Réussir la plantation des ligneux Attention aux idées reçues !

La pratique veut que la plantation des ligneux en racines nues se fasse en période de repos de végétation. Ce n’est pas forcément le cas pour les plantes en conteneurs. Pascal Prieur nous formule un certain nombre de conseils pour favoriser une bonne reprise en apportant des précisions renforcées par des explications scientifiques…

Plantation d’un arbuste en motte. Le collet doit affleurer la surface du sol – © Thibault Geourjon

« Mieux vaut planter les végétaux ligneux caducs en époque de repos végétatif car, pendant cette période, les racines n’ont pas besoin de nourrir la plante immédiatement. » Cette vérité est connue des jardiniers, mais le spécialiste Pascal Prieur (cf. encadré) la rappelle cependant. Il est donc possible de planter « en général, à partir de novembre, du moment que les feuilles commencent à tomber, et jusqu’en mars ».

Malgré tout, sa préférence va à l’automne car la plante peut commencer à s’installer pour bien démarrer au printemps. « Cela dépend aussi de la disponibilité du jardinier, de la nature du sol et de son état », précise-t-il. Si le sol est gorgé d’eau, ce qui est souvent le cas des terres argileuses, mieux vaut attendre qu’il se ressuie. Un sol sableux pose moins de problèmes car il draine rapidement en cas de pluie.

Pour les persistants, qui ne se plantent jamais en racines nues mais en motte (où sont issus de conteneurs), la plantation peut se faire juste avant la diminution de la végétation en fin d’automne, ce qui permet aux racines de commencer à se développer pendant que le sol n’est pas encore refroidi. On peut aussi les planter juste avant le redémarrage de la végétation. Vu qu’ils gardent en permanence leurs feuilles, ils continuent de vivre en hiver, même au ralenti. On veillera à ce que le sol ne se dessèche pas pendant cette période en arrosant un minimum si besoin.

Conteneurs et chignons

Pour les plantes en conteneurs, le volume des racines est entier et, logiquement, elles vont reprendre. Leur intérêt est de pouvoir être plantées en toute saison, sauf lors de conditions climatiques défavorables, comme les périodes de canicule, « et aussi pour des raisons environnementales car planter en plein été et arroser abondamment n’est pas éco-responsable ».

Mais, lors de l’achat, vérifiez que les racines sont en bon état sanitaire, ni jaunies, ni pourries. N’hésitez pas à sortir la plante de son pot pour visualiser les racines, naturellement, si la plante n’est pas trop volumineuse… Si les racines présentent un « chignon » compact, c’est-à-dire qu’elles ont tourné autour du pot formant une masse serrée, elles risquent de s’étrangler elles-mêmes et de limiter le développement de la plante par la suite.

Évitez d’acheter cette plante. Si vous en avez déjà fait l’acquisition, tentez, au moment de la plantation, de dénouer un peu le chignon, voire même coupez quelques racines.

Racines nues vite en jauge

Si l’usage du conteneur peut faciliter la plantation quasiment en toute saison, la plantation en racines nues peut avoir d’autres avantages. « On a constaté que les plantes élevées en pleine terre sont souvent plus trapues. J’ai vérifié ce phénomène pour des forsythias beaucoup plus denses que ceux élevés en conteneurs. Peut-être est-ce dû à leur plantation plus espacée lorsqu’ils sont en pépinière alors que les conteneurs sont plus serrés ? », s’interroge Pascal Prieur.

Après l’achat de ligneux en racines nues, mettez-les rapidement en jauge en attendant leur plantation, afin que les racines ne se dessèchent pas. La jauge est une tranchée que l’on creuse dans un coin du jardin, où l’on entreposera les végétaux, puis on recouvrira les racines de terre. Choisissez, si possible, un substrat sableux. « On dit qu’il ne faut pas planter en période de gel. Je n’en ai jamais vraiment vérifié les conséquences, mais le risque d’une terre gelée est qu’elle peut former des grumeaux qui n’adhéreront pas aux racines », explique notre pépiniériste.

Le trou de plantation doit s’adapter au volume des racines et non l’inverse. Le tuteur est enfoncé au fond du trou. Une fois l’arbre en place, la terre est émiettée pour qu’elle puisse bien s’insinuer entre les racines, puis tassée. Une cuvette est réservée autour du tronc puis un arrosage copieux est effectué. Ensuite, le sujet peut être attaché au tuteur © Pascal Prieur

Habiller ou pas

Avant de mettre en jauge les racines nues, il faut les « habiller » (« ou plutôt les déshabiller… ») pour avoir des coupes nettes sur les racines arrachées. « Un spécialiste m’a confirmé ce point de vue, même si certaines personnes estiment que c’est provoquer une deuxième blessure à la plante. »

Attention, cependant, à ne pas trop raccourcir car la majeure partie des réserves du végétal se trouvent dans les racines, dans lesquelles il puisera pour poursuivre son développement, émettre des radicelles et redémarrer au printemps.

Éviter de tailler les branches

La plupart des praticiens ont toujours préconisé de tailler les parties aériennes quand on plante en racines nues. Comme on ne laisse que 20 % des racines, on pense qu’il faut équilibrer au niveau de la ramure et qu’il faudrait tailler en conséquence pour que la plante ne s’épuise pas en attendant que les racines ne se développent. En fait, la science nous montre aujourd’hui qu’il faut éviter cette taille. Les pousses terminales (apex) des branches sécrètent une auxine qui a pour effet de stimuler le développement du système racinaire. Si l’on raccourcit les rameaux, on supprime les apex, donc la source d’auxine qui ne stimulera pas les racines.

Cela fonctionne, bien sûr, à condition que la plante ne manque pas d’eau. « C’est pourquoi je ne suis pas adepte de la taille à la plantation. Les responsables des villes ne font d’ailleurs plus tailler leurs arbres à la plantation, quel que soit leur conditionnement, conteneur ou racines nues. C’est une fois que la plante est installée, au bout d’un ou deux ans, que l’on pourra tailler pour éventuellement poursuivre la taille de formation », complète Pascal Prieur. Une exception : les plantes à enracinement facile, comme les rosiers, qui émettent des racines dès la jauge. Dans ce cas, on peut effectuer une taille sévère à la plantation.

Basitones ou acrotones

Quelles que soient les plantes, si une taille doit être effectuée, elle doit être une anticipation de la taille d’entretien. Pour les plantes basitones (1*) , telles le forsythia, elle consistera à supprimer quelques bois sur la souche, ce qui favorisera le développement de nouveaux rameaux.

En cas de plante acrotone (2*) ayant trop de branches, n’effectuez que des suppressions de branches entières ou des réductions « sur relais » (taille au-dessus d’un rameau latéral de remplacement que l’on appelait autrefois, à tort, « tire-sève »).

Concilier climat et agenda

Si vous tenez compte de tous ces conseils, la plantation de vos végétaux ligneux présentera les meilleures garanties de reprise. Naturellement, vous serez toujours soumis aux contraintes des conditions climatiques ou de votre agenda… Mais il y aura bien un moment où vous trouverez une « fenêtre » pour planter vos ligneux préférés…

 

Jean-François Coffin
Journaliste et membre du comité de rédaction de Jardins de France

(1*) Basitonie : faculté de la plante à développer chaque année, à partir de la souche ou à partir de la base des rameaux, des ramifications (peut disparaître en l’absence de taille).

(2*)Acrotonie : faculté de la plante à développer plus fortement les bourgeons situés à l’extrémité des rameaux de l’année précédente que ceux situés à leur base ou sur la souche.
Source : www.snhf.org/taille-douce-arbustes

Les arbusticulteurs, pour une bonne gestion des arbustes

Pascal Prieur, pépiniériste installé en Anjou, préside l’association Les Arbusticulteurs dont l’objectif est de promouvoir l’utilisation et la gestion des arbustes dans les meilleures conditions paysagères,
techniques, économiques et environnementales.

Le réseau des Arbusticulteurs, mis en place en 1999, effectue des expérimentations sur la taille des arbustes. L’objectif est de comparer différentes techniques de taille, dans leurs effets sur les arbustes et au niveau des coûts directs et induits (déchets produits), dans une démarche de gestion différenciée et durable.

Trois lycées horticoles (Lomme dans le Nord, Romans-sur-Isère dans la Drôme et Nérac, dans le Lot-et-Garonne) effectuent des mesures sur des essences représentatives, selon un protocole établi avec les initiateurs du projet, Pierre Raimbault de l’INH, Hervé Bichon et Jac Boutaud, de l’arboretum de La Petite Loiterie, à Monthodon, en Indre-et-Loire.
Les premiers résultats exploitables commencent à arriver. L’extrapolation de ces résultats à l’ensemble de la gamme arbustive sera possible à partir des observations menées sur l’arboretum de La Petite Loiterie.

www.arbusticulteurs.com