons-nous sur Ixodes ricinus, l’espèce de tique qui pique le plus l’être humain et les animaux en France et transmet un certain nombre d’agents infectieux, dont les bactéries responsables de la maladie de Lyme. Elle passe par trois stades de vie : larve, nymphe et adulte, mâle et femelle (voir l’illustration). Chaque stade prend un unique repas sanguin sur un animal (appelé hôte) puis retourne dans la végétation au niveau du sol. Les larves et les nymphes consomment préférentiellement des petits hôtes (rongeurs, oiseaux), mais les femelles ont besoin de grands mammifères pour se nourrir (cervidés).

Pourquoi y a-t-il des tiques dans les jardins ?
Ces tiques préfèrent les environnements humides, propices à leur survie et à leur développement, comme la litière. Ainsi, les forêts sont le milieu de vie préférentiel de ces tiques, offrant à la fois un microclimat favorable à leur survie et une grande disponibilité d’hôtes, dont les cervidés pour nourrir les femelles. On retrouve cependant des tiques dans d’autres espaces végétalisés, en fonction de ces paramètres : les conditions microclimatiques, la disponibilité des hôtes et/ou l’introduction régulière de tiques par les hôtes depuis d’autres milieux.
Par la présence de haies, arbustes et arbres, les jardins peuvent être des îlots de fraîcheur offrant des conditions climatiques favorables à la survie et au développement des tiques. Ils abritent également différentes espèces de rongeurs et d’oiseaux, et sont souvent visités par des mammifères sauvages et domestiques. Il est probable que, dans la plupart des jardins, les tiques ne puissent pas réaliser l’ensemble de leur cycle de vie : leur présence dans ces espaces serait donc sporadique et surtout liée à la fréquence d’introduction par les hôtes.

Le projet TIQUoJARDIN
Entre 2020 et 2022, les personnes vivant dans une zone de trente kilomètres autour de Nancy ont été invitées à rechercher des tiques dans leur jardin et à compléter un questionnaire. Au total, 213 foyers ont répondu à l’appel. Les participants devaient suivre un protocole en utilisant le matériel fourni. Il s’agissait de traîner douze fois un drap blanc d’un mètre carré dans différents endroits du jardin, sur des distances de dix mètres. Ce procédé permet de capturer les tiques qui attendent un hôte dans la végétation. On ne peut collecter l’ensemble des tiques présentes dans un endroit donné, mais il est possible de comparer la densité de tiques (le nombre de tiques collectées pour une surface donnée) entre deux zones.
La présence de tiques et de piqûres dans les jardins
Notre étude révèle que la présence de tiques dans les jardins est variable. Des tiques I. ricinus ont été trouvées dans 28 % des jardins participants, souvent en faible densité : 0,8 à 3 tiques pour 100 m², soit environ 1 à 3 tiques collectées par jardin. À titre de comparaison, dans les forêts autour de Nancy, la densité de tiques varie entre 50 et 130 tiques pour 100 m². Toutefois, dans 10 % des jardins, la densité atteignait 10 à 20 tiques pour 100 m² et dépassait même 50 tiques pour 100 m² dans deux jardins, une densité comparable à celle de certaines zones forestières.
Malgré ces densités faibles, les jardins sont très fréquentés par les habitants et les piqûres y sont assez fréquentes. Dans notre étude, 31 % des foyers participants ont rapporté au moins une piqûre de tique au cours des trois dernières années. Cependant, dans la moitié des cas, aucune tique n’avait été collectée. Ceci peut s’expliquer par la méthode de collecte qui n’est pas exhaustive ou par une présence sporadique des tiques. En croisant les données de collecte et de piqûres, on obtient une image plus fidèle de la situation : des tiques étaient présentes dans 45 % des jardins étudiés. Autre fait intéressant, dans près de la moitié des jardins où des tiques avaient été collectées, aucune piqûre n’a été signalée. Cela peut s’expliquer par plusieurs éléments : les tiques peuvent être présentes ponctuellement ou dans des zones du jardin peu fréquentées par l’être humain, ou encore certaines personnes peuvent utiliser des protections ou être moins sujettes aux piqûres. Ainsi, ce n’est pas parce que vous n’avez jamais été piqué dans votre jardin qu’il n’y a pas de tiques !

Les caractéristiques des jardins avec tiques
Dans notre étude, parmi les caractéristiques du jardin liées à la présence de tiques, on retrouve celles en lien avec la proximité d’un milieu favorable aux tiques, le déplacement des hôtes et l’attractivité du jardin pour les hôtes. On a pu ainsi montrer que, plus il y avait de forêts et plus les espaces végétalisés étaient bien connectés autour du jardin (dans un rayon de 500 mètres), plus on avait de risques d’y trouver des tiques. Ceci s’explique par le déplacement des animaux qui transportent les tiques. Nous avons observé une présence similaire de tiques dans des jardins situés en zone rurale (31 % des jardins avec tiques) et dans ceux situés en zone urbaine et péri-urbaine (32 %). Ceci pourrait s’expliquer par le fait que le territoire de la métropole du Grand-Nancy est verdoyant et boisé.
Les tiques étaient également plus souvent présentes dans les jardins relevant la présence de chevreuils dans ou près du jardin : ces derniers peuvent directement amener des tiques femelles prêtes à pondre, ou bien indiquer que le jardin est proche d’un milieu boisé propice aux tiques, ce qui augmente les chances qu’elles y soient régulièrement introduites par les animaux. La présence d’un tas de bois, pouvant servir d’abris aux petits mammifères (rongeurs, hérissons) ou aux oiseaux, était également associée à une présence plus fréquente de tiques. D’autres facteurs, comme la fréquence de tonte, la présence de zones non fauchées, de potagers ou de compost, n’étaient pas ici associés à leur présence. D’autres études sont nécessaires pour confirmer ou infirmer ces résultats qui peuvent parfois surprendre.

Quels risques pour la santé ?
Les tiques collectées ont été analysées pour détecter la présence de différents agents pathogènes. Ainsi, 23 % des tiques étaient infectées par les bactéries responsables de la maladie de Lyme, soit un taux important et légèrement plus élevé que celui observé dans les tiques des forêts du Grand Est (8 à 20 %). Cette différence se retrouve dans une autre étude réalisée en parallèle par le programme CiTIQUE sur plus de 2 000 tiques piqueuses d’êtres humains dans le Grand Est. Cette autre étude a également montré que les tiques provenant des jardins étaient plus gorgées de sang que celles venant des forêts. Cela signifie qu’elles sont souvent découvertes et retirées plus tard, augmentant ainsi le risque de transmission d’agents infectieux.
Ce qu’il faut retenir
Il faut donc retenir les éléments suivants :
- les tiques sont souvent présentes dans les jardins, généralement en faible nombre ;
- les occupants se font régulièrement piquer ;
- l’absence de piqûre ne signifie pas qu’il n’y a pas ou qu’il n’y aura jamais de tiques dans le jardin ;
- une part importante de tiques sont infectées par les bactéries responsables de la maladie de Lyme.
Il est donc essentiel de se protéger des piqûres de tiques. Pour cela, une recommandation simple : inspectez votre corps et celui de vos enfants le soir et le lendemain après avoir été dans votre jardin !
Pour en savoir plus
- Mazaleyrat A, Durand J, Carravieri I, Caillot C, Galley C, Capizzi S, Boué F, Frey-Klett P, Bournez L. Understanding Ixodes ricinus occurrence in private yards: influence of yard and landscape features. Int J Health Geogr. 2024 Oct 10;23(1):21. doi: 10.1186/s12942-024-00380-9.
- Page web du projet TIQUoJARDIN https://www.citique.fr/tiquojardin-phase-1-2021-2022/