L’artichaut de semis : une vieille technique de retour

Le fait d’utiliser des variétés d’artichauts de semis fait son grand retour pour cette culture. Pourtant le semis et la multiplication végétative ont coexisté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Green Queen, une variété d’artichaut développée par BASF Nunhems © BASF Nunhems

Les variétés traditionnelles actuelles ont pour la plupart été fixées par bouturage. Pourtant les semis font leur retour depuis quelques années, poussé par l’émergence de nouvelles variétés. Toutefois, au niveau mondial, la multiplication végétative reste majoritaire et représente environ 80 % des surfaces mondiales d’artichauts. À l’inverse, les cardons sauvages et cultivés sont généralement multipliés par graines.

Les types petits verts ou violets sont souvent coniques ou allongés. Ici, la variété Nunhems Capriccio © BASF Nunhems

Le semis, qu’est-ce que cela change ?

L’artichaut (Cynara cardunculus var. scolymus1) est une plante à fleurs allogame. Ainsi, dès l’instant où ses fleurs sont pol­linisées, elle est en mesure de produire des graines viables qui peuvent tout à fait germer si les conditions sont favorables. Ce procédé est différent de la multiplication végétative, qui consiste à planter des boutures. Chez l’artichaut, une bouture est une jeune pousse (également appelés œilletons ou dragons en Bretagne) qui se développe au pied d’une tige ayant fini de produire ses capitules2.

Quelles variétés ?

Les variétés d’artichaut peuvent donner des capitules de taille, de forme et de couleur variées. Certaines peuvent aussi avoir la capacité de monter à fleurs au printemps et à l’automne (par exemple : Violet de Provence). On les classe le plus souvent en quatre types.

Types charnus

Les types charnus sont habituellement ronds. On les récolte quand ils ont atteint une bonne taille (autour de 500 grammes). Leur stade de maturité fait qu’ils sont surtout consommés cuits, plus particulièrement le fond et la base des bractées (« feuilles »), après avoir enlevé les futures fleurs (« foin »).

Types petits verts ou violets

Les types petits verts ou violets sont souvent coniques ou allongés. Ils sont récoltés plus petits (moins de 200 grammes) et moins mûrs, de sorte que le « foin » est peu développé et la base des bractées plus tendre. On les consomme habituel­lement en cœurs (le fond plus la partie inférieure des feuilles) sans qu’il y ait besoin d’enlever le foin. Ils sont consommés crus ou cuits.

Variétés clones

Les variétés clones doivent être multipliées végétativement (par bouturage). Elles ne peuvent pas être reproduites à l’identique à partir de graines du fait qu’elles sont fortement hétérozygotes. Certes, elles peuvent produire des graines, mais les plantes obtenues seront différentes de la plante-mère. À côté des variétés clones traditionnelles, des variétés clones plus récentes ont été obtenues par l’Inra dans les années 1980. La plupart des variétés traditionnelles sont des variétés clones.

Variétés de semis

Les variétés de semis peuvent être des variétés populations ou des hybrides F1. Les hybrides sont en général plus homogènes. Les hybrides F1 sont des créations récentes (com­mercialisées depuis les années 2000), bien que des recherches pour les obtenir aient déjà commencé dans les années 1970 à l’Inra. La production de variétés hybrides F1 a été rendue possible grâce à l’exploitation de la stérilité mâle. L’espèce tolère peu la consanguinité extensive souvent accompagnée d’une perte de fertilité importante.

Des variétés hybrides ont été créées dans tous les types variétaux, ici une variété de type petit violet : Capriccio © J.-M. Collet

Le semis : des avantages…

La multiplication végétative de l’artichaut est souvent source d’inconvénients agronomiques, pathologiques, en particulier la contamination par les virus (26 virus différents appartenant à onze familles taxonomiques de virus), et économiques. Les boutures des variétés clones peuvent véhiculer diverses maladies, même si elles paraissent plus robustes. Une solution est apportée par la multiplication in vitro, même si son coût est loin d’être négligeable.

À l’inverse, le semis est un moyen facile d’obtenir un plant nécessitant moins de place et de temps que le clonage. Les plants issus de semis, généralement présentés en mottes, minimottes ou godets, ont de bonnes racines : la reprise n’en est que plus rapide après la plantation. En Bretagne, les plantations sont printanières, de mars à mai en général, dans le Sud-Est, plutôt en juillet-début août. Les plants disponibles en jardinerie sont déjà enracinés et bien développés.

L’état sanitaire des plants issus de graines est excellent au départ : absence de maladies dues à des champignons ou à des virus (même si certains virus peuvent être transmis par les semences comme l’Artichoke Italian Virus -AILV-).

Enfin le semis procure davantage de liberté pour décider la date de plantation, mais dans certaines limites imposées par la variété, le sol et le climat.

Le pelliculage des semences (ici en orange) présente plusieurs avantages comme la protection contre les fontes de semis © BASF Numhens
Exemple de graines nues d’artichauts© J.-M. Collet

… et des inconvénients

Les graines d’artichaut germent correctement dans une plage de températures étroite : autour de 18 °C, pas beaucoup plus haut ni plus bas. L’idéal est de semer sous abri à des températures proches de cet optimum. Un repiquage en mottes ou en godets est possible en fonction de la croissance du plant. La plupart des producteurs préfèrent ne pas assurer cette étape et acheter des plants déjà développés.

Les graines produites sur les variétés hybrides ne permettent pas de reproduire fidèlement la variété de départ. Il faut racheter des graines ou des plants pour renouveler sa culture. Il est en principe possible de multiplier des variétés populations mais il faut, dans l’idéal, conserver plusieurs dizaines de plantes pour que cette population reste stable.

En tant que nouvelles variétés, il faut apprendre à connaître les hybrides. Elles peuvent avoir différentes vigueurs, différentes précocités et sensibilités aux maladies habituelles de l’artichaut : mildiou, oïdium, bactérioses.

La variété Opal de Nunhems présente une tête légèrement violacée © BASF Nunhems

Les variétés de semis : deux nouveautés en une

Un artichaut de semis, c’est une nouvelle technique de multi­plication, mais c’est aussi une nouvelle variété. En effet, une variété traditionnelle à multiplication végétative ne peut être reproduite par semis comme nous l’avons vu précédemment. Cela veut dire, par exemple, que des graines de Violet de Provence ne donneront pas la variété Violet de Provence, mais plutôt un assortiment de plantes très différentes. Ce résultat, qui peut être déroutant au premier abord, est dû à la génétique complexe de l’artichaut. Cependant, on peut trouver des phénotypes de semis différents, mais dans le même type que le Violet de Provence.

Par ailleurs, les artichauts ont besoin d’une vernalisation (période de temps en dessous d’une certaine température), qui est facteur majeur de la montée à fleurs auquel s’ajoute la photopériode, la température ambiante et la sécheresse. Ces besoins sont fortement dépendants du génotype. Les variétés de semis n’y échappent pas. Les besoins en froid sont évalués entre dix et vingt jours en dessous de 10 °C, selon les variétés.

Aujourd’hui la création de variétés hybrides avec de faibles besoins de vernalisation constitue un enjeu majeur des sélectionneurs en plus des classiques objectifs de rendement plus élevé, de meilleure résistance aux maladies et de saveur rehaussée.

1 L’espèce Cynara cardunculus (Asteraceae), 2n = 2x= 34) comprend trois taxons botaniques : l’artichaut (var. scolymus), le cardon cultivé (var. altilis) et le cardon sauvage (var. sylvestris).
2 Capitule : inflorescence de l’artichaut, appelée communément tête