Le bambou de construction, de tout temps à jamais !
Les historiens tant occidentaux qu’asiatiques s’accordent désormais sur le rôle essentiel du bambou dans la civilisation humaine de l’Asie du Sud-Est où, voici 40 000 ans, les Humains ont privilégié ce matériau au détriment de l’os et du silex.
Certes, le bambou n’est pas éternel : exposé à une humidité constante, il se dégrade et pourrit en quelques années. Mais sa résistance, sa souplesse rigide, sa dureté et sa légèreté en font un produit de base irremplaçable. Au-delà des objets usuels, il a servi et sert encore dans la construction comme matériau de base ou comme auxiliaire. Il ne remplace pas non plus l’acier pour armer le béton, car il exige de rester au sec. Mais sa résistance, tant à la compression qu’à la traction, en fait un matériau de choix pour des constructions diverses : ponts , maisons , échafaudages. Les fibres de bambou renforcent la solidité des briques maintenues hors d’eau.
Le bambou ne peut si se casser ni se tordre à mains nues ; des outils ont été nécessaires pour le travailler et cela depuis longtemps. Sur les sites préhistoriques de 40 000 à 4 000 ans avant notre ère, on ne trouve que des galets grossièrement taillés. La tracéologie1 a montré qu’ils servaient à tailler et ouvrager les tiges de bambou. C’est toute la particularité de la civilisation du bambou de l’Asie du Sud Est, dite du Hoabinhien2.

Une diversité de constructions à travers les âges
Les constructeurs ont utilisé des espèces de bambou de grande taille et de gros diamètre, atteignant pour certains 15 cm, tant en Chine qu’au Japon mais aussi dans tout le Sud-Est asiatique et l’Amérique du Sud.
On peut citer quelques espèces :
- Bambusa oldhamii originaire de Taiwan et du sud de la Chine ;
- Phyllostachys edulis : le Bambou Moso, originaire de Chine et introduit en France ;
- Diverses espèces du genre Dendrocalamus : en Inde et dans le sud-est asiatique ;
- Cathariostachys madagascariensis, à Madagascar.

Ces bambous aux cannes de gros diamètre ont été largement utilisés pour des constructions de grandes dimensions, comme en témoignent les représentations anciennes.
Le savoir-faire de la préparation et, surtout, la façon de liaisonner les cannes pour en faire un édifice se sont perpétués jusqu’à notre époque, notamment pour les échafaudages lors de la rénovation des bâtiments et la protection des ouvriers des immeubles de grande hauteur.


Le bambou pour tout ?
Les caractéristiques physiques des bambous et la facilité de sa croissance très rapide et sans intrants conduisent à considérer ce matériau comme idéal pour un habitat bas carbone. Même si cela semble parfois exagéré, dans la mesure où la mise en œuvre, le façonnage et les traitements contre les pourritures ne sont pas anodins en ce qui concerne les émissions de GES3, le bambou présente des avantages par rapport aux autres matériaux comme le bois : sa remarquable capacité à être à la fois souple et rigide permet d’envisager les formes les plus complexes pour renouveler la conception des accessoires immobilier comme garde-corps ou pergola (cf. photos plus bas).

Ceci est illustré par la création dans la Vienne, il y a plus de trente ans, de Bambouscoopic (société coopérative d’intérêt collectif)4, fondée pour mutualiser les recherches autour du bambou en tant que matière première de construction et pour l’industrie « propre » de demain.
« C’est pour faire connaître tous ses atouts que nous avons fait le choix d’utiliser cette plante en fabriquant des chapiteaux, des tentes, des gloriettes, des sculptures pour des artistes, des aménagements de parcs et jardins, des centaines de choses qui prouvent la robustesse de ce matériau naturel auprès d’un public occidental qui ne connaissait que le tuteur à tomates, la canne à pêche et l’échafaudage », nous dit François Puech, son fondateur.
Cette coopérative est présente à chaque maillon de cette filière, de la plantation à l’entretien des bambousaies existantes et jusqu’au produit fini. « L’éclaircie est un gros travail réalisé en bonne intelligence avec des propriétaires de bambousaies. Les bambous “mûrs » sont prélevés en échange de ce travail. Quand la plantation est devenue propre selon un cycle de sept ans, la coopérative achète la production tous les ans : le bambou est une production renouvelable à l’infini, tout au moins jusqu’à sa floraison. »

Le bambou source d’innovation
Le bambou permet de créer des formes inédites de volumes et de formes. Sa découpe en lames permet de créer des parquets, plafonds, garde-corps et revêtement muraux chaleureux, sans compter les éléments porteurs. En architecture, il est considéré comme le matériau de construction de prédilection en zone sismique. Ceci est développé par Construction Durable dans le Morbihan.


Il y a loin de l’emploi des bambous pour décorer et structurer nos jardins à l’usage architectural, désormais renouvelé. Pourtant le lien paraît clair avec l’entrée de ce végétal dans notre habitat, comme un morceau de nature dans notre quotidien.

1 Étude des traces d’usure
2 de la province d’Hoa-Binh dans le nord du Vietnam
3 Gaz à effet de serre
4 www.bambouscoopic.org
5 www.constructiondurable.net/lutilisation-du-bambou-en-architecture
Naviguez en bambou !
Toute canne de bambou flotte en raison de sa structure creuse. Chaque entrenœud détermine une alvéole étanche. De tout temps, en Asie, cette particularité a été utilisée pour construire des radeaux de cannes de gros diamètre, insubmersibles, en les assemblant avec des cordes. Au fil de l’eau en rivière et guidés par une gaffe (en bambou), ces radeaux sont aussi de plus en plus souvent motorisés pour remonter le courant.

