Flétrissement et perte d’éclat des fleurs : comment retarder le processus ?

Nous l’avons toutes et tous expérimenté : aussi beau soit-il, un bouquet de fleurs est destiné à perdre son éclat et à voir, peu à peu les fleurs se faner, les pétales tomber, les feuilles s’assécher. Parfois trop rapidement. Quels sont les mécanismes à l’œuvre et comment les ralentir ?

La sénescence des fleurs

La sénescence des fleurs est un processus naturel de la vie d’une plante, régulée par des signaux de développement (pollinisation, formation du fruit) et des facteurs de l’environ­nement (température, irrigation, fertilisation…). Comme pour les feuilles, la sénescence de la fleur permet de maximiser le recyclage des nutriments essentiels qu’elle contient vers les organes en croissance (fruit, feuille, tige ou racines), mais elle est en général plus rapide que dans les feuilles. La sénescence se traduit par la désintégration des structures intracellulaires, la dégradation des membranes et des macromolécules en molécules plus simples (acides aminés, sucres solubles, minéraux) transférables vers les organes en croissance via les vaisseaux conducteurs.

Les indicateurs de sénescence des fleurs dépendent des espèces. Ainsi on observe ou non le flétrissement, la détérioration de la teinte, la chute (abscission) des organes qui la composent.

La sénescence des fleurs est un processus naturel de la vie d’une plante, régulée par des signaux de développement et des facteurs de l’environnement © PxHere.com

Les régulations hormonales : principal chef d’orchestre de la sénescence

L’éthylène et l’acide abscissique interagissent pour accélérer la sénescence alors que d’autres phytohormones, comme les cytokinines et l’acide gibbérellique, tendent à la retarder. Les plantes pour lesquelles l’apport d’éthylène accélère la sénescence sont dites éthylène-sensibles (fuchsia, œillet, renoncule, rose…). Chez ces espèces, peu de temps après la récolte de la fleur, se produit un pic de production d’éthylène entraînant une poussée respiratoire qui induit la dégradation des hydrates de carbone et réduit ainsi la durée de vie des fleurs en vase. Chez ces espèces, l’abscission des pétales intervient en général avant le flétrissement. L’ajout en vase de substances permettant de retarder le pic de production d’éthylène (acide gibbérellique, thiosulfate d’argent…) retarde la chute des pétales. A contrario, l’installation des bouquets à proximité d’une corbeille de fruits accélérera la sénescence des fleurs du fait de l’éthylène dégagé par les fruits en cours de maturation. En revanche, ces conseils n’auront aucun effet sur les fleurs insensibles à l’éthylène, comme l’orchidée, pour lesquelles la régulation de la sénescence est plutôt orchestrée par l’acide abscissique, hormone favorisée par les stress. Sur ces plantes, le flétrissement précède en général la chute des pétales.

Peu de temps après la récolte de la fleur, se produit un pic de production d’éthylène entraînant une poussée respiratoire qui induit la dégradation des hydrates de carbone et réduit ainsi la durée de vie des fleurs en vase © Attila Reinert - Pexels.com

Éviter l’embolie des tiges

Lorsque la fleur est détachée de la plante mère, il y a rupture du flux hydrique de la base de la tige vers la fleur. Il en découle, plus ou moins rapidement selon les espèces, la fermeture des stomates pour limiter les pertes d’eau liées à la transpiration. Chez les espèces, comme la rose, où la fermeture des stomates est plutôt lente, les volumes d’eau transpirés avant la fermeture des stomates laissent place à des bulles d’air dans les vaisseaux, provoquant l’embolie par rupture de la conductance hydraulique. Pour limiter ce risque, il convient de minimiser le temps où le bouquet est hors eau. Certains produits de conservation des bouquets ont aussi comme fonction d’acidifier l’eau pour limiter sa viscosité et faciliter son absorption par la tige ainsi que pour réduire les risques d’embolie.

L’acidification de l’eau peut contribuer à retarder l’altération des couleurs des bouquets © ValerijaB - Pixabay.com

Le métabolisme carboné et les stress oxydatifs impliqués dans la sénescence

Les sucres jouent un rôle important dans le maintien de l’intégrité des cellules en élevant la concentration en solutés. Mais le détachement de la fleur de sa plante mère prive les cellules des apports carbonés issus de la photosynthèse des feuilles. Cette privation favorise la dégradation des protéines et des lipides et induit également la surexpression de gènes associés à la sénescence. Du sucre apporté en faible quantité dans l’eau du vase fournira à la fleur le substrat carboné nécessaire à sa respiration et à son bon équilibre osmotique. Chez les plantes éthylène-sensibles, comme l’œillet ou le delphinium, l’apport de sucres réprime l’expression de gènes impliqués dans la production d’éthylène, contribuant à retarder la sénescence ou la chute des pétales. Toutefois, pour toutes les fleurs, la présence de sucres dans l’eau du vase risque de favoriser les proliférations microbiennes (bactéries ou champignons), favorisant l’obstruction des vaisseaux à la base des tiges et l’embolie.

Au cours du vieillissement, des ROS (espèces réactives à l’oxygène) comme O2 et H2O2, s’accumulent dans les cellules et contribuent à leur vieillissement. Pour limiter cette accumulation de ROS, les plantes produisent des composés phénoliques (anthocyanes et flavonols) aux propriétés antioxydantes permettant d’accroître la durée de leur tenue en vase, comme montré sur les pieds-d’alouette.

Au cours du vieillissement, des espèces réactives à l’oxygène comme O2 et H2O2, s’accumulent dans les cellules et contribuent à leur vieillissement © anna moreva - Pexels.com

Retarder l’altération de la couleur des bouquets

La nature et les quantités de caroténoïdes et d’anthocyanes présents dans les pétales régissent leur couleur. La formation de la couleur par les anthocyanes est régulée par le pH des cellules car les anthocyanes apparaissent rouges à faible pH et bleus à pH plus élevé, le pH ayant tendance à augmenter au cours de la maturation de la fleur. L’acidification de l’eau peut contribuer à retarder l’altération des couleurs des bouquets mais d’autres facteurs, comme les fortes températures et/ou la faible luminosité de nos intérieurs, réduisent le niveau de pigmentation des fleurs en perturbant la biosynthèse des anthocyanes.

La sénescence des fleurs est donc complexe et fait appel à divers processus. Quelques bonnes pratiques, comme renouveler régulièrement l’eau du vase ou recouper la base des tiges et l’ajout de substances chimiques permettent d’augmenter la tenue en vase des bouquets. L’utilisation d’extraits de plantes (bio­stimulants, huiles essentielles) pour augmenter la tenue en vase des bouquets donne des résultats prometteurs et pourrait prochainement se substituer à l’emploi de substances chimiques.

S’amuser à colorer des fleurs : ludique et éducatif

Pour un atelier avec les enfants ou pour une décoration éphémère : achetez ou récoltez une fleur blanche avec sa tige, par exemple une marguerite ou un œillet. Coupez longitudinalement la tige en deux depuis la base de la fleur et laissez tremper chaque demi-tige dans un verre avec de l’eau dans laquelle vous aurez ajouté quelques gouttes de colorant alimentaire, de couleur différente entre les deux verres, rouge et bleu par exemple. Du fait de sa transpiration, la fleur joue le rôle de pompe, les deux flux d’eau colorée vont migrer des demi-tiges vers la fleur via le système vasculaire et colorer les pétales connectés aux vaisseaux. Vous obtiendrez ainsi, en quelques heures, une fleur dont des pétales tendent vers le rouge, d’autres vers le bleu ou peut-être restent blanches selon les connexions vasculaires.