L’Atelier du bambou, joueur et fabricant français de « vents de bambous »
Si les instruments à vent en bambou sont principalement produits dans les pays d’Asie, il existe cependant en France des fabricants chevronnés. C’est le cas de l’Atelier du bambou, en région lyonnaise, créé par Jean-Luc Peilhon.
Musicien-compositeur, Jean-Luc Peilhon joue de plusieurs instruments, la plupart à vent, à « anches libres ou fixes » : harmonicas, clarinettes, guimbardes, flûtes du monde. Sa vie est jalonnée de voyages, de rencontres et de recherches. « Il y a une vingtaine d’années, j’ai recherché l’origine des premiers instruments à vent. Bien avant les premières anches (je suis aussi clarinettiste), il y avait des flûtes à encoches : les premiers spécimens en os ont été découverts en Europe et auraient 3 000 à 3 500 ans ! », nous raconte Jean-Luc.
Le shakuhachi
Quand, par hasard, il entend le son inouï d’un « shakuhachi »*, flûte à encoche japonaise en bambou, jouée par Fukuda Teruhisa, ce son l’interpelle. Ce maître japonais est convié en France la même année, en 2005, pour donner un stage de découverte auquel Jean-Luc participe sans hésitation. En 2012, lors d’une rencontre internationale à Barcelone, il suit un stage de fabrication animé par un maître américano-japonais, John Kaizan Neptune. Il réalise sa première flûte, considérée comme très réussie par le fabriquant renommé. Après quelques mois de recherche de matière première (bambous et outillage), il décide de poursuivre la fabrication de flûtes en bambou pour ses propres besoins et ceux d’autres musiciens.

Un bambou, une flûte
Les bambous utilisés au Japon pour cette flûte sont nommés madaké. Les espèces courantes et voisines, depuis leur importation au XIXe siècle à Anduze, sont usuellement de type Phyllostachys viridiglaucescens, violescents, parfois nigra ou tigrées. Ces bambous géants peuvent atteindre 15 à 20 mètres de hauteur en Asie, entre 12 et 15 mètres en France, avec de bons diamètres, des parois épaisses et solides et des nœuds parallèles et assez espacés.
Un chaume sec et propre à la fabrication coûte plus de 200 euros en import du Japon. C’est pourquoi récolter en France chez des producteurs ou chez des particuliers peut présenter un intérêt de variété de choix et d’économies en favorisant des circuits écologiques plus vertueux.
La partie du bambou utilisée est le bas du chaume dont une partie avec des racines. « Il faut donc creuser les sols pour atteindre les racines et couper. » Cette récolte se fait en hiver. Puis tout un processus est enclenché : après avoir nettoyé les racines, on peut se débarrasser de 95 % de sa sève en le séchant au-dessus d’un feu de braise (Aburanuki). Puis suit le séchage en plusieurs étapes : « Un mois à l’air libre et à la lumière mais à l’abri de la pluie, puis deux à cinq ans minimum dans un abri aéré et sans lumière. »
Fabrication traditionnelle et mystique animiste, empirisme et facture de précision
La norme est une flûte à sept nœuds, y compris ceux situés au niveau des racines. Il faut ensuite percer les inter-nœuds (la seule partie pleine du bambou) ainsi que la partie basse du chaume, les racines étant elles aussi « pleines ». Vient ensuite la réalisation de l’encoche (partie biseautée au sommet de la flûte qui va fendre l’air et diriger le son dans le conduit de la flûte), puis le perçage des trous. Jean-Luc se base sur des cotes existantes qu’il modifie en fonction de sa grande expérience et des caractéristiques propres de chaque bambou : épaisseur, longueur, placement des nœuds par rapport aux trous, etc. Pour la flûte traditionnelle, on compte cinq trous. On peut ajouter ou non de la pâte corrective « ji » dans le conduit. Après plusieurs semaines de travail, viennent le polissage fin et le vernissage du conduit avec des laques spécifiques (laques biologiques ou « urushi » traditionnelle japonaise).
Jean-Luc confectionne d’autres instruments en bambou, comme des clarinettes dites « naturelles » sans clefs, conçues pour accueillir des becs standards de clarinette ou clarinette basse.
Revenant au shakuhachi, il conclut : « Cet instrument peut résumer en lui-même, y compris dans son processus de fabrication, le rapport de la tradition japonaise au monde… et comment on peut s’en imprégner. Il y a, d’une part, une mystique animiste avec laquelle on flirte dans le processus de fabrication et, en même temps, un rapport très exigeant à la précision d’un artisanat. On peut ainsi choisir d’intervenir a minima pour conserver à l’instrument, en quelque sorte « son chant propre », aller jusqu’à remercier les sites de récoltes en jouant un morceau après la collecte, comme les Amérindiens le faisaient pour les animaux après une chasse…
* Le shakuhachi tire son nom de sa longueur standard : un pied (shaku) et 8 (hachi) dixièmes, soit environ 54 cm.
- Site de fabrication: https://www.shakuhachi-bamboo-clarinette.com/
- Facebook : https://www.facebook.com/jeanluc.peilhon/