Le cloître du couvent de l’Annonciation

Jean-François Coffin

Qui pourrait s’imaginer que derrière la façade du 222, rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris, se trouve un haut lieu de la spiritualité ?
Et un cloître dont le jardin vient d’être entièrement réaménagé ? Il s’agit du couvent de l’Annonciation. Le concepteur du jardin, le paysagiste Thierry Cardot, nous invite à la visite en nous expliquant la genèse du projet, de l’étude des symboles bibliques à la réalisation « terrestre »…

Derrière la façade d’un immeuble de conception moderne, à Paris, non loin de la salle Pleyel et face à la fondation Rothschild, se trouve le couvent de l’Annonciation occupé par les frères de l’ordre dominicain. Fondé en 1613 à deux pas ce lieu, il a connu de nom­breuses évolutions et révolutions.

Vous franchissez tout d’abord un porche qui vous conduit face à une immense chapelle datant du XIXe siècle. Sur sa gauche, le hall d’un immeuble des années 1930, revisité par l’architecte Jean-Marie Duthilleul, vous accueille. De là, vous pouvez apercevoir un cloître moderne dont le jardin vient de faire l’objet d’un complet réaménagement.

Des Hydrangéas, représentant les quatre évangélistes, sont plantés dans chaque coin du cloître – © D.R.
Le jardin d’un aspect « nature » contraste avec les bâtiments d’architecture contemporaine – © D.R.
Des graminées donnent une allure de jardin contemporain et « illustrent la conjonction entre les différentes époques de l’histoire du jardin » – © D.R.

Un an de réflexion

« Notre couvent est un lieu de spiritualité aussi pour inviter les habitants du quartier, ou qui veut, à venir s’y ressourcer. Symbole de ce projet, « le cloître ouvert », qui occupe l’espace des anciennes caves, juste en dessous du cloître des frères qui date, lui, de 1928 », explique un frère Dominicain.

Un programme de réaménagement du couvent a été entrepris avec l’objectif de « l’ouvrir à un plus large public, de créer un espace de rencontres et de culture. »

Les frères contactent tout d’abord un jeune paysagiste, Thierry Cardot, pour recueillir des conseils sur l’entretien du jardin existant. Mais bien vite est apparue la nécessité d’en revoir entièrement la conception.

Il a fallu un an de réflexion au paysagiste pour mieux connaître l’ordre des Dominicains, analyser l’identité du lieu, son histoire, les personnes qui l’occupent ou qui le traversent, puis passer à la conception du jardin. « Ma démarche s’est articulée autour de trois axes.: que la conception ait un lien avec les textes bibliques, qu’elle s’intègre dans un lieu architectural et s’adapte à l’esprit paysager », explique Thierry Cardot.

À partir des symboles

Pour dresser ses plans, Thierry a tout d’abord tenu compte des symboles bibliques géométriques, comme la forme carrée, symbole terrestre du jardin d’Éden et de la Jérusalem céleste. Elle correspond à « l’hortus conclusus », le jardin enclos.

Puis le cercle, inclus dans le carré, évoquant la voûte céleste, les cieux, le dialogue entre la terre et le ciel. « Il y avait une pierre au milieu, représentant la montagne au centre du jardin d’Éden d’où s’écoulent les quatre fleuves bibliques qui l’abreuvent ( quatre points cardinaux ) », ajoute Thierry Cardot qui a conservé ce symbole dans sa proposition.

Un cloître en deux niveaux : au premier étage, le niveau originel. Au rez-de-chaussée, le nouveau niveau conquis sur les anciennes caves. Le jardin (ici en construction) comporte en son milieu une pierre, symbole de la montagne au centre du jardin d’Éden d’où s’écoulent les quatre fleuves bibliques qu’elle abreuve (quatre points cardinaux) – ©D.R.

Aménagement autour de la couleur

La construction du cloître remonte au début du XIXe siècle. Il est resté en l’état jusqu’au XXe, présentant différents types de matériaux. Sur le pourtour, des évacuations des eaux en zinc de couleur grise, des fenêtres aux huisseries noires. Ces couleurs sont la base de l’aménagement que propose Thierry. Il conçoit un déambulatoire composé de dalles de schiste. « Leur couleur varie selon le temps: noir, quand elles sont humides, rappelant celle des huisseries, grises couleur du zinc quand elles sont sèches. »

La croix centrale est noire, recouverte de zinc sur les bords exté­rieurs, sauf le centre où est insérée une bande de cuivre « appor­tant un ton chaud renvoyant vers la spiritualité. »

Au niveau végétal, deux fois quatre arbres : quatre au milieu, des prunus, représentant les quatre évangélistes, et quatre exté­rieurs, des érables, symbolisant les quatre points cardinaux.

La croix centrale est noire, recouverte de zinc sur les bords extérieurs, sauf le centre où est insérée une bande de cuivre apportant un ton chaud renvoyant vers la spiritualité – © D.R.

Une approche paysagère

« J’ai voulu traduire l’histoire paysagère, du XIXe siècle à aujourd’hui. À commencer par conserver une certaine rectitude, d’où une ligne de restructuration autour et au milieu du cloître, composée de buis et de charmilles », explique Thierry.
À l’inté­rieur, il aménage différents espaces avec des graminées pour donner une allure de jardin contemporain et « illustrer la conjonc­tion entre les différentes époques de l’histoire du jardin. »

S’il n’y a pratiquement pas de fleurs pour préserver une approche méditative, des couleurs sont apportées par des érables en automne «pour annoncer l’approche de l’hiver et marquer les saisons.» Douze hydrangeas sont plantés, rappe­lant les douze apôtres.

Une approche paysagère

Le choix des végétaux a été guidé en fonction de leur évolution, certains étant appelés à disparaître quand d’autres prendront le dessus « J’ai voulu une approche écologique du vivant à l’inté­rieur du lieu ». Si au départ, le travail a consisté à semer du gazon et à planter des vivaces et des arbustes, on a aujourd’hui des arbres qui attirent les oiseaux et des pâquerettes qui sont venues de l’extérieur. On laisse le liseron apporté par le vent se développer sans envahir et les roses fanées ne sont pas coupées pour laisser la place à la touche esthétique apportée par leurs « fruits » (cynorhodons) colorés.

« Il ne faut pas lutter avec ce qui se développe spontanément », explique Thierry Cardot qui conclut : « Le paysagiste n’est qu’un «passeur». Un jour, il se retire. Il ne construit pas le lieu pour lui. »

Le Soleirolia soleirolii permet une jointure naturelle entre les dalles de schiste © D.R.

Thierry Cardot
Concepteur de parcs et jardins
Atelier Aubépine
www.atelieraubepine.com