Concours des jardins d’agrément Bonpland, palmarès 2016

Frédéric Pernel

Proposé chaque année aux amateurs par la SNHF et par Jardiland l’Institut, le concours des jardins d’agrément Bonpland 2016 révèle cette année des jardins majoritairement de grande superficie, ainsi que des facettes du jardinage à forte portée environnementale.

Le Comité Bonpland vient de finaliser le palmarès 2016, lequel a fait l’objet d’une présentation sur le stand Jardiland, à Chantilly, le 16 octobre 2015*.

Quatre lauréats ont été distingués dont deux 1er prix ex aequo attribués au jardin de Mme Jobert, en Seine-et-Marne, et à celui de M. Delesalle dans le département du Nord. Compte tenu de ce choix, il n’y aura pas cette année de deuxième prix. Le troisième prix va à M. et Mme Gouby pour un jardin de montagne situé dans le département de la Loire. Enfin, un jardin à fort potentiel a été retenu en Haute-Vienne comme « Jardin en Devenir ».

Fait rarissime dans l’histoire du concours : Il n’y a pas eu cette année de lauréat en Pays-de-Loire, en Bretagne ou en Normandie. Ceci n’est qu’un pur hasard, lequel ne résulte en rien d’un choix du Comité Bonpland mais montre au contraire que la notoriété du concours provoque une émulation entre jardiniers, heureux et fiers de participer à la valorisation de leur région en présentant leur jardin.

1er prix ex aequo

Le domaine de Berville à La Genevraye (77) – Mme France Jobert

Quelques tendances : potager fleuri, rosiers à forme libre, vivaces en semis spontanés - © Frédéric Pernel
Quelques tendances : potager fleuri, rosiers à forme libre, vivaces en semis spontanés – © Frédéric Pernel

Le domaine de Berville est dans l’air du temps et aussi dans les parfums des rosiers aux formes libres, d’une nature comme savait l’apprécier André Eve. En effet, il a existé une connivence entre le rosiériste récemment disparu et la jardinière experte. Experte, la candidate l’est dans l’association des plantes d’ornement et des plantes potagères, dans l’expérimentation d’un jardinage efficace et moins contraignant, dans la restauration d’un ancien jardin anglais à la manière romantique avec son étang aux berges plantées, sa rivière de sous-bois, son arborétum et le soin de la taille en transparence. Le passage des saisons est anticipé, des parterres printaniers jusqu’aux vives frondaisons d’automne. Voilà pour la spécialité Bonpland qu’est le jardin d’agrément, avec également un souci de partager et de faire participer les personnes handicapées en intégrant la permaculture et la culture sur butte (dans ce cas précis, adapté en hauteur aux fauteuils roulants). Mais là, c’est une affaire de potager et d’un autre concours organisé par la SNHF.

1er prix ex aequo

La ferme du Lansau à Marchiennes (59) – M. Delesalle

Une invitation à la promenade dans un jardin fait d’ombre et de lumière à la ferme du Lansau - © Nicole Boschung
Une invitation à la promenade dans un jardin fait d’ombre et de lumière à la ferme du Lansau – © Nicole Boschung

Initialement imaginé sur une ferme abandonnée, le projet fut dessiné dans le but de restituer l’ambiance de l’ancien terroir entre bocage et marais de la Flandre romane. M. Delesalle trouve l’inspiration dans la photographie. Il cadre, il ouvre les perspectives, il focalise le regard, il joue entre lumière et ombre. Le jeu se poursuit entre les ouvertures sur le jardin, les vues depuis l’intérieur et les vues depuis le jardin vers le paysage restauré. Son travail est une véritable expertise environnementale reconstituant les écosystèmes (haies, prairie humide, marais, mares, etc.), gérant le bilan carbone de ses actions, combinant les essences d’ornement à celles du bois de chauffe. Ce sont là d’autres dimensions du jardinage qui sont ici proposées. Elles répondent au souci contemporain de baisser l’impact de chacun sur l’environnement. A la ferme de Lansau règne une esthétique, à la faveur d’une sélection de végétaux et d’enjeux bien particuliers.

3e prix

L’Ecluse du Moulin à Chazelles-sur-Lavieu   (42) – M. et Mme Albert Gouby

Un fond de vallon bien planté où la nature forestière est respectée - © Frédéric Pernel
Un fond de vallon bien planté où la nature forestière est respectée – © Frédéric Pernel

L’agrément de l’eau chantante des cascades et l’humidité d’un fond de vallon ont produit un cadre végétal généreux à l’Écluse du Moulin, à Chazelles-sur-Lavieu (42) chez M. et Mme Gouby

Un jardin de montagne peut figurer parmi les exemples méritants. Dans celui-ci se trouve une riche collection d’arbres et d’arbustes savamment adaptés au site rocheux et boisé de ce vallon du Forez. Pour des amateurs possédant également un jardin d’altitude, M. et Mme Gouby sont des observateurs et des pionniers dans l’acclimatation des végétaux en climat très froid. Ils sont aussi innovateurs en techniques et matériels de jardinage adaptés aux fortes pentes. Le circuit accidenté enjambe un ruisseau de montagne aménagé, cascades sur les rochers, ponton de bois, massifs de plantes d’eau. Il faut imaginer autre chose qu’une brouette pour circuler sur les pentes avec les charges. A côté des intérêts techniques et botaniques évidents, ce jardin offre une grande quiétude et une harmonie, fondue dans la nature. Que l’on ne s’y trompe pas, c’est le résultat d’un gros travail que les visiteurs se prépareront à voir comme pour partir faire une belle promenade en montagne.

Prix du jardin en devenir

Montagrier, à Saint-Bonnet-de Bellac (87) – M. et Madame de Montbron

Émergence d’un vénérable sassafras dans les vestiges de l’ancienne serre du 19ème siècle - © Frédéric Pernel
Émergence d’un vénérable sassafras dans les vestiges de l’ancienne serre du 19ème siècle – © Frédéric Pernel

Sorti de l’oubli, le parc de Montagrier retrouve progressivement l’esprit de son créateur. En 1802, Joseph Chérade comte de Montbron (1768-1852) avait dessiné un parc à l’anglaise sur les hauteurs de la Gartempe. Cet homme était écrivain, musicien, dessinateur, passionné par la botanique, la zoologie et la géographie. Montagrier trouvait son inspiration parmi les découvertes des explorateurs, tel Aimé Bonpland. La faune et la flore nouvelles, recueillies par les grands amateurs telle l‘impératrice « J. » à la Malmaison ou encore, par François-René de Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups ont aussi imprégné Montagrier. On peut toujours y voir les vestiges de la grande serre aux colonnes doriques, de grands arbres centenaires, un tracé d’allées à la façon du fameux paysagiste Paul de Lavenne comte de Choulot. Ailleurs se trouvent aussi d’anciennes cages ouvragées témoins de l’ancienne ménagerie. C’est une restauration du parc qui prend forme depuis 2008 et en progressant par dégagement des anciennes perspectives et par replantation des essences. Le contemporain n’est pas exclu, des parterres fleuris et des bosquets d’azalées viennent ponctuer cet espace en devenir. C’est aussi une nouvelle tendance que de respecter le semis spontané des vivaces.

 

*À l’attention des amateurs, la SNHF diffusera au début 2016 une synthèse descriptive des jardins candidats avec une analyse des points forts observés lors des visites du Jury.

– une synthèse annuelle sera proposée sur les idées nouvelles sur le jardinage récoltées chez tous les candidats avec par exemple réhabilitation du patrimoine paysager, l’art d’associer les rosiers, jardiner en montagne, etc. Ce document sera disponible à la SNHF.

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