Produire soi-même de jeunes pousses

Jean-Daniel Arnaud

Intermédiaire entre la culture des graines germées et les cultures de pleine terre, la culture des jeunes pousses ne pose pas de difficultés particulières si l’on respecte les besoins d’une jeune plante en début de développement. L’objectif étant de récolter rapidement un feuillage frais, il sera simplement nécessaire de mettre en oeuvre quelques principes.

Les semis en mélange de plusieurs espèces sont possibles mais attention à la concurrence entre elles – © J.-D. Arnaud

Un contenant bien drainé

Que ce soit en intérieur ou à l’extérieur, toutes sortes de contenants peuvent convenir : pots de fleurs, jardinières, bacs de semis… mais aussi paniers en osier, bacs à poissons en polystyrène… Mais, dans tous les cas, le contenant doit être percé ou suffisamment poreux pour permettre un drainage efficace.

Il faut à tout prix éviter les excès d’eau stagnante qui asphyxient le système racinaire des jeunes plantes.

Il n’est pas nécessaire qu’il soit profond : 4 à 5 cm de terre seront suffisants pour de jeunes pousses.

De la hauteur et de la lumière

Les contenants seront placés en hauteur de préférence, pour faciliter les différentes opérations du semis à la récolte, qui est minutieuse et donc un peu longue.

En intérieur, dès que les jeunes plantes ont germé, le contenant est posé près d’une fenêtre bien éclairée ou dans un “jardin d’hiver”.
Et l’esthétique doit bien sûr être prise en compte.

En extérieur, la culture peut être réalisée sur une terrasse, sous châssis, dans une serre ou au jardin. Les “potagers en carré”, surélevés et entourés par des planches ou un plessis, sont pratiques et souvent utilisés, comme pour les plantes aromatiques.

La vitesse de germination est très variable selon les plantes – © J.-D. Arnaud

Un substrat adapté

Les graines germées n’ont besoin de rien d’autre que d’eau et de chaleur modérée. Les réserves nutritives accumulées dans les graines suffisent en effet à assurer la phase de germination.

Par contre, dès que la plantule dépasse le stade des cotylédons, plus exactement, dés que les cotylédons commencent à assurer la photosynthèse, la plantule doit pouvoir capter suffisamment de lumière et trouver dans son milieu de culture les nutriments nécessaires. Il lui faut donc un substrat.

Ce sera, de préférence, de la terre fine avec un terreau de qualité.

Un semis soigné

La plupart des graines utilisées sont petites ou très petites.

Elles disposent de peu de réserves et doivent atteindre la lumière très rapidement pour pouvoir commencer à verdir et à fabriquer de la matière organique grâce à la photosynthèse. Les semences doivent donc être placées à la surface du sol humidifié et simplement recouvertes par un peu de terreau de semis ou de terre très fine. La profondeur ne doit guère être supérieure au diamètre des graines.

Pour faciliter la germination, il est possible de mettre les graines à tremper quelques heures (à 17-20°).

Une croissance à protéger

Le semis pourra être assez dense, plus que pour une culture normale. Il sera possible d’éclaircir si les plantes sont vraiment très proches. Juste après le semis, il faudra tasser afin de favoriser un bon contact avec le substrat, qui sera maintenu bien humide.

Les semis en mélange de plusieurs espèces sont possibles mais, en semant chaque espèce (ou variété) séparément, il sera plus facile de récolter chacune au bon moment.

Un couvercle, transparent ou non (les graines n’ont pas besoin de lumière pour germer), permet de mieux conserver la chaleur et l’humidité et protège le jeune semis des courants d’air froid et des limaces. Il sera retiré dès que les fines tiges commencent à s’allonger.

Puis, pendant que les plantules grandissent, il faut simplement les arroser régulièrement, mais sans excès, avec de l’eau du robinet1.

1En cas d’excès de chlore dans l’eau, on utilisera de l’eau purifiée
Dès que la plantule dépasse le stade des cotylédons, il lui faut un substrat composé, de préférence, de terre fine avec un terreau de qualité – © J.-D. Arnaud
Pour récolter, il faut attendre au moins le stade “deux feuilles vraies”, c’est-à-dire celles qui apparaissent après les cotylédons – ©J.-D. Arnaud

Récolter avec soin

Le temps de pousse varie avec les espèces, les variétés, la température, l’alimentation et l’éclairage. Il peut varier de 8-10 jours à plus de 3 semaines entre le moment de début de la croissance et celui du début de la récolte.

Il est préférable de récolter les tiges et les jeunes feuilles qui sont encore fragiles à l’aide de ciseaux bien aiguisés afin de ne pas arracher les racines. Il faut attendre au moins le stade “deux feuilles vraies”, c’est-à-dire celles qui apparaissent après les cotylédons.

La base de la tige et les racines resteront donc en place et permettront éventuellement à la plante de produire d’autres feuilles pour de nouvelles récoltes.

Il est recommandé de rincer les plantules à l’eau pour supprimer les restes de terre et de parois des graines.

Enfin, Il est préférable de consommer les jeunes pousses rapidement, ou de les poser dans une boîte hermétique dans le réfrigérateur. Elles pourront ainsi être gardées fraîches quelques jours en conservant leurs qualités et leurs saveurs plus parfumées que les graines germées et qui s’approchent de celles des plantes adultes.

Une palette d’espèces et de variétés

De très nombreuses espèces sauvages ou cultivées peuvent être consommées jeunes, seules ou en mélange :

• Asteraceae : laitues feuilles de chêne, iceberg… chicorées rouges, italiennes…

• Brassicaceae : chou frisé, rouge, brocoli… moutarde, radis, roquette…

• Chenopodiaceae : betterave, blette…

• Fabaceae : fenugrec, luzerne, pois, trèfles…

• Autres espèces : amarante, basilic, blé, ciboulette, cresson, épinard, fenouil, lin, mâche oseille, persil, sarrasin…

La difficulté, pour certaines, est de trouver les semences, mais il existe des établissements semenciers qui en proposent. Il est souvent plus facile de les cueillir au jardin ou dans la nature (orties, pissenlit, pourpier…) à condition de savoir les reconnaître (voir dans ce Grand Angle les articles de M. Botineau et d’I. Chailan).