Square Nicolas Forestier : un gestionnaire heureux

Jean-François Coffin

Sylvain Blateyron, maître jardinier, est responsable du Square Nicolas forestier depuis dix ans, sous la responsabilité de Violaine Lefebvre, agent de maitrise qui pilote les espaces verts du quartier. Il explique comment il intervient en conciliant le projet initial du concepteur Louis Benech, les contraintes techniques et environnementales et sa liberté de gestionnaire créatif…

 

Violaine Lefebvre et Sylvain Blateyron à côté du massif de fleurs qu’il a conçu aux contours évoquant le mouvement des vagues © J.-F. Coffin
Le jardinier a pris la liberté de tailler en forme de vague une haie rectiligne et pour dégager le coin enfants qui était occulté. L’esprit d’origine est respecté ! © J.-F. Coffin
Le jardinier a pris la liberté de tailler en forme de vague une haie rectiligne et pour dégager le coin enfants qui était occulté. L’esprit d’origine est respecté ! © J.-F. Coffin

« Notre idée est bien de respecter le projet de Louis Benech. Il souhaitait une ambiance marine, avec la proximité du stade Charléty évoquant pour lui un paquebot », explique Sylvain. Mais un jardin n’est pas figé. Il évolue avec le temps. Des végétaux grandissent, certains disparaissent. Le fait d’être ouvert au public entraine un certain nombre de contraintes. Tout cela est à gérer, certes en gardant l’esprit originel de sa création, mais avec une certaine liberté, notamment pour « des espaces que le jardinier puisse s’approprier », comme le souhaitait Louis Benech.

« Nous avons une certaine liberté de choix, reconnait Sylvain. Par exemple, chaque année, nous modifions les massifs de fleurs au niveau des variétés, de leur emplacement et de leur forme. Ainsi, cette année, j’ai dessiné un massif de bulbes et fleurs de printemps avec des contours en forme de vaguelettes. L’année prochaine, il aura une autre disposition. »

Accompagner le travail du temps

Un jardin est vivant, il faut gérer les végétaux qui grandissent, prennent de plus en plus de place, cachent la lumière. « Sous leurs frondaisons, nous recourons à des plantes d’ombre. Si nous devons éliminer des arbustes malades, dépérissants ou vandalisés, nous le faisons progressivement, en remplaçant par d’autres de façon à ne pas créer d’un coup un grand vide ». Le temps fait aussi son travail au niveau de la maçonnerie qui se dégrade. « Tout un mur va être refait. Nous avons du arracher les haies qui le longeaient. A la place, nous avons semé une prairie fleurie pour agrémenter la friche laissée ».

Un jardin de Paris

Le Square Nicolas forestier est un jardin parmi d’autres de la Ville de Paris et doit respecter un certain nombre de directives municipales. Ainsi, la Mairie interdit l’usage de pesticides chimiques dans tous les espaces verts de la Capitale. Et le square est aussi labellisé pour sa gestion écologique. « Si cela demande plus d’attention, nous voyons revenir avec bonheur des papillons et toute une faune, notamment au niveau des oiseaux tels des geais, un couple de pic-vert. Un vrai plaisir ! »

Contrainte également de la gestion de l’eau : le jardin est posé sur une dalle sous laquelle se trouve un parking. La végétation méditerranéenne convient donc bien à cette situation. Pour l’intérêt de leur feuillage gris-bleuté, les jardiniers ont planté des oliviers, non prévus dans le projet initial à cause du risque de ne pas résister au climat local. « Ils sont en plein forme et produisent même des olives ! », savoure Sylvain.

Si la Mairie impose chaque année un thème aux jardins de Paris pour les massifs annuels, Sylvain essaye de le respecter autant que possible. « Nous privilégions cependant l’esprit d’origine du jardin », avoue-t-il, saluant au passage l’équipe de trois jardiniers qui le secondent mais intervenant aussi dans les autres espaces verts du quartier.

Ouvert au public

Des pots ont été récupérés. Non prévus dans le projet initial, il aurait été dommage de s’en séparer, d’où leur usage en alignement pour agrémenter l’accès pompiers. Plantés de géraniums vivaces et de rosiers tige, ils n’échappent pas hélas à la malveillance des usagers, comme ici un rosier vandalisé ! © J.-F. Coffin
Des pots ont été récupérés. Non prévus dans le projet initial, il aurait été dommage de s’en séparer, d’où leur usage en alignement pour agrémenter l’accès pompiers. Plantés de géraniums vivaces et de rosiers tige, ils n’échappent pas hélas à la malveillance des usagers, comme ici un rosier vandalisé ! © J.-F. Coffin

Le jardin est naturellement ouvert au public mais pas toujours respectueux du lieu. Il faut réparer les dégradations, refaire des cheminements mieux adaptés. Sylvain doit aussi faire preuve de qualités psychologiques et diplomatiques vis-à-vis d’une population qui chérit ce jardin pour sa tranquillité et s’y installe. Loin de tenter de les expulser, il en a fait des relais de surveillance tout en leur apprenant à respecter les lieux comme mettre les déchets dans les poubelles !

Enfin, Sylvain pense sans cesse à de nouveaux projets, comme le renouvellement et l’amélioration de l’affichage informatif pour le public. « Certains points nous posent souci – explique-t-il. Nous avons des idées. Nous pensons rencontrer Louis Benech pour obtenir son point de vue et ses conseils. »

Mais Sylvain aussitôt de conclure : « j’ai plaisir à travailler dans ce jardin. Je suis du sud et sa végétation me rappelle ma terre d’origine. J’y suis bien ! »

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