la végétation spontanée en ville : l’étudier, la faire accepter, la gérer

Caroline Gutleben

Séneçon, pissenlit, chiendent, chénopode… Leur évocation peut paraitre banale et pourtant ces plantes « sauvages » qui poussent spontanément, n’ont rien d’anodin. En attestent toutes les attentions dont elles sont l’objet dans l’espace public, les parcs et jardins, souvent pour s’en débarrasser, parfois pour les observer et en faire l’étendard de nouvelles pratiques de gestion plus vertueuses, sans pesticide.

Alors que la réglementation (loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte) prévoit l’interdiction des produits phytopharmaceutiques (hors produits de biocontrôle) par les services de l’État, les collectivités locales et les établissements publics à partir du 1er janvier 2017, le temps est désormais venu d’accompagner et de déployer toutes les actions en faveur d’une meilleure acceptation et d’une autre considération de la flore spontanée.

Des fonctions écologiques à considérer

La flore spontanée offre de nombreuses fonctions écologiques, trop peu considérées dans les approches gestionnaires. Elle favorise l’installation et le maintien de la biodiversité en offrant une source d’alimentation, un habitat pour les arthropodes, les pollinisateurs, les oiseaux et les petits mammifères. Elle joue un rôle dans la fertilité des sols, notamment en stimulant l’activité biologique.

La flore spontanée offre de nombreuses fonctions écologiques comme dans cette sente parisienne – © L. Le Noan, Mairie de Paris

Elle limite l’érosion et le ruissellement en favorisant l’infiltration de l’eau dans le sol, et elle participe à réduire les pollutions dans l’eau en filtrant et en fixant les particules polluantes.

Les facteurs d’une meilleure acceptation de la flore spontanée

De 2009 à 2012, Plante & Cité a coordonné le programme d’étude Acceptaflore (1), en partenariat avec une ethno-sociologue (Marie-Jo Menozzi), des chercheurs de l’université d’Aix-Marseille-Provence, la Maison de la Consommation et de l’Environnement de Rennes, la Fredon Poitou-Charentes et l’agence de communication Hokus Pokus. Par un travail d’enquête auprès de 420 personnes de sept communes différentes, les objectifs étaient d’appréhender la manière dont la population perçoit et se représente la flore spontanée des milieux urbanisés, également d’analyser les facteurs d’appréciation ou de rejet de ces plantes.

Il en ressort que la perception de la flore spontanée dépend du secteur biogéographique. Les évocations liées à la flore spontanée sont également différentes selon qu’elle se trouve dans des macro-habitats (prairie urbaine) ou dans des micro-habitats (pieds d’arbres…) où il est plus souvent proposé de la remanier. Les habitants apprécient la flore spontanée quand il y a des fleurs et de la couleur. Ce qui déplaît le plus est lié au manque d’intervention humaine. Quand la végétation est abondante, elle évoque une idée de richesse. Tout n’est pas jugé négativement, loin de là, malgré l’âpreté des plaintes qui peuvent arriver en mairie et qui sont loin de représenter l’avis général, plutôt indifférent.

Pissenlits à Versailles : des plantes « sauvages » qui n’ont rien d’anodin – © Cathy Biass-Morin

Ambiance des dynamiques saisonnières

Toute communication visant à changer le regard sur la flore spontanée doit intégrer l’objet à un discours plus large sur les services rendus, sur la suppression des risques associés aux pesticides lorsqu’on ne désherbe plus. Elle doit aussi en évoquer les sensations et jouer sur l’esthétisme. Certaines communes l’ont compris, la communication est essentielle. À Strasbourg, c’est un nain de jardin qui fait office de porte-parole pour défendre une gestion sans pesticides des espaces verts. À Rennes, on lutte non pas contre les mauvaises herbes mais contre les pesticides. La plateforme web ecophyto-pro.fr propose une galerie d’outils facilitant les campagnes de communication au sein des communes.

Au-delà des messages, on peut aussi travailler à une meilleure intégration de la flore spontanée dans les aménagements. Les dynamiques saisonnières de la végétation spontanée offrent des ambiances différentes qui peuvent parfaitement s’accorder à la végétation plantée dans les espaces verts. Des pelouses parsemées de pissenlits, aux murs bordés de plantes sauvages, en passant par la tonte différenciée des prairies… chacun peut y trouver son compte. Sur le terrain, les CAUE, les Fredons, les CPIE et les PNR peuvent accompagner les communes et les sensibiliser à ce travail en amont.

Apprendre à mieux connaître les plantes sauvages

S’inspirant du succès rencontré par les sciences participatives auprès du grand public, les chercheurs se sont rapprochés des gestionnaires d’espaces de nature pour développer des observatoires participatifs orientés vers les professionnels.

En 2012, Plante & Cité lançait le programme Florilèges (2) en partenariat avec le MNHN, Tela botanica, Natureparif, l’observatoire de la biodiversité urbaine du CD 93 et le pôle de gestion différenciée en Nord-Pas-de-Calais. Intégré au dispositif Vigie-Nature, la finalité de Florilèges est par exemple de produire un indicateur de la qualité écologique des prairies urbaines. Il est proposé aux gestionnaires de contribuer à la mesure des effets de leurs pratiques sur la biodiversité, tout en apprenant à mieux connaître les plantes sauvages présentes sur leurs sites. À moyen terme, ces évaluations permettront la création de référentiels techniques pour la gestion de la flore spontanée dans les prairies urbaines.

L’atelier Florilèges Prairie pour les gestionnaires à Strasbourg – © Gaëtan Duhamel, Plante & Cité
Exemple de désherbage alternatif : l’utilisation de la vapeur sur surface perméable – © Pauline Laïlle, Plante & Cité

Gérer la flore spontanée : la diversité des actions de désherbage

Toujours d’actualité et profondément opérationnelle, la question du désherbage est souvent au coeur des relations entre ville et flore spontanée. Ses impacts environnementaux sur la santé humaine, et parfois sur le budget des communes, sont de mieux en mieux connus.

Dans les espaces où la flore spontanée ne peut être intégrée, il est possible d’en prévenir le développement et de remplacer les travaux de désherbage par le paillage, l’implantation de couvre-sol, l’enherbement… Plus ces pratiques sont anticipées dès la conception, plus la gestion écologique de la flore spontanée est facile.

Outils d’aide à la décision

En dernier recours, les opérations de désherbage peuvent faire appel à des solutions alternatives aux pesticides. Ces solutions exploitent des matériels pour le désherbage thermique (flamme directe, eau chaude, vapeur, air chaud), ou pour le désherbage mécanique dont le plus connu est la binette, mais aussi la balayeuse, les brosses rotatives et des techniques de travail superficiel du sol.

Les techniques alternatives sont légion et il est parfois difficile de s’y retrouver pour identifier la technique la plus adaptée au site à entretenir. Ainsi, Plante & Cité a coordonné de 2009 à 2014, en partenariat avec EVEA, le CETEV et la Fredon Ile-de-France, le programme COMPAMED ZNA (3) sur l’étude de l’efficacité et des impacts environnementaux des différentes méthodes de désherbage. Un outil d’aide à la décision disponible sur compamed.fr donne la possibilité aux gestionnaires d’évaluer l’impact de leurs pratiques de désherbage et les accompagne dans le choix des itinéraires techniques et procédés sans pesticide à mettre en oeuvre.

Un ouvrage de référence : Mieux intégrer la flore
spontanée en ville : pour une approche écologique
du désherbage. Plante & Cité, Angers, 67 p.

1-Programme soutenu dans le cadre du plan Ecophyto avec le financement de l’Onema.

2-Développement du programme soutenu dans le cadre du plan Ecophyto avec le financement de l’Onema.

3-Programme soutenu dans le cadre du plan Ecophyto avec le financement de l’Onema, Val’hor, l’Ademe, l’UPJ et l’Asfa.

CAUE : Conseil en Architecture Urbanisme et Environnement

CETEV : Centre d’Expertise en Techniques Environnementales et Végétales

CPIE : Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement

EVEA : Fabrique de solutions durables

FREDON : Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles

MNHN : Muséum National d’Histoire Naturelle

PNR : Parcs Naturels Régionaux