L’ Arboretum Vilmorin à Verrières-le-Buisson

Nathalie de Vilmorin

La famille Vilmorin s’installe à Verrières-le-Buisson en 1815 pour sa proximité de Paris et surtout pour l’excellente qualité de ses sols. Ce choix s’est révélé être très judicieux quand on voit aujourd’hui encore les arbres qui y furent plantés dès les premières années et qui sont souvent des premières introductions en Europe, comme le Pseudolarix amabilis en 1852.

Le cèdre du Liban planté en 1815 par Philippe-André de Vilmorin en 1815 - © D.R.
Le cèdre du Liban planté en 1815 par Philippe-André de Vilmorin en 1815 – © D.R.

Dans les années 1889-1914, Maurice de Vilmorin laisse à son frère Philippe la direction des établissements et choisit de se consacrer à sa passion des végétaux. Un réseau de diffusion des plantes se met en place grâce aux envois de nombreux correspondants étrangers et français et particulièrement à ceux des missions étrangères de Paris (Bodinier, Cavalerie, Delavay, Ducloux, Farges, Maire, Monbeig, Seguin, Soulié,…) en poste en Chine.

L’Arboretum Vilmorin a ainsi beaucoup bénéficié de ces enrichissements. (Olivier Colin détaille ce réseau horticole dans le Bulletin n°37 de l’APBF, Association des Parcs Botaniques de France).

Certaines espèces ont réussi à y atteindre des dimensions remarquables. Citons le Cedrus brevifolia planté en 1870 qui mesure 32 m de hauteur et 2,80 m de circonférence. Philippe-André (1776-1868) introduisit par exemple entre 1815 et 1820, des chênes de provenance nord-américaine ainsi que le cèdre du Liban et les pins de Calabre, devenus les curiosités dendrologiques de Verrières. L’Arboretum s’enrichit plus tard grâce aux relations de la famille avec Michaux, Boissier et d’autres grands voyageurs.

Illustres devanciers

Tsuga sieboldii 0234
Tsuga sieboldii – © D.R.

Il est intéressant de suivre l’histoire de l’Arboretum Vilmorin au début du XXe siècle grâce aux différents articles publiés dans le Bulletin de la Société Dendrologique de France (SDF). On y trouve des descriptions précises des arbres et arbustes remarquables de la collection entre 1904 et 1937.

À partir de 1900, Philippe de Vilmorin (1872-1917) et ensuite Roger (1905-1980) ont été très actifs au sein de la SDF. À chaque Conseil d’administration de la société, Mme Philippe de Vilmorin faisait porter des échantillons d’arbres et d’arbustes, en fleur ou avec des fruits, toujours notés dans les comptes rendus. C’est Philippe de Vilmorin qui établit, en annexe des actes du Congrès de la SDF de 1904, une liste de végétaux cultivés dans les collections dont il avait la charge. Grand voyageur, agronome averti et botaniste de valeur, il publia l’Hortus Vilmorinianus en 1906.

Illustres devanciers, les Vilmorin ont, dès l’origine de l’arboretum, travaillé avec rigueur sur l’étiquetage pour éviter les erreurs. Philippe de Vilmorin était reconnaissant envers Séraphin Mottet[1] qui en avait la charge.

Espèces réintroduites

Pinus bungeana - © D.R.
Pinus bungeana – © D.R.

Beaucoup de végétaux datant de cette époque sont encore présents. La majesté de l’arboretum est due à la structure formée par les cèdres, les pins, les Torreya et les Taxodium, plantés au tout début de l’arboretum par Philippe André. Il y a aussi les « feuillus persistants » comme les Phyllirea et Umbellularia, les beaux et séduisants feuillus : chênes, érables et noyers, qui apportent leur gaieté. Charme et délicatesse sont dus aux arbustes comme les Deutzia, Philadelphus, Abelia, les roses et les clématites. La finesse est présente par la grâce des Callicarpa, spirées et Viburnum.

Des espèces qui avaient complétement disparu ont été réintroduites ces dernières années : Dipelta floribunda, Stachyurus praecox du Japon, Chaenomeles cathayensis.

Prospérité grâce au réchauffement

Parrotia persica - © D.R.
Parrotia persica – © D.R.

Nous avons constaté les effets progressifs du réchauffement climatique dans l’Arboretum. Les arbres du bassin méditerranéen prospèrent et démontrent une adaptation incroyable : Cedrus libani plantés en 1815, Cedrus atlantica, Cedrus brevifolia planté en 1870, Celtis australis, Acer monspessulanum, Pinus laricio planté en 1815, Quercus Ilex planté en 1906.

Cette hausse des températures permet aussi un grand développement des arbres originaires de Californie : l’Umbellularia californica, le Pinus torreyana (donné par Allen Coombes) qui fructifie (très étonnant), Sequoia giganteum, Sequoia sempervirens qui détient dans sa forme pendula un record pour ses dimensions, Celtis australis, ou encore Torreya californica, et Quercus wislizenii qui, d’après Thierry Lamant et Michel Timacheff, serait exceptionnel pour son adaptation dans une région aussi septentrionale de France.

Des secrets dévoilés

Elæagnus - © D.R.
Elæagnus – © D.R.

L’Arboretum Vilmorin dévoile aussi ses secrets. Franklin Picard, accompagné de Jean Hoch, sont venus visiter l’Arboretum en automne 2007, la veille d’un départ en Chine. Ils sont venus pour les conifères et en particulier Torreya grandis (+ de 24 m), T. nucifera (24 m), T. californica et un Torreya non déterminé jusque-là, le long de la grande allée des tilleuls. En automne 2012, il fructifia pour la première fois, ses fruits pendaient tels de grandes olives vert clair sous un beau soleil, ce qui permit de l’identifier comme étant un Torreya taxifolia.

En 2008 un Diospyros rhombifolia chinois fructifia, lui aussi, pour la première fois permettant à Susyn Andrews et Olivier Colin de confirmer son identité. Durant une visite du Comité scientifique de l’Arboretum en mars 2012, Stéphane Brame découvrit un Chimonanthus d’un jaune très particulier et d’un parfum extraordinaire. À ce jour, personne n’a pu confirmer l’identité de l’espèce.

Un grand renouvellement et enrichissement de l’Arboretum se poursuit sous les conseils d’un Conseil Scientifique (Alix de St Venant, Franklin Picard, Stéphane Brame et Olivier Colin) et alimenté par une recherche systématique d’espèces et les nombreux dons d’amis comme Mary Buisson, Jeannette Fryer, Allen Coombes et Fréderic Tournay. Pour les 30 ans de l’APBF, en 2003, a été planté le Parrotia subaequalis. Bon nombre de plantes introduites par Jacky Pousse en 2011 offrent un intérêt particulier pour leur rareté et leur récolte dans la nature.

Une collection de premier ordre

Carya glabra
Carya glabra – © D.R.

D’après Stéphane Brame, « un enrichissement botanique important a été opéré ces dernières années. L’arboretum se trouve à nouveau propulsé au rang de collection botanique de premier ordre comme il l’a souvent été. Outre la présence essentielle de vieux spécimens tant d’arbres et arbustes structurant l’ensemble de l’arboretum et conférant une connotation historique indéniable à l’arboretum, l’implantation récente d’innombrables espèces amène à un rajeunissement de la collection.»

Aujourd’hui, lors des visites d’experts dans notre arboretum, bon nombre d’entre eux ne connaissent pas toutes nos nouvelles introductions.

Pour ne donner qu’un petit exemple de plantes nouvelles rapportées par Jacky Pousse de ses voyages en Asie, citons des Alangium, Actinidia, Berberis, Clerodendron mandarinorum, Cotoneaster, Daphne, Euonymus, Lindera, Malus, Meliosma, Picea, Rubus, Tapisia, Viburnum, Zanthoxylum…etc.

Recherche perpétuelle

Les priorités dans la gestion de l’Arboretum sont de collectionner les taxons dédiés à la famille Vilmorin et reproduire les premières introductions existantes pour conserver la pureté de leurs origines. Cette gestion est rendue possible grâce à la tenue informatique de l’inventaire.

Aujourd’hui, le challenge est de rester dans la recherche perpétuelle de nouvelles introductions, ce qui donne le dynamisme à un lieu passionnément aimé et de le partager avec des experts du monde entier.

Au-delà de tout ceci, il est important d’avoir à cœur l’agrément de la promenade, la surprise des couleurs et la présence de parfums apportés par des arbustes tels que les Chimonanthus, l’Edgeworthia chrysantha, les Lonicera et les Osmanthus.

Une visite d’étudiants au Cap d’Antibes en 1908

Des élèves de l’École nationale d’horticulture de Versailles ont visité l’établissement Vilmorin-Andrieux au Cap d’Antibes lors de leur voyage d’études dans le midi méditerranéen en 1908. Alain Durnerin* nous retrace ce périple.

En haut à gauche, l'Etablissement Vimorin-Andrieux à Empel en 1908, photos de S. MOTTET (2)
Clichés de l’excursion pris par S. Mottet de la Maison Vilmorin qui accompagne son fils Paul Mottet, élève de l’ENH, futur inspecteur des cultures de la firme Vilmorin. Ce dernier tombera dans la Somme en 1916. Quatre des douze anciens élèves de l’ENH employés par la firme Vilmorin-Andrieux disparurent au cours de la Grande Guerre.

Au début du XXe siècle, le littoral méditerranéen est devenu une importante zone de productions horticoles. En 1902 est créé, à l’École nationale d’horticulture de Versailles, un cours de Cultures méridionales complétant le cours de Cultures tropicales enseigné par Maxime Cornu, professeur-administrateur du Muséum de 1899 à sa mort en 1901. Ce cours de Cultures méridionales et tropicales est confié en 1902 à Georges Poirault, directeur de la villa Thuret. Avant 1914, plusieurs promotions sortantes de l’ENH visitent de nombreuses exploitations horticoles, jardins publics ou privés du littoral méditerranéen, en particulier les établissements Vilmorin-Andrieux.

Une annexe de la banlieue parisienne

Ainsi Maurice Marcel, élève de la promotion 1905­-1908, futur professeur de Cultures potagères à l’ENH relate la visite des installations de la Maison Vilmorin-Andrieux : « La Maison Vilmorin-Andrieux a créé cette annexe de ses importantes cultures de la banlieue parisienne pour certaines plantes ne mûrissant que très difficilement leurs graines sous notre climat du Nord. Par leur situation privilégiée, les jardins d’Empel permettent la production et la sélection de certaines graines très recherchées, notamment les primevères de la Chine. L’établissement d’Empel est situé sur le côté ouest du cap d’Antibes, sur une pente très forte. Aussi pour faciliter les cultures, a-t-on établi des terrasses successives de quinze en quinze mètres. […] M. Sontag, le nouveau jardinier en chef, nous fait les honneurs de l’établissement. Notre visite commence par une série de petites serres à deux versants où l’on cultive en pots-piments, tomates et aubergines, qui orneront l’Exposition du mois de mai à Paris. […] Dans un grand groupe de serres hollandaises, nous admirons une splendide collection de Primevères de la Chine en touffes énormes, dont la rigidité du feuillage, l’ampleur et le vif coloris des fleurs sont vraiment admirables. […] Nous remarquons enfin de forts beaux Cyclamen et des Begonia Rex, pour la production de bonnes graines. ».

* Alain Durnerin, Ingénieur horticole, Ingénieur en chef du génie rural et des eaux et forêts

[1] Voir la biographie dans ce dossier

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Une réflexion au sujet de « L’ Arboretum Vilmorin à Verrières-le-Buisson »

  1. Bonjour
    je suis très amateur de beaux jardins et habite aussi près de l’arboretum de Balaine dans l’allier, que j’ai découvert il y a une trentaine d’années après ma venue dans ce département.
    je laisse ce petit commentaire ici c’est surtout pour faire un petit clin d’oeil à Nathalie de Vilmorin que j’ai connue à Holy Child….
    et qui semble avoir la même passion que moi pour la Nature
    quel plaisir!!!
    A bientôt

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