L’acanthe : le voyage de pierre

L’acanthe à feuille molle (Acanthus mollis L.), originaire du bassin méditerranéen, a emprunté des voies originales pour voyager: son feuillage s’est accroché aux colonnes des temples pour en orner les chapiteaux.

Acanthus mollis © antonel – Adobe Stock

Un long voyage dans le temps

Un chapiteau. © Ville de Poitiers

La feuille d’acanthe est le décor le plus utilisé sur les chapiteaux de l’ordre corinthien (380 av. J.-C.), le dernier des trois ordres architecturaux grecs). Elle voyagera dans le souvenir des croisés pour venir orner les églises de toute la chrétienté. C’est le motif le plus fréquent des sculptures de l’art roman.

Ses représentations sont foisonnantes, toujours épurées, avec un souci de symétrie, mais d’une variation infinie, surtout sous le ciseau des sculpteurs poitevins, qui avaient à leur disposition une pierre tendre permettant les plus grandes fantaisies. Ce motif restera un indétrônable de l’ornementation jusqu’au XIXe siècle et connaîtra de jolis rebonds dans l’Art nouveau.

C’est le motif le plus fréquent des sculptures de l’art roman

Poitiers, cité romane

Grâce aux comtes du Poitou et ducs d’Aquitaine, Poitiers fut un foyer de l’art roman.

Les sculpteurs des XIe et XIIe siècles ont inventé un style : la sculpture à feuilles grasses qui orne les chapiteaux, puis ils ont intégré des figures humaines et animales.

Ce patrimoine prestigieux a en grande partie été conservé au fil des siècles.

Une planche botanique d’Acanthus mollis L.

L’acanthe dans le patrimoine bâti de Poitiers

Sur la façade de l’église Notre-Dame-La-Grande, consacrée en 1086, les acanthes de pierre ornent les chapiteaux, frises et voussures, se mêlant à un fabuleux bestiaire imaginaire. À l’intérieur, l’acanthe et le nénuphar, souvent très stylisés, prennent de la couleur et ornent chapiteaux, piliers et vitraux.
Construite concomitamment à Notre-Dame-la-Grande, c’est sur la façade de l’église Sainte-Radegonde que l’on peut découvrir les plus belles dentelles de pierre. Ici, l’acanthe est ciselée pour former de magnifiques guirlandes en relief. À l’intérieur, l’acanthe est sculptée ou peinte. Très ouvragée ou toute simple, elle se retrouve sur de nombreux chapiteaux.
Dans la cathédrale Saint-Pierre, s’exprime l’une des premières formes d’art gothique: plan simple, murs épais sans arcs-boutants, voûtes bombées sur croisées d’ogives. Sur la façade, les acanthes de pierre laissent souvent la place à d’autres décors floraux alors qu’à l’intérieur, la plante offre de multiples variations qui racontent les époques successives de la construction de l’édifice. Si le motif reste, le style évolue. Ici aussi de nombreux autres feuillages se déploient sur les chapiteaux.

L’importance donnée au décor dans la construction religieuse à Poitiers témoigne de la richesse et de la vitalité de la cité. Durant tout le XIe siècle, la ville est un immense chantier de construction. Ces édifices ont fait l’objet de rénovations successives et offrent aujourd’hui aux visiteurs un patrimoine d’exception.

 

Noémie Jolibois
Directrice Espaces verts, Ville de Poitiers
Charlotte Sauvion
Responsable du pôle Paysage, Ville de Poitiers

À l’intérieur de l’église Notre-Damela- Grande, c’est en couleurs que les Pictaviens admirent acanthes et nénuphars stylisés.