Jean-Michel Othoniel : des perles dans les jardins du monde

Des perles de cristal de couleur en forme de chapelets : telle est l’image que l’on a, au premier abord, de l’œuvre du sculpteur Jean-Michel Othoniel, présente dans le monde entier. Mais
il ne s’agit que d’une partie de ses créations.

Jardins de France lui a rendu visite afin qu’il nous parle du lien qu’il entretient avec les fleurs et les jardins, qui ont inspiré nombre de ses œuvres.

Vous connaissez peut-être la bouche de métro de la station Palais-Royal – Musée du Louvre, formée d’un ensemble de sphères d’aluminium et de multiples perles de verre de Murano multicolore. À l’époque, elle interpellait le passant. Intitulée « Kiosque des noctambules », il s’agit d’une œuvre du sculpteur Jean-Michel Othoniel installée en 2000. Elle n’est qu’un petit échantillon de celles qu’il a réalisées et continue de réaliser dans le monde entier, comme la fontaine du « Bosquet du théâtre d’eau », créée dans le parc du château de Versailles avec le paysagiste Louis Benech (cf. n° 636 de Jardins de France). Mais on sait peut-être moins que, derrière ses nombreuses œuvres, Jean-Michel voue une passion au monde du jardin : « J’ai eu la chance, quand j’étais jeune, d’avoir une grand-mère qui avait un jardin. Elle y cultivait des légumes, des fruits, des fleurs pour la consommation familiale, pour avoir une nour­riture saine à une époque où elle vivait de faibles revenus », nous confie-t-il. Et le petit Othoniel portait les arrosoirs, écoutait les histoires de plantes qu’elle lui racontait et lui faisait aimer, apprenait comment cultiver des carottes… « C’était une façon de vivre plus frugale mais avec un rapport plus sain, plus naturel, une forme de vie loin de la société de consommation. J’y pense encore aujourd’hui. »

Jean-Michel Othoniel, Le Kiosque des noctambules, 2000, verre de Murano, aluminium, métal, céramique. Installation permanente pour la station de métro Palais-Royal - Musée du Louvre, Paris

Comprendre les plantes

Adolescent, Jean-Michel entrevoit d’autres facettes de cette activité dans le jardin d’une tante en Andalousie avec, déjà, des contraintes d’aujourd’hui comme le manque d’eau. « J’y découvrais des plantes qui étaient exotiques pour moi, loin de la nature austère que je connaissais de ma région d’origine, le Massif Central. Je l’ai donc aidée à planter, à comprendre les plantes comme les agaves, à connaître leur nom qui, le plus souvent, était espagnol. Quand on s’intéresse à l’étymologie des plantes, on se rapproche de l’histoire, de l’histoire de l’art. » Cette expérience conduit Jean-Michel Othoniel à développer une curiosité qui le pousse à apprendre l’histoire des plantes, la symbolique des fleurs, qu’il va concrétiser plus tard dans des ouvrages.

De cette passion est né un regard sur le jardin. « Déjà, lors de mes études, à vingt-cinq ans, à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris-Cergy, les programmes étaient pluri­disciplinaires, dont un cours sur les jardins dispensé par la professeure Colette Garraud. J’ai choisi cette discipline dans laquelle j’ai découvert l’histoire des jardins, ce qui m’a permis de poursuivre ma passion. »

Jean-Michel Othoniel, Le Pont au Boules d’Or, 2023 - Domaine de Méréville © Othoniel Studio

Des œuvres inspirantes

Le hasard fait se rencontrer Jean-Michel Othoniel et Jean-Paul Capitani, cofondateur de la maison d’édition Actes Sud. « Il était venu au Centre Pompidou pour le catalogue de mon exposition. J’avais rédigé des notes sur la symbolique des fleurs et les lui ai montrées. Il a aimé et m’a proposé de les éditer. J’ai donc réécrit mes textes et les ai illustrés par des photos. Pendant deux ans, j’y ai travaillé, en choisissant des plantes simples, que l’on trouve dans la nature, au bord des routes… » Jean-Michel cite la véronique, dont le nom est lié à Sainte Véronique qui a essuyé le visage du Christ, resté gravé sur son linge. « Son nom aurait été donné à la fleur car les deux yeux du visage évoquent ses pistils », souligne-t-il. Ses recherches se poursuivent au sein d’œuvres telles des photographies ou des tableaux représentant des fleurs, comme le muguet, le trèfle…

Jean-Michel Othoniel - Vue de l’exposition Le Théorème de Narcisse, Petit Palais, Paris, 2021 © C. Dorn

Herbier merveilleux

En 2012, Jean-Michel est en résidence à Boston, à l’Isabella Stewart Gardner Museum, Isabella Stewart étant l’une des premières femmes aux États-Unis à avoir été reconnue comme paysagiste (1840-1924). « Elle avait créé un jardin luxuriant autour de sa maison. J’ai pu consulter ses archives richissimes, comme des tableaux de Van Dyck, Bartolomé Bermejo, représentant des fleurs, discrètes la plupart du temps dans un coin de l’œuvre. » Ces œuvres ont inspiré Jean-Michel dans la parution de son premier tome L’Herbier merveilleux – notes sur le sens caché des fleurs dans la peinture* qu’il a écrit suite aux conseils de Jean-Paul Capitani.

Jean-Michel Othoniel, Gold Lotus, Gold Rose, 2021- Bronze, or, métal - Hoam Museum of Art, Séoul-Yongin © Kukje Gallery
Jean-Michel Othoniel, ALFA, 2019 - 114 sculptures fontaines - National Museum of Qatar, Doha © M. Argyroglo

Jean-Michel Othoniel académicien

En novembre 2018, Jean-Michel Othoniel est élu à l’Académie des beaux-arts.

Son installation officielle s’effectue en 2021. Il a redessiné lui-même les broderies de son costume d’académicien, ajoutant des fleurs au traditionnel rameau d’olivier : « Cela me poursuit ! », ironise-t-il.
Il conçoit également la lame de son épée taillée dans un seul bloc d’obsidienne. Le pommeau en bronze, dessiné par Johan Creten, prend la forme d’un « nœud borroméen » ourlé de perles.

Jean-Michel Othoniel est également chevalier des Arts et Lettres et chevalier de la Légion d’honneur.

www.academiedesbeauxarts.fr/jean-michel-othoniel

Jean-Michel Othoniel en costume d’académicien © B. Lacombe – Dior

Au Louvre, on parcourt le monde

Jean-Michel Othoniel récidive avec un deuxième ouvrage L’Herbier merveilleux – notes sur le sens caché des fleurs du Louvre*, à l’oc­casion du trentième anniversaire de la pyramide du Louvre, en 2019, en s’appuyant sur les collections du musée (ce livre est en cours de réédition). Il compose aussi une série de six peintures présentées dans la cour Puget, dédiée aux sculptures. Elles sont inspirées de la rose présente dans l’œuvre de Rubens, Le Mariage de Marie de Médicis et Henri IV, entrée aujourd’hui dans les collections permanentes du musée.

« Au Louvre, on parcourt le monde au travers de ses œuvres. Le thème de la fleur permet d’avoir un autre regard sur un tableau, une fois passé ce qui est visible au premier coup d’œil, une vision hors champ. Par exemple, dans le tableau de Charles Le Brun Entrée d’Alexandre dans Babylone, on trouve des anémones rouges sur le sol, symbole du sang du Christ versé lors de la crucifixion. » Il précise que plus de cinq mille œuvres dont les notices contiennent le mot « fleur » ont été recensées par les différents conservateurs.
« Cette obsession pour le sens caché des fleurs et leur symbolique n’est pas juste une clé pour lire la peinture ancienne, c’est aussi un regard porté sur le monde, mon désir de voir le merveilleux qui nous entoure. Le réel est pour moi source continuelle d’émerveil­lement », s’enthousiasme-t-il.

Un regard vers le futur

Pensionnaire à la Villa Médicis, Jean-Michel en fait le tour du jardin mais aussi de ceux alentours. « En voyant ces jardins historiques en tant qu’artiste, je m’interrogeais : comment un artiste contemporain peut-il y trouver sa place ? »

De retour de Corée, il ramène la réponse : « L’artiste apporte un surplus de poésie, en ajoutant du mystère, de l’onirique, un peu comme un caméléon. »

Jean-Michel Othoniel ne porte pas un regard nostalgique sur le passé mais tourne son regard vers le futur, tout en reconnaissant que « le jardin l’incite à dévoiler une certaine face cachée de son travail ».

Jean-Michel Othoniel, La Rose des Vents, 2014 - Aluminium, acier, feuille d’or - Vue de l’œuvre devant le Conservatory of Flowers, Golden Gate Park, San Francisco, 2015 © Galerie Perrotin

Des œuvres dans le monde entier

Jean-Michel Othoniel utilise différents médias pour ses œuvres comme la peinture, la sculpture, la performance, le film, la vidéo. Il est impossible de citer la multitude de ses créations installées dans le monde entier. On peut cependant évoquer une partie de celles liées au jardin :

  • En 1996, installation de présentations temporaires à la Villa Médicis à Rome, à la Collection Peggy Guggenheim à Venise en 1997, ainsi qu’à l’Alhambra et au Generalife de Grenade en 1999.
  • À Paris, en 2021-2022, il investit le musée et le jardin du Petit Palais avec plus de 70 œuvres nouvelles. Il invente Le Théorème de Narcisse : un homme-fleur, qui en se reflétant lui-même, reflète le monde autour de lui. « Les œuvres étaient inspirées par les fleurs, point de départ de mes sculptures. »
  • À la Nouvelle-Orléans, dans le Besthoff Sculpture Garden, L’Arbre aux colliers en 2003.
  • Inaugurée en 2022, la Rose des Vents dans le Golden Gate Park à San Francisco et en juin 2023, Le Pont aux Boules d’Or pour le domaine de Méréville dans l’Essonne (labellisé Jardin remarquable).
  • Au musée national du Qatar, conçu par l’architecte Jean Nouvel, il crée une œuvre inspirée par l’observation de la culture de l’alpha, plante herbacée vivace poussant dans des régions arides. Dans ce cadre de dimension monumentale, il réalise Alfa, une œuvre comprenant 114 sculptures fontaines « dont les jets d’eau évoquent les formes fluides de la calligraphie arabe ».

www.othoniel.fr