Mais à qui est cette racine ? : première partie

La question de savoir à quelle plante appartient une racine est essentielle et récurrente pour le jardinier :
faudra-t-il la laisser, au risque d’être envahi, ou l’ôter et s’en débarrasser ?
Notre petit guide en deux parties devrait vous aider à y voir nettement plus clair

Mais à qui est cette racine ? Telle est la question lorsque, en travaillant la terre du jardin, on trouve une racine ou plus exactement un système souterrain, séparé de la plante entière : est-ce anodin et ou puis-je le laisser, comme un déchet organique ? Existe-t-il, à l’inverse, un risque d’envahissement certain et, dans ce cas, faut-il l’extirper ?

La pratique croissante du paillage végétal (broyat de feuilles et tiges, BRF, mulch…) accroît l’actualité de l’identification des racines « perfides » lors de la préparation du sol, car la technique peut favoriser le développement de plantes vivaces indésirables. Acquérir cette expertise suppose de reconnaître une racine à partir d’un fragment. La couleur et la forme demeureront déterminantes et un lavage à l’eau courante restera un préalable à l’identification.

Toute opération d’éradication des adventices doit s’inscrire dans une démarche globale de prévention. Il est notamment nécessaire de veiller à éliminer les fleurs avant qu’elles ne relâchent les graines. C‘est notamment vrai pour les liserons, le chardon, la renoncule, le gaillet gratteron. Les systèmes souterrains (racines ou rhizomes) sont reconnaissables à leur couleur (Tableau n° 1).

© D. Veschambre

LA GARANCE VOYAGEUSE

Les racines charnues cassantes, jaunes (jeunes) ou rouges (âgées)
se conservent longtemps dans le sol, ramifiées et abondantes dans
les dix premiers centimètres du sol. La plante résiste aussi bien à la
sécheresse qu’à l’excès d’humidité.

Répandue par les oiseaux friands de ses baies, la garance affectionne les lieux inexpugnables : pieds d’arbuste, de rosier, de vivace touffue, muret de pierre sèche. Ce n’est pas une envahissante majeure mais ses accroches et le risque de coupure aux doigts par les « dents » de sa tige quadrangulaire et de sa feuille la rendent peu sympathique. Il faut réitérer l’enlèvement des racines en utilisant une griffe.

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L’OXALIS CORNICULÉ

Discrète mais très présente, elle envahit plates-bandes de vivaces et potées. Verte ou pourprée, sa tige traçante est rosée, solide, portant à chaque nœud une fine racine pivotante, capable de régénérer une plante entière. L’éliminer requiert patience en usant de la griffe et de la gouge. Chaque fragment de racine peut régénérer une plante.

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LE GAILLET GRATTERON

Le développement très rapide et abondant de cette adventice
contraste avec la discrétion de son système racinaire jaunâtre très fin et diffus. Il peut toutefois subsister d’une année sur l’autre et redémarrer au printemps à l’assaut des vivaces et rosiers. Certaines peaux peuvent réagir vivement à son contact, d’où son nom. L’élimination doit se faire tôt au printemps, dès l’émergence ou au stade rosette.

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LA RENONCULE RAMPANTE

Anodine au début, après quelques feuilles en rosette, la plante émet un stolon parfois très long. Puis, à chaque nœud apparaît une nouvelle plante qui s’enracine. Toutes les racines sont blanc pur, assez ramifiées, solidement ancrées dans le sol, partant toutes du cœur de la plante, formant une sorte de « bulbe ». Lui seul est capable de régénérer une plante entière, son élimination demeure donc primordiale. L’éradication nécessite de bien éliminer toutes les jeunes plantes, même les plus petites, en veillant à extraire le cœur. L’envahissement peut se révéler massif. On peut confondre les racines avec celles des liserons, du chardon, de l’oxalis corniculé. Elles sont tout aussi indésirables.

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LE CHARDON DES PRÉS

Réputé indestructible, produisant quantité de graines portées par le vent tout comme le pissenlit, le chardon est toujours frappé de lutte obligatoire.

Sa racine blanche, épaisse, charnue, cassante est profonde.

On limitera le développement de la plante en extrayant au mieux les racines avec une fourche-bêche.

Il est tout aussi essentiel d’empêcher la floraison en coupant la partie aérienne au moment de la montée de la hampe florale, période idéale pour affaiblir la plante.

 

LA POTENTILLE RAMPANTE

Anodine au début, la plante reste petite et son développement n’est pas sans rappeler le fraisier: elle émet de fins stolons très longs donnant à chaque nœud autant de nouvelles plantes. La plante issue du stolon (à droite) émet des racines blanches, qui virent au noir au bout de quelques mois. Celle juste à gauche, âgée d’un an, présente une racine noire et deux jeunes racines blanches néoformées. Les trois autres plantes à gauche ont plus de 2 ans avec de nombreux « cœurs ». Les racines en queue-de-rat sont profondes, cassantes, blanc rosé à la coupe, virant bois de rose à l’air. La racine peut régénérer une plante à partir d’un morceau de quelques centimètres, même enfoui profondément (plus de 10 ou 15 cm). L’élimination exige au minimum deux interventions à deux mois d’intervalle avec une fourche-bêche et une gouge dans une terre suffisamment humide.

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L’ORTIE BRÛLANTE

Sa tige traçante sur le sol est jaune d’or (confusion possible avec la garance) et donne à chaque nœud des hampes florales et des racines profondes et filandreuses. Affectionnant les sols riches en matière organique, elle peut gagner rapidement les massifs d’arbustes et de vivaces, se glissant entre la terre et le mulch. L’élimination nécessite un travail répété à la fourche-bêche. On évitera de laisser les hampes florales produire leurs graines.

 

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LA MENTHE DES CHAMPS

Sa tige quadrangulaire et poilue est traçante et se glisse entre sol et mulch. Blanchâtre, parfois teintée de violet, elle devient verte dès qu’elle est exposée à la lumière. Chaque nœud émet des racines dans le sol et des feuilles, puis des hampes florales. Ne vous laissez pas berner par son parfum, la conquête des plates-bandes est assurée surtout si la terre est humide. Le moindre morceau de tige portant un nœud donne une nouvelle plante.

LE LISERON DES HAIES

Classique liseron lançant au printemps et en été de longs filaments, il  progresse de plusieurs dizaines de centimètres par semaine : l’envahissement devient très rapide. Les filaments secondaires s’enroulent ensuite autour des tiges d’arbustes et de rosiers. La racine blanche, charnue, ronde (4 à 5 mm de diamètre) se développe dans les premiers centimètres du sol et entre terre et mulch, mais comporte aussi des ramifications profondes permettant de trouver l’eau en été. Ses grosses racines empruntent les galeries de vers de terre et peuvent former des chignons à la faveur d’un trou de taupe. La confusion est possible avec les racines de chardon, avec lequel il peut s’associer. Mais la confusion importe peu puisque les deux sont à éradiquer, ce qui demeure difficile. Il faut proscrire tous les outils pouvant couper les racines car chaque morceau permet le développement d’une nouvelle plante. La fourche- bêche est le meilleur outil et il conviendra de prévoir plusieurs séances d’éradication entre le printemps et l’automne.

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LE LISERON DES CHAMPS

Très proche du liseron des haies, le liseron des champs se distingue par des racines beaucoup plus fines et ramifiées. Sa prolifération est moins rapide mais très efficace car sa capacité à émettre de nouvelles tiges est élevée. À la sortie du sol, elles s’enroulent immédiatement sur tous les supports à sa portée. Même mode d’éradication que pour le liseron des haies.

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Daniel Veschambre
Membre du comité de rédaction de Jardins de France