Le génie des plantes grimpantes
Pour réussir à grimper vers le soleil, certaines plantes s’enroulent grâce à leur tige volubile, d’autres sortent leurs ventouses ou s’agrippent par leurs crampons.
Les mécanismes d’accroche peuvent être très différents, mais quel génie !
Les plantes grimpantes sont prodigieuses. Elles nous étonnent bien sûr par leur forme originale, la beauté de leurs fleurs, leur rapidité de croissance, mais aussi et surtout par l’ingéniosité de leurs mécanismes de grimpe. On les voit se contorsionner, s’agripper, s’enrouler, sortir des crochets, des crampons, des vrilles, des épines… Que de stratagèmes, que d’acrobaties pour se dresser au-dessus du sol et se faire une place au soleil !
À la recherche de la lumière
Un grand savant, Charles Darwin, nous a éclairés dès 1876 sur « les mouvements et les habitudes des plantes grimpantes », au travers d’un gros ouvrage entièrement consacré à ce sujet. Comme il l’écrit, « l’avantage obtenu en grimpant est d’atteindre la lumière et l’air libre avec aussi peu de dépenses que possible de matière organique ».
Dans la grande flore, sont répertoriées une multitude de plantes grimpantes, appartenant à des familles différentes. Il est difficile de les classer, mais il peut être intéressant de les grouper par leur système d’accroche : les crampons, les ventouses, les épines, les tiges volubiles qui s’enroulent d’elles-mêmes, ou celles à vrilles.


Nos grimpantes préférées
D’après le panel consommateurs Kantar 2018 pour Valhor et FranceAgriMer, la clématite est de loin la grimpante préférée des Français (avec plus d’un tiers des dépenses en plantes grimpantes), suivie par les rosiers grimpants ou lianes, les glycines, les passiflores et le jasmin officinal.
Des crampons ou des ventouses pour « s’accrocher »
Les grimpantes à crampons
Elles possèdent des organes en forme de crochets ou de racines aériennes qui adhèrent solidement à la surface ou au moindre interstice. Elles sont capables de coloniser n’importe quel support, même les plus lisses. Ces grimpantes sont idéales pour habiller une façade ou masquer une construction ou une portion de mur inesthétique.
Parmi elles, on peut citer le lierre (Hedera helix), les bignones (Campsis spp.), l’hortensia grimpant (Hydrangea petiolaris).
La formation de ces crampons commence par une ébauche de radicelles (en face des feuilles) qui vont s’adapter aux circonstances de vie de la tige. Sans obstacle, elles vont rester latentes. Si la tige est couchée au sol, elles pourront former une racine qui va se diviser au cours de sa pénétration dans la terre. En revanche, si la plante rencontre un obstacle vertical, elle va vouloir grimper vers la lumière en déclenchant alors un ingénieux système d’accroche, au niveau précisément du point de formation des radicelles. Ces ébauches vont se multiplier, proliférer, se tasser les unes contre les autres, développer des poils qui pourront s’insinuer dans les moindres anfractuosités du support… Et voici le crampon en place.
Ce système d’accroche présente l’avantage d’être autonome. Si le support est l’écorce d’un arbre, les crampons ne pénètrent pas et ne servent pas à l’alimentation. Mais, sur un mur, ils s’agrippent solidement et peuvent à terme détériorer les crépis, créer ou aggraver des fissures, ou encore, sur les toits, soulever des tuiles.
Le jardinier a donc intérêt à maîtriser leur expansion par des tailles régulières.
Les grimpantes à ventouses
Elles se distinguent par l’extrémité de leurs rameaux en forme de vrille, qui se termine par des petits disques ou tentacules au bout arrondi, sécrétant une sorte de sève collante. Lorsque ces vrilles rentrent en contact avec une surface, elles s’y collent et prennent la forme de disques ventouses plats. Ces coussinets adhésifs rappellent ceux utilisés par certains animaux marins, comme les pieuvres ou seiches. Grâce à leurs ventouses, ces plantes grimpantes peuvent escalader seules tous les types de supports, même les plus lisses.
Pour exemple, on retiendra la vigne vierge de Chine (Parthenocissus henryana) ou la vigne vierge P. tricuspidata, appelée aussi lierre de Boston.
Comparées aux grimpantes à crampons, ces plantes à ventouses présentent l’avantage d’être moins agressives pour les supports. On évitera toutefois de les utiliser sur des murs au crépi friable.
Les grimpantes à épines sont dotées d’un système d’accroche moins connu, mais tout aussi efficace. Ce sont généralement des espèces sarmenteuses ou ligneuses qui enroulent leurs tiges longues et flexibles sur le support. Pour s’agripper, elles se servent de leurs épines courbées vers le bas, dites aussi grappins. D’où leur appellation de plantes « grappinantes ».
Les rosiers grimpants ou lianes sont les plus connus dans cette catégorie, mais on peut citer également les ronces, les framboisiers et les bougainvillées.
Pour ces plantes épineuses, la grimpe est moins facile. Il sera donc judicieux d’utiliser un support de façon à les aider dans leur escalade.


Des lianes ou des vrilles pour s’enrouler
Les grimpantes à tiges volubiles s’enroulent d’elles-mêmes comme une hélice sur tout support vertical. Ce peut être un simple grillage ou juste quelques fils de fer tendus. Mais l’effet sera plus spectaculaire avec un support approprié, tel une balustrade, une pergola ou une tonnelle. Leur croissance en spirale leur permet de s’accrocher fermement et de se déplacer aisément et gracieusement le long de ces structures.
C’est le cas de tous ces végétaux à lianes volubiles comme les glycines, chèvrefeuilles, akébias, jasmins, ou encore les ipomées, les dipladénias et les haricots à rames au potager.
Attention à choisir le bon support, car certaines plantes en prenant de l’âge peuvent devenir ligneuses et très vigoureuses, capables de causer de lourds dégâts. À la plantation, il est difficile d’imaginer que la frêle tige volubile de la glycine deviendra un solide et lourd tronc ! Il est recommandé de surveiller leur croissance, de réaliser des tailles régulières et des palissages, pour une orientation idéale.
On remarque que les plantes grimpantes volubiles ont tendance à se dénuder à leur base, mais on peut compter sur les jeunes pousses retombantes pour cacher ces zones.
Autre mystère de la nature : certaines tiges volubiles enroulent leurs longs rameaux dans le sens des aiguilles d’une montre, comme le chèvrefeuille… ou la glycine du Japon ; d’autres dans le sens inverse, comme le haricot… ou la glycine de Chine !
Si elles ne trouvent pas de structure pour les aider à grimper, elles auront tendance à ramper : les voilà converties en plantes couvre-sols !


Les grimpantes à vrilles utilisent le même mode de fonctionnement que les grimpantes à tiges volubiles, mais elles s’accrochent à l’aide de vrilles, issues généralement de tiges modifiées nées à l’aisselle des feuilles. Tels des petits lassos, elles vont aider la plante à s’enrouler sur elle-même, autour de différents types de support, comme des clôtures, des grillages, des arbres ou des buissons.
Dans cette catégorie, on pourra citer la passiflore, les pois de senteur, les capucines ou encore la vigne. Chez la clématite, on parle de vrilles-pétioles ou pétiotule (transformation de la queue d’une feuille). Côté potager, ce sont la majorité des cucurbitacées (courges, concombres ou cornichons, christophines…), certains haricots, ainsi que les pois à rames. Ils pourront donc être palissés verticalement sur un grillage ou disposés en tipis.
Difficile d’imaginer un jardin sans plantes grimpantes ! Non seulement elles sont faciles à installer, mais leur capacité à grimper leur donne plusieurs avantages compétitifs, comme rivaliser avec d’autres végétaux proches, coloniser des espaces aériens jusqu’alors inaccessibles, former des compositions incroyables… Un dernier atout : elles participent à l’équilibre écologique en offrant des abris et des nids pour de nombreux animaux, favorisant ainsi la biodiversité.

Phototropisme et gravitropisme, pourquoi les plantes grimpent-elles ?
Si une plante grimpe, ce n’est pas seulement pour chercher la lumière du soleil. Bien sûr, elle va chercher à exposer le maximum de sa surface foliaire au soleil, indispensable à la photosynthèse. C’est le phototropisme. Mais la croissance à la verticale trouve son explication dans le gravitropisme, c’est-à-dire la capacité à percevoir son positionnement et à modifier son inclinaison. Même après avoir été couchée, par le vent ou par le piétinement ou par un autre incident, la plante fera tout pour retrouver sa posture initiale. Ce phénomène est dû à un type de cellules particulières, les statocytes, présentes tout le long de la tige et remplies de petits grains riches en amidon, les statolithes.