Les lamiacées : une grande famille, ancienne et évoluée
Sept mille cinq cents espèces et près de 236 genres. Un phylum vieux d’environ 61 millions d’années. Les lamiacées constituent une famille diverse et dispersée aux quatre coins du globe. En dépit de cette diversité, des caractères communs les rassemblent. Voici donc le portrait d’une famille et de sa grande diversité.

Comme le montre l’arbre phylogénétique de la Figure ci-dessous, la famille des lamiacées est incluse dans l’ordre des lamiales. La famille des Lamiaceae ou Labiatae est communément appelée lamiacées, labiacées ou labiées. Elle comprend environ 7 500 espèces et près de 236 genres. Ce phylum est vieux d’environ 61 millions d’années, ce qui explique sa diversité, mais aussi sa répartition en fonction des variations climatiques1.
Cet arbre nous indique, par sa structure où les ordres les plus évolués se trouvent en bas et les plus primitifs en haut, que notre famille et son groupe se situent parmi les plus évolués. Il peut être utile de connaître les autres familles proches dans l’ordre des Lamiales pour comprendre comment il se situe dans l’évolution. Ce sont, par exemple, les Acanthaceae, Bignoniaceae, Gesneriaceae, Lamiaceae, Lentibulariaceae, Oleaceae, Orobanchaceae, Plantaginaceae, Scrophulariaceae… etc. ce qui donne un aperçu morphologique de l’ensemble de l’ordre.
Le système de classification des êtres vivants reflète au plus près la « réalité historique » des liens de parenté, ou phylogénie2 entre les espèces, qu’elles soient actuelles ou éteintes. Cet ordre des Lamiales est dit monophylétique, il regroupe une espèce ancestrale et tous ses descendants (clade).
Les caractères communs sont par exemple : des stomates spécialisés, des feuilles opposées, et souvent, ce qui veut dire pas toujours, des poils glanduleux et une symétrie bilatérale de la fleur. Moins visible, les glucides sont stockés sous forme d’oligosaccharides et non d’amidon.

La famille des lamiacées proprement dite
Nous l’appellerons famille des labiées par commodité. Famille nombreuse, beaucoup de plantes aromatiques, dont la répartition mondiale est des plus étendues, tous les milieux, sauf le Sahara et les régions polaires, sont concernés, et des genres comme les sauges sont cosmopolites. Le Bassin méditerranéen est la zone où l’on trouve le plus d’espèces, en particulier emblématiques, comme Phlomis, Sideritis, Thymus, Rosmarinus…
C’est aussi une des familles les plus reconnaissables, même par le botaniste amateur, par des caractères symptomatiques : la tige de section carrée, les feuilles opposées, mais décussées, c’est-à-dire formant un angle droit d’un nœud à l’autre, et possédant des poils glanduleux produisant des substances aromatiques.
Les fleurs
Généralement reconnaissables, par leur zygomorphie (forme irrégulière) provoquée par la soudure des pétales par deux ou trois, et formant ainsi deux lèvres, ce qui a induit à Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836) le nom de labiées, dans son ouvrage fondateur, Genera Plantarum.
En voici quelques exemples :






En règle générale, dans la corolle, le regroupement de deux pétales en haut forme la lèvre supérieure, et trois pétales en position basse constituent la lèvre inférieure. Cette morphogenèse dénote une position avancée dans l’évolution, et une entomophilie perfectionnée pour l’attraction des pollinisateurs. Mais bien sûr ces formes peuvent varier : par exemple, pas de lèvre supérieure chez les germandrées (Teucrium spp.), de même que la position et l’implantation des étamines en fonction de la forme de la fleur (quatre en principe, la cinquième non apparente).
En matière de spécialisation, les poils de certaines espèces, à la gorge de la corolle, font barrière et ont pour but de protéger le nectar sécrété à la base de l’ovaire de l’appétit de certains prédateurs qui ne seraient pas les bons pollinisateurs !
Un système, très employé pour le transport du pollen, est la bascule des étamines supérieures, courbes, stimulées par la pression de l’insecte sur les inférieures, de telle sorte que le pollen se colle sur son dos. On voit d’autres spécialisations comme des corolles adaptées au bec des oiseaux-mouches (sauges américaines). Le pollen peut être aussi « vaporisé » sur le dos de l’insecte, à la suite de la stimulation de la lèvre inférieure (g. Hyptis).
Particularités et intérêts de la famille
Les lamiacées constituent une des familles de plantes parmi lesquelles de nombreuses espèces sont très connues. Plantes ornementales, culinaires, aromatiques, chacun a des exemples. De très nombreuses sont cultivées, Plectranthus et Coleus comme plantes d’intérieur ou de massifs, mais le dernier donne aussi des tubercules consommés dans l’Asie du Sud-Est. Lavandula donne l’essence de lavande, Ocimum sanctum (un basilic) est une plante sacrée pour les Hindous, Pogostemon donne le patchouli. Pline qualifie Lamium « d’ortie morte », car elle ressemble à une ortie, mais ne pique pas. Elle utilise même les touffes d’ortie pour se protéger des prédateurs en poussant à l’intérieur (Lamium album, L. galeobdolon).
1 200 Ma pour les premières angiospermes, 120 Ma pour les nymphéales, parmi les plus primitives. La diversité sera fonction de la période de principal développement, de la colonisation des milieux en fonction des bouleversements tectoniques et climatiques.
2 Ce système, dit phylogénétique, comprend plus de taxons que la classification de Cronquist, par exemple.
Biblio
• Heywood, V. H., Flowering plants of the world (vf) 1996, Nathan éd. Paris
• Angiosperm Phylogeny website, https://www.mobot.org/MOBOT/research/APweb/
• Notes personnelles