Irrigation sous tension : des sondes pour gérer la ressource

La gestion d’un patrimoine vert en milieu urbain nécessite une réflexion fine sur les modalités d’arrosage.

Dans un contexte de dérèglement climatique, d’une part, et face à l’exigence de raisonner l’usage de la ressource hydrique, d’autre part, il convient ainsi de déployer un panel d’actions pour rationaliser et optimiser l’usage de l’eau. La gestion de l’irrigation peut ainsi être facilitée par des sondes tensiométriques.

Vue du parc Dupeyroux à Créteil © J.-P. Gueneau

À quelques kilomètres au sud-est de Paris, la Ville de Créteil s’est placée depuis des années à la pointe de l’innovation en matière de politiques publiques pour soutenir le dévelop­pement durable et préserver les ressources naturelles, activant plusieurs leviers dans le domaine de l’eau et notamment pour gérer ses 200 hectares d’espaces verts. Ses nombreux points de fleurissement valent à Créteil d’être labellisée « 4 fleurs » sans discontinuité depuis 1984 par le Conseil national des villes et villages fleuris.

Des moyens techniques pour optimiser la ressource

La ville a misé sur la mise en œuvre de multiples moyens en dédiant tout d’abord au sein de la direction des parcs et jardins une équipe de huit personnes pour gérer plus de 1 000 réseaux d’arrosage et plus de 300 compteurs.

Par un suivi rigoureux et quotidien, et en disposant d’une gestion centralisée sur un maillage technique dûment répertorié dans un système d’information géographique, cette équipe interne permet de contenir les volumes dispensés et donc les coûts.

Les organes de détection de fuites, par ailleurs largement instal­lés, conduisent à résorber le plus rapidement possible tout défaut qui pourrait, sinon, entraîner des pertes considérables.

Les stations de pompage de l’eau du lac de Créteil constituent très certainement un des points les plus importants en matière d’optimisation de la ressource en s’appuyant sur un potentiel local exceptionnel. Mais au-delà de ces actions, la ville a aussi misé sur l’utilisation de sondes tensiométriques pour optimiser l’arrosage des jeunes arbres.

Sonde au pied d’un jeune arbre à Créteil © J.-P. Gueneau

Bien arroser le patrimoine arboré

Le développement du patrimoine arboré en milieu urbain à Créteil est un enjeu majeur et exemplaire. Gérant un patrimoine de près de 24 000 arbres, dont la moitié en alignement, la ville plante plus qu’elle n’abat et diversifie largement ce patrimoine en introduisant des essences plus adaptées aux contraintes actuelles.

Mais l’arrosage des jeunes arbres reste un impératif absolu, au risque de perdre rapidement les sujets, et particulièrement dans les périodes de forte chaleur.

Il existe là encore des moyens d’optimisation et le système GreenGO Node distribué par Hako apparaît comme un système innovant d’acquisition de données du sol en temps réel, avec accès aux données en ligne via un portail dédié. Il permet de surveiller facilement les principaux paramètres du sol : température, teneur en eau et conductivité électrique (salinité), grâce à une ou deux sondes enterrées par arbre. Pour consulter les données, il suffit que le service des parcs et jardins se connecte au portail www.greengosystem.com et il peut commencer immédiatement à gérer l’arrosage et les travaux d’entretien à partir de données fiables, tout en optimisant les intrants.

GreenGO Node peut être enterré jusqu’à 20 centimètres de profondeur (selon la puissance du signal GSM) lorsque les opérations d’entretien ne tolèrent pas d’obstacles en surface (golf, football, rugby), ou simplement intégré au sol (parcs, jardins, pépinières, horticulture, arboriculture fruitière).

Mais on ne peut ignorer la nature des végétaux car la stratégie globale ne saurait faire l’impasse sur un choix judicieux de plantes moins exigeantes en eau.

Si certaines espèces peuvent s’accommoder d’un grand stress hydrique, et s’il est prouvé que les plantes peuvent développer des mécanismes d’adaptation au manque ou à l’excès d’eau, il semble difficile toutefois d’attendre de futures adaptations génétiques plus ou moins hypothétiques. On ne peut non plus strictement limiter la palette végétale à certaines plantes quand il s’agit, en milieu urbain, non seulement de diversifier les scènes paysagères mais également de rafraîchir la ville. Créteil poursuit ainsi sa réflexion sur l’adaptation de sa palette végétale.

Le lac de Créteil constitue un potentiel local exceptionnel en matière de ressource en eau © J.-P. Gueneau

C’est donc au travers d’une conjonction d’actions mais aussi par le suivi d’indicateurs de performance (consommation, coût annuel, taux de perte des jeunes arbres…) qu’il est possible de concilier deux exigences qui pourraient paraître antagonistes, celle de préserver et enrichir un patrimoine végétal et celle de limiter l’usage de l’eau.

La prochaine étape pour Créteil, importante, concerne le lac lui-même, dans le cadre du projet « Lac 2027 » qui vise à assainir totalement ses eaux et à introduire des espèces animales et végétales capables de former un écosystème stable qui favorisera durablement la qualité de l’eau.
À suivre donc …

Programmateur de jardin © Trong Nguyen

Ardonzo : l’application qui facilite  la programmation de l’arrosage

 

Irrigation par la ville de Paris © É. Porcher

Ardonzo (https://ardozo.fr) est une webapplication gratuite de programmation d’arrosage automatique, lancée en 2024 et développée par Éric Porcher. Elle s’adresse aussi bien aux jardiniers amateurs qu’aux professionnels, et permet d’élaborer un programme d’arrosage personnalisé prenant en compte divers paramètres : conditions météorologiques, type de sol, végétation et configuration géographique du site…

L’une des spécificités d’Ardonzo est sa connexion aux données de Météo-France. Grâce à cette intégration, l’ap­plication utilise les statistiques locales d’évapo­transpiration et de pluviométrie, ce qui lui permet de proposer un programme d’arrosage optimisé aux besoins réels du sol et des plantes du jardin.
Pour générer une fiche de programmation, l’utilisateur doit d’abord répondre à un questionnaire de paramétrage. Il lui sera demandé de renseigner plusieurs éléments tels que le type de programmateur utilisé, la surface arrosée en mètres carrés, la composition et la texture du sol (très grossière sableuse, fine argilo-limoneuse…), la profondeur de sol utilisable par les plantes, le type de végétation… Pour les jardiniers moins expérimentés, des clés de détermination sont proposées afin de faciliter la saisie des paramètres techniques.

Réduire l’arrosage d’une seule minute peut permettre d’économiser plusieurs mètres cubes d’eau sur une année, ce qui représente un gain significatif pour la gestion de l’eau dans les espaces de jardinage.

Pour approfondir le sujet, voir : Société nationale d’horticulture de France (SNHF), «  L’eau et les plantes de nos jardins », dossier en ligne, édition 2024″