Plante d’ici, ou d’ailleurs ?

Depuis longtemps, l’écologue (et pas l’écologiste…) tente de faire distinguer au grand public les plantes indigènes des plantes adventices ou exogènes, soit les plantes venues d’ailleurs.
De tout temps, ces dernières ont, au fil des millénaires, colonisé des territoires hors de leurs aires d’origine. Il faut dire que celles-ci ont varié dans leur emprise géographique à la faveur de changements climatiques et géologiques.
Certaines espèces ont acquis la capacité d’investir d’autres lieux grâce à une grande faculté à se reproduire et à s’adapter à des conditions variées, c’est ce que l’on appelle l’amplitude écologique. Ce sont ces propriétés qui font que globalement, et avec le temps, la végétation dans son ensemble est capable de recoloniser des zones dévastées, qu’un écosystème montre des signes de faiblesse, il devient accessible à ces espèces exogènes. Rapidement, elles colonisent ces milieux perturbés. Aujourd’hui, elles sont favorisées par des actions humaines peu soucieuses de l’équilibre du vivant.
Une tendance voit le jour chez les aménageurs, celle de vouloir gagner de vitesse ces plantes perçues comme envahissantes par des plantes d’origine locale dans des milieux dégradés, mais aussi dans des sites recréés, comme des espaces urbains. Cette bonne intention se heurte à des difficultés : la compétition entre espèce locales et adventices n’est pas toujours à l’avantage des premières ; l’utilisation de plantes sauvages présente des difficultés, par exemple pour faire des récoltes massives. C’est plus simple pour les ligneux, mais la palette disponible est assez réduite dans les espèces indigènes.
La difficulté est accrue quand on souhaite que ces espèces soient produites localement, de surcroît avec des semences récoltées dans un périmètre restreint autour du lieu d’implantation. Si on se cantonne au postulat qui consiste à vouloir réimplanter des espèces locales, ce qui peut se comprendre, pourquoi en rester, dans la même espèce, à des populations strictement locales ? La génétique des populations est évoquée pour le justifier, mais naturellement, les populations ne se sont-elles pas mélangées au cours du temps ? Est-il incohérent de semer une poacée issue de populations venant d’une autre contrée, s’il s’agit de la même espèce ? Sachant par ailleurs que dans nos régions ce mélange se pratique déjà depuis des décennies par les semences de prairies artificielles par exemple ?
On peut se demander ce qui justifie une pratique visant à limiter le brassage génétique, surtout pour des espèces communes, présentes dans de vastes territoires des zones tempérées. Restaurer les écosystèmes se pratique d’abord en éliminant les facteurs de perturbation, d’abord chimiques, et en favorisant la reconstitution des biotopes, faune et flore, en laissant pendant un temps suffisamment long la nature travailler.
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