L’avis d’un fleuriste indépendant : les fleurs sont intemporelles
Patrick Gard est fleuriste dans une banlieue chic à l’est de la capitale depuis trente-cinq ans. Certes, il a ressenti une évolution dans les attentes de ses clients mais, en matière de goûts, ceux-ci sont particulièrement éclectiques et il faut pouvoir répondre à tous.
L’important, pour un fleuriste, est de proposer le plus large choix en matière de fleurs à la pièce, de fleurs en bottes pour composer des bouquets et de bouquets tout prêts, déjà structurés afin de répondre aux goûts, très différents, des clients. Certains préfèrent choisir eux-mêmes, tige par tige, les fleurs qui composeront un bouquet à leur idée, d’autres apprécient au premier regard l’effet d’ensemble d’un bouquet déjà préparé par le fleuriste à son propre goût. Certains vont rechercher des fleurs exotiques et des bouquets sophistiqués, d’autres seront plus sensibles aux fleurs à l’effet champêtre, dans des compositions plus simples. Certains ont des idées bien précises sur les fleurs qu’ils veulent acheter, d’autres sont hésitants et tout à fait confiants dans les conseils du vendeur.
Il n’y a pas de marche à suivre, ni réellement de mode : les clients et clientes qui entrent dans la boutique ont des attentes très diverses et l’important, pour un bon fleuriste, est de pouvoir répondre à tous, avec sa compétence.
En matière de couleurs les goûts sont aussi très variables, avec cependant des tendances qui se jouent selon les saisons : des couleurs chaudes et vives pour réchauffer les mois d’hiver. Et, au contraire, des couleurs douces et pastel au plein soleil de l’été. Pour certains, le blanc reste un premier choix.
Quant au deuil, qui représentait autrefois une part importante du métier des fleuristes tout au long de l’année, il est en forte régression, en raison des contrats pris à l’avance et de la prise en compte directe par les services funéraires.



Des clients sensibles aux fleurs françaises
Les acheteurs sont sensibles aux fleurs françaises et conscients d’effectuer ainsi un achat plus raisonné. Mais l’offre disponible reste limitée et très saisonnière : renoncules, anémones, giroflées, tulipes, lis, pivoines… Elles ne peuvent pas remplir une grande boutique de fleuriste, douze mois sur douze, et ne pourront représenter qu’un petit pourcentage de son chiffre d’affaires, 15 % actuellement. La production des fermes florales, qui se développent dans plusieurs régions, est une bonne chose, et certes en progression, mais leurs ventes restent surtout locales.
Il est à noter que les œillets, qui étaient autrefois boudés comme signe de mauvais présage, relativement au monde du spectacle, ont perdu cette image et sont maintenant très appréciés, grâce notamment à de nouvelles variétés qui proposent d’autres formes et couleurs.
L’approvisionnement est donc multiple, avec le meilleur de chacun, sans a priori : Rungis mais aussi directement auprès de fournisseurs des Pays-Bas.
Un métier délicat
Les professionnels de la fleuristerie, tout comme leurs clients, sont de plus en plus sensibles aux enjeux écologiques. Mais il faut se poser les bonnes questions. La production de fleurs en Amérique du Sud et en Afrique a évolué, avec une prise de conscience d’impératifs en matière environnementale et sociétale, comme cela est le cas parallèlement pour des produits alimentaires tels que le café et le chocolat. Et la différence de bilan carbone n’est pas forcément à l’avantage des productions locales.
Quant aux problèmes récemment mis en avant concernant la dangerosité de manipuler certaines fleurs, ils demandent d’obtenir le maximum d’informations. C’est une condition nécessaire pour pouvoir assurer la meilleure gestion de cette activité. D