Point de vue : le mieux est l’ennemi du bien

Des mesures d’ordre réglementaire sont prises pour protéger différents compartiments de l’environnement : les nappes phréatiques, les cours d’eau, la biodiversité… Elles visent un effet rapide et tangible, que ce soit pour limiter les transferts, protéger les insectes, prioritairement les pollinisateurs, mais aussi les oiseaux ou encore la vie du sol… À côté de ces démarches réglementaires, et toujours dans une optique de protection de l’environnement, des agriculteurs et du consommateur, de nouvelles pratiques agricoles sont proposées, comme l’agriculture de conservation, l’agrobiologie ou encore l’agriculture biologique.
Même si ces contraintes et propositions apparaissent aujourd’hui indispensables pour la protection de nos écosystèmes, même si elles semblent bénéfiques et tenir du bon sens, elles peuvent avoir des effets secondaires sur le temps long. De fait, il faut faire attention : les idées simples ne sont pas toujours sans conséquences. À titre d’exemple, les bandes enherbées permanentes à proximité des cours d’eau et des haies vont avoir un effet positif pour limiter les transferts de pesticides. Mais d’un autre côté, elles vont permettre le maintien et le développement d’un certain nombre de ravageurs pour lesquels les moyens de protection ne sont plus forcément assez efficaces pour juguler les dégâts en deçà d’un seuil économiquement viable (par exemple, les larves de taupins (vers fils de fer), les limaces ou encore certains petits rongeurs). Si l’on prend le cas des vers fil de fer, c’est la conjonction de différents changements qui apparaît favorable à leurs populations : citons l’augmentation de la couverture végétale dans les rotations, l’amélioration de la matière organique et de la rétention de l’humidité du sol, la réduction du travail du sol dans l’implantation des céréales en semis direct, la diminution de l’utilisation des traitements de semences insecticides et l’obligation de bandes enherbées permanentes. Il est donc important d’accompagner ces changements qui apparaissent sur le long terme pour proposer des solutions en adéquation avec les exigences environnementales et sociétales actuelles. La politique publique d’innovation doit prendre en compte les effets à long terme des changements et éviter de se trouver face à de nouvelles impasses.
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