La SNHF réunit bibliothèques et chercheurs sur les jardins

Smaël Boudia

Extrait de l’ouvrage de La Quintinye, Jean-Baptiste de, Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, avec un Traité de la culture des orangers, suivi de quelques réflexions sur l'agriculture. Tome premier, Amsterdam : Desbordes, 1692 – Bibliothèque SNHF
Extrait de l’ouvrage de La Quintinye, Jean-Baptiste de, Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, avec un Traité de la culture des orangers, suivi de quelques réflexions sur l’agriculture. Tome premier, Amsterdam : Desbordes, 1692 – Bibliothèque SNHF

« Les jardins : bibliothèques et chercheurs ensemble pour partager, valoriser, éclairer », était le thème choisi pour la première journée d’étude de la bibliothèque de la SNHF introduite par son président Dominique Douard.

La première journée d’étude de la bibliothèque de la SNHF visait à réunir professionnels des bibliothèques, des archives et chercheurs afin qu’ils puissent créer un espace d’échange et dresser un état des lieux des avancées de la recherche et des ressources disponibles en la matière. Plus de quatre-vingts personnes étaient réunies à la SNHF pour participer à cette journée du lundi 16 novembre 2015, initiée par Emmanuelle Royon[1], coorganisée avec la BnF et animée par une dizaine d’intervenants.

BnF et partenariats

« La coopération nationale de numérisation et de valorisation » a été la première intervention assurée par Arnaud Dhermy[2], coordinateur scientifique pour Gallica – bibliothèque numérique de la BnF. Il a évoqué la politique de coopération engagée par la BnF. Il a ainsi présenté les différents types de partenariats, à savoir par subvention pour les pôles associés ou via le marché de dématérialisation de la BnF. Il a ensuite exposé le processus relatif à ces partenariats : sélection d’un corpus, rédaction du dossier de candidature, échanges avec le coordinateur. Les ressources produites trouvent par la suite une visibilité nationale grâce à Gallica et sont l’objet d’une valorisation par le biais du blog et des réseaux sociaux.

De riches collections

Lonicer, Adam, Botanicon, plantarum historiae, cumearrundem ad vivum artificiose expressis iconibus, to mi duo Naturalis historiae tomus II, de plantarum earumque potissimum, quae locis nostris, Francfort : Haerdes, 1565 - Bibliothèque SNHF
Lonicer, Adam, Botanicon, plantarum historiae, cumearrundem ad vivum artificiose
expressis iconibus, to mi duo Naturalis historiae tomus II, de plantarum earumque
potissimum, quae locis nostris, Francfort : Haerdes, 1565 – Bibliothèque SNHF

Dans son intervention « Des hommes, des passions, des collections : la bibliothèque de la Société Nationale d’Horticulture de France » Emmanuelle Royon a présenté l’histoire des collections de la bibliothèque et montré comment celle-ci est indéfectiblement liée à l’histoire de la SNHF dont la création remonte à l’année 1827. Ses fonds, la bibliothèque doit aujourd’hui les communiquer et les valoriser par le biais de projets innovants, ainsi que les projets en cours et à venir.

Dezallier d’Argenteuil, Antoine-Joseph, La Théorie et la pratique du jardinage... Par L. S. A. J. D. A. [Dézallier d'Argenville.], A la Haye : Chés Martin Husson, 1739 - Bibliothèque SNHF
Dezallier d’Argenteuil, Antoine-Joseph, La Théorie et la pratique du jardinage… Par L. S. A. J. D. A. [Dézallier d’Argenville.], A la Haye : Chés Martin Husson, 1739 – Bibliothèque SNHF

Lucie Fléjou, conservatrice à la Bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, a présenté la riche collection de l’histoire des jardins détenue par cette bibliothèque, constituée d’ouvrages publiés aussi bien en France qu’à l’étranger entre le XVIe siècle et 1830.

À travers un dialogue entre différentes formes d’art – planches d’architecture, ouvrages théoriques et pratiques pour jardiniers, recueils d’ornement (A. Mollet, P. Flötner), livres de fête, etc. – L. Fléjou a constitué une véritable typologie des jardins et nous a invités à repenser l’histoire des jardins.

Josiane Sartre, ancienne directrice de la bibliothèque des Arts décoratifs, est intervenue sur le thème « Les collections sur l’art des jardins conservées à la bibliothèque des Arts décoratifs, « jardin du travail fécond », comme les présentait Ernest de Ganay ».

Après avoir dressé l’histoire de la constitution de ce fonds (illustrée notamment par des photographies d’Eugène Atget), J. Sartre a proposé une présentation de la collection sur l’art des jardins ordonnée en plusieurs chapitres : flore, botanique et fantaisie… ; traités sur l’art des Jardins aux XVIIe et XVIIIe siècles, etc.

Une nouvelle version de Gallica

Colette Blatrix et Luc Menapace, chargés de collections à la BnF, ont présenté la nouvelle version de Gallica disponible depuis la rentrée 2015 et notamment le parcours thématique dédié aux jardins[3]. Ce parcours, jalonné d’une sélection de documents numérisés, met à la disposition des passionnés et des amateurs un vaste corpus sur l’histoire des jardins. Ont également été présentés lors de cette intervention les différentes fonctionnalités de Gallica (téléchargement d’ouvrages et d’images, recherche de terme dans un texte numérisé, etc.).

Sources et ressources

Camille Duclert, conservateur du patrimoine au service interministériel des Archives de France, a ouvert l’après-midi en nous présentant le « Guide des sources relatives à l’histoire des parcs et jardins » mis en ligne en 2014 sur le portail européen Apex. Ce guide[4] décrit les fonds d’archives publics consacrés aux parcs et jardins en France.

Elle a retracé les différentes étapes qui ont été nécessaires à l’élaboration de ce guide : lancement d’une enquête auprès des centres d’archives, puis, après analyse et correction, encodage et mis en ligne des résultats. En résulte aujourd’hui un guide où sont répertoriés et décrits 1 300 fonds d’archives (par nom, par date, etc.), le tout organisé en partie thématique.

Pascale Heurtel, chef du service des collections au Muséum national d’Histoire naturelle, a présenté les importantes ressources (estampes, photographies, archives, etc.) ainsi que les outils documentaires (portail documentaire, bibliothèque numérique) de la bibliothèque du Muséum. L’ampleur de ce fonds – constitué depuis le XVIIe siècle, a également été l’occasion de proposer des pistes de recherche et ainsi différentes histoires horticoles : histoire des végétaux (catalogue de pépiniériste, registre pour les échanges de graines, etc.), histoire des jardiniers (fonds personnel et administratif de botaniste), etc.

Sociétés savantes

Arnaud Dhermy est intervenu au sujet des « revues des sociétés savantes : une autre organisation des sciences ? ». Celui-ci a défini les fonctions génériques des sociétés savantes : communication et vulgarisation ; émulation et confrontation des recherches – premier jalon vers une production scientifique ; fédération et échange. Les revues de ces sociétés qui naissent à partir du milieu du XVIIIe siècle sont le reflet de ces missions fondamentales. En s’appuyant sur l’évolution de leur sociabilité (de l’académie d’ancien régime à la société d’expert), A. Dhermy a exposé une forme particulière de structuration du savoir et une autre vision de l’organisation des sciences.

Richesse des jardins du XIXe siècle

Stéphanie de Courtois, enseignante à l’école nationale supérieure d’architecture de Versailles, dans son intervention intitulée « Les jardins au XIXe siècle, un patrimoine à (re) découvrir. Approches et publications récentes. », a présenté toute la richesse des parcs et jardins du XIXe siècle. Ces parcs représentent, en effet, un corpus peu analysé. Même si ceux-ci sont loin de l’image du jardin « à la française », ils n’en forment pas moins un grand nombre d’espaces structurés qui atteignent aujourd’hui leur plein épanouissement. S. de Courtois, à travers une présentation des grandes phases de l’historiographie des jardins en France, a montré l’importance de la reconnaissance de ces jardins qui, in fine, permet une connaissance plus approfondie de leur histoire.

L’archéologie du jardin trop méconnue

Enfin, Amina-Aïcha Malek, chargée de recherche au CNRS, a dressé le panorama d’une discipline encore trop méconnue : l’archéologie du jardin. Cette dernière permet d’enrichir la connaissance des jardins dont on croyait connaître tous les aspects via la documentation textuelle et visuelle. Elle conduit ainsi à une nouvelle compréhension des structures profondes du site et de son intégration dans l’environnement.

Pour illustrer cet apport, ont été présentés des sites connus et moins connus de fouilles archéologiques (les recherches de W. F. Jashemski sur les jardins romains de la région du Vésuve, l’étude archéologique des champs surélevés précolombiens du lac Titicaca, etc.) ayant marqué les recherches dans ce domaine et montré toute la portée de l’archéologie du jardin.

[1] Responsable «bibliothèque, patrimoine et mécénat» de la SNHF (Société Nationale d’Horticulture de France)

[2] Qui est intervenu à la place d’Hélène Leblois, coordinatrice scientifique et documentaire pour Gallica à la BnF.

[3] Disponible sur cette page : http://gallica.bnf.fr/html/und/arts-loisirs-sports/jardins

[4] Disponible sur le portail européen des archives à cette adresse : http://www.archivesportaleurope.net/fr/ead-display/-/ead/pl/aicode/FR-SIAF/type/sg/id/parcs-jardins-10-03-1