La Société lyonnaise d’horticulture : Une histoire de 180 ans !

Dans une région française réputée pour son horticulture œuvre une association historique : la Société lyonnaise d’horticulture, qui va bientôt fêter ses 180 ans ! Toute une histoire que nous retrace son président, Richard Makowski. Cette association a connu un parcours parfois mouvementé mais elle tente de s’adapter à un contexte bien différent de celui d’origine…

Visite de la roseraie
Visite de la roseraie de Saint-Clair, à Caluire-et Cuire (Rhône), commentée par Christian Trouillet, responsable des Parcs et jardins © SLH

 

« Notre association est issue du milieu professionnel. En 1844, avec l’appui du maire de Lyon et du préfet du Rhône, fut créée la Société d’horticulture pratique du Rhône par un groupe de professionnels – horticulteurs, pépiniéristes, marchands-grainiers et fleuristes – et Nicolas Charles Seringe, directeur du Jardin des plantes de la Ville », nous explique Richard Makowski, président de la SLH (Société lyonnaise d’horticulture), qui a succédé, en 2016, à Michel Javaux.

 

À l’époque, la région recensait de nombreux producteurs de végétaux qui ne se limitaient pas à la multiplication mais travaillaient aussi à l’obtention (rosiéristes, pépiniéristes…). Il existait une compétition naturelle.

 

Cours de taille des rosiers
Cours de taille des rosiers animé par Guillaume Düffner, responsable de la roseraie de concours des nouvelles variétés de roses © SLH

 

 

« Il n’y avait pas tous les moyens de communication d’aujourd’hui. Les “producteurs-obtenteurs” organisaient fréquemment des concours d’horticulture, tous les deux ou trois mois.

Cela offrait plusieurs avantages : les professionnels se connaissaient, chacun savait quelle activité exerçait l’autre. » Ils permettaient aussi de faire connaître au grand public les nouvelles espèces de plantes décoratives et de lui présenter leurs créations, avec comme objectif, naturellement, des retombées commerciales.

 

 

 

Des adhérents professionnels à l’origine

Dès la première année, une exposition est organisée et connaît un grand succès, qui est suivie de nombreuses autres les années suivantes. La Société publiait aussi un bulletin mensuel pour informer les sociétaires des manifestations réalisées et des activités à venir. « En raison des progrès techniques et industriels de l’époque, la Société d’horticulture pratique du Rhône s’est dévelop­pée rapidement. En 1869, vingt-cinq ans après sa création, elle comptait l’organisation de trente-six expositions, disposait de plus de 300 adhérents, en majorité professionnels », ajoute Richard Makowski. « Elle correspondait avec soixante sociétés françaises et huit étrangères. » À cette époque, l’horticulture avait un réel poids économique avec un nombre de profes­sionnels bien connus de la population, qui vivait pour 71 % en milieu rural, dont 53 % d’agriculteurs. En 2019, il en restait moins de 1,5 % vivant de l’agriculture !

 

La SLH d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle de cette époque.

« À l’origine, il était normal d’avoir des professionnels au sein du conseil d’administration. Les jardiniers du Jardin botanique connaissaient notre société. Ce n’est pratiquement plus le cas aujourd’hui », déplore Richard Makowski.

Enfin un nouveau siège

La propriété de la Ferme Lambert, où a été créé le Parc de la Tête d’Or, était déjà connue à l’époque de la Renaissance. Les bâtiments, plusieurs fois remaniés et où se trouvait la SLH, sont aujourd’hui dans un état de délabrement avancé, si bien qu’ils ont été classés depuis trois ans en « péril » et que la société ne peut plus y séjourner. « Il nous a fallu trouver rapidement d’autres locaux pour exercer nos activités. Après trois années d’attente, liées surtout aux dispositions sanitaires mises en place pendant l’épidémie de Covid-19, la direction du service des Espaces verts va nous en attribuer de nouveaux. » Il s’agit de la loge de l’ancienne conciergerie de l’entrée Tête d’Or du parc, qui deviendra donc, avant la fin de l’année 2023, les nouveaux locaux de la SLH.

Proposer du concret

« Malgré ce contexte qui a découragé de nombreux adhérents, qui nous ont quittés, auquel s’ajoute le vieillissement d’une bonne partie d’entre eux, notre activité continue. Et nous nous adaptons en fonction de leurs attentes. Certains, fidèles, nous connaissent et ils apprécient les exposés en salle. Pour eux, nous organisons des réunions thématiques avec projection de PowerPoints, dans divers lieux comme le lycée horticole de Lyon-Dardilly ou le CFPH de Lyon-Ecully. Mais la préparation de ce type d’exposés prend malheureusement beaucoup de temps. »

D’autres adhérents, de plus en plus nombreux, n’ont pas de jardin, seulement parfois des jardinières sur leur balcon, sans connaissances de base. Ils sont attirés par le côté pratique, tels le rempotage, le bouturage, la taille des rosiers ou autres activités de terrain. « Il nous faut être de plus en plus basiques, expliquer ce qu’est une bouture, une greffe. Nombre d’entre eux ne connaissent pas la différence entre un greffon et un porte-greffe ! Ils sont surtout spectateurs et consommateurs, pas acteurs ! Il faut tenir compte de ce public et lui proposer des activités concrètes. »

Autre exemple d’intervention : « L’hôpital Lyon-Sud nous a demandé une formation à la botanique pour son personnel du service allergologie. Nous nous sommes aperçus que cet auditoire, pourtant choisi, de médecins et d’infirmières, avait un déficit de connaissances important en matière de botanique. »

Accepter l’évolution

Richard MAKOWSKI
Richard Makowski, à Chalon (38), lors de la journée d’initiation à la botanique du personnel soignant de l’unité d’Allergologie et Immunologie du CHU Lyon Sud © SLH

La SLH organise des visites thématiques variées toujours appréciées, telles celles commentées des arbres remarquables du Parc de la Tête d’Or ou l’accueil d’autres associations pour leur faire découvrir le parc. « Nous avons reçu plus de soixante adhérents de la Société d’horticulture de Haute-Marne avec lesquels nous avons pu échanger de façon conviviale. »

La SHL propose aussi des voyages, principalement en France, qui rencontrent beaucoup de succès : « À peine lancée l’information, le voyage affiche complet en quelques jours. »

Les autres activités qui fonctionnent bien sont le groupe photo, très dynamique, et le groupe plantes médicinales, qui sollicite l’université pour obtenir les thèses présentées sur les plantes étudiées.

 

N’oublions pas les réseaux sociaux, indispensables mais difficiles à gérer faute de compétences ou de disponibilités. « Cela m’attriste ! Pour le site internet, nous sommes à peine deux, voire trois, à pouvoir nous en occuper. Il faut être sur tous les fronts ! Il faut nous adapter et faire accepter cette évolution, y compris au sein de notre bureau. »

Une grande fête en 2024

La SLH va fêter ses 180 ans en 2024. « Nous avons plein d’idées mais il faut les mettre en œuvre. » À commencer par l’édition d’un numéro spécial du Lyon horticole. « Au Parc de la Tête d’Or, nous souhaitons organiser une grande fête de la nature en collaboration avec le Jardin botanique et d’autres associations telles que la Société française des Roses, Roses anciennes en France, et l’Ordre national de Romarin*. Cette manifestation s’adressera aux parents et aux enfants, avec l’objectif de faire comprendre comment fonctionne un habitat naturel et l’interaction permanente qui existe entre la faune et la flore. » Un beau projet tout à l’honneur de la SLH !

LA SOCIÉTÉ LYONNAISE D’HORTICULTURE EN BREF

LA SOCIÉTÉ LYONNAISE D’HORTICULTURE EN BREF

Propos recueillis par Jean-François Coffin
Journaliste et membre du comité de rédaction de Jardins de France

 

* http://www.jardin-botanique-lyon.com/jbot
https://www.societefrancaisedesroses.asso.fr
http://www.rosesanciennesenfrance.org/fr
https://ordrenationalderomarin.asso.fr