Qu’est-ce qu’un jardin ? Le témoignage de Gilles Clément

Le jardin est un lieu où le corps et l’esprit s’accordent pour obtenir un équilibre heureux.
Le corps s’immerge dans l’espace, il va de la terre au plafond du ciel : le sens du vent fait voyager les nuages, il donne l’idée du temps qu’il fera demain.
L’esprit rêve, il invente un futur dont il ne sera pas le seul auteur.

Le jardinier parle du temps qu’il fait et non de celui qui passe. On ne sait pas quand une graine semée va bien vouloir germer. La levée de dormance de cet organe fabuleux – la graine – dépend de facteurs qui, en grande majorité, nous échappent. Lorsqu’une taupe fabrique sa petite montagne, elle fait revenir à la surface des graines qui dormaient au fond du sol depuis longtemps. Elle révèle la diversité enfouie, elle jardine avec nous… Devons-nous la chasser ou la remercier ?

Le célèbre jardin de Gilles Clément © Gilles Clément

Le jardin est un lieu d’étonnement permanent car « toujours la vie invente ». Il abolit toutes les visions fixistes du monde, il ouvre nos yeux. Il ouvre aussi nos oreilles avec la stridulation des orthoptères ou le chant des oiseaux, il sollicite notre odorat, notre toucher… Il nous appelle à laisser place à un rapport sensible et non à une vision idéalisée du paradis soumis à une géométrie de la maîtrise.

Le jardinier qui intervient sur la maintenance du jardin n’est pas un technicien de surface victime d’une névrose du « propre », il reconnaît les espèces végétales et animales qui ne font pas partie du plan de plantation ou de semis initial. Il fait le choix entre les plantes à protéger et les autres moins fragiles. Il participe avec la « nature » à un partage de la signature.

Ce que l’on perçoit en faisant la visite d’un jardin est le résultat d’une collaboration involontaire entre le travail du jardinier et l’invention de toutes les plantes. Rien n’est prévisible dans le temps. On ne peut prétendre faire un plan de gestion classique, il faut apprendre à découvrir, interpréter, inventer, protéger.

Aucune nostalgie au jardin. Lorsqu’on met une graine dans le sol c’est pour demain. On n’est pas tiré vers le passé.

Le jardin est un « territoire mental d’espérance ».