Façades, palissades, jardins… Les plantes grimpantes s’invitent en ville
Compagnes des citadins depuis la naissance des villes, objet d’un intérêt croissant chez les aménageurs depuis quelques années, les plantes qui s’appuient sur un support pour se développer se révèlent des alliées essentielles à la végétalisation du bâti.
Leur grande diversité et leur relative facilité d’installation rendent possibles de nombreux usages différents. Aperçu des services rendus par les installations végétales intégrant des plantes grimpantes.

En ville ou dans nos villages, il n’est pas rare d’apercevoir des constructions spontanément colonisées par la vigne vierge. En effet, les plantes grimpantes sont des solutions pour végétaliser les façades et autres éléments urbains sans apporter de substrat sur l’ensemble de la surface à végétaliser. Leur versatilité en fait des alliées pour les concepteurs de bâtis végétalisés. Du côté des particuliers, le coût réduit d’une façade végétalisée par plantes grimpantes relativement à d’autres installations de végétalisation verticale ainsi que leur plus grande faisabilité en font une solution plébiscitée lorsqu’ils ont l’occasion de mettre en œuvre des actions de végétalisation, à travers des programmes tels que « Strasbourg, ça pousse » ou « Carcasseme ».
Au-delà des plus connues, il existe une immense variété de plantes grimpantes qui se distinguent selon leur port, leur architecture, leur période de floraison et leur aspect. Il est donc important de bien les choisir en fonction non seulement du lieu de plantation mais aussi des effets recherchés afin de profiter au maximum des bénéfices qu’elles peuvent apporter.

Des plantes adaptables aux milieux urbains les plus denses
Les sols urbains étant fortement artificialisés et imperméabilisés, y planter des arbres relève souvent du défi. Ainsi, si leur plantation et leur bon développement en milieu urbain sont indispensables partout où cela est possible, les aménageurs doivent souvent réfléchir malgré le contexte urbain. La morphologie de la ville offre en revanche l’opportunité aux plantes grimpantes de se développer au sein de celle-ci, et donc d’intensifier la végétalisation même là où cela semblait impossible. En effet, grâce à leur port, leur prise au sol est réduite. De nombreux spécimens grimpants originaires de zones semi-arides se développent naturellement le long de parois rocheuses dans des sols souvent pauvres et peu profonds et peuvent d’autant plus s’adapter à des milieux très minéralisés, chauds et fortement exposés aux rayonnements du soleil, très présents dans les centres-villes. Si les besoins en lumière diffèrent selon les espèces (un bel exemple est le lierre grimpant, dont le stade juvénile est sciaphile et le stade adulte héliophile), toutes ont la capacité, par leur nature grimpante, de croître à des hauteurs suffisantes pour y répondre. Cette versatilité permet l’utilisation des plantes grimpantes dans bien d’autres cas que pour la végétalisation des murs.
L’importance du mode de fixation
La nature du support, mur, câble, grillage… est déterminante dans le choix de la palette végétale. On distingue ainsi six modes de fixation différents pour les plantes grimpantes. Certaines adhèrent au support, comme les plantes à ventouses (vigne vierge) qui se fixent grâce à des ventouses couvertes de substances adhésives ou le lierre grimpant, qui émet des racines aériennes transformées en crampons. Il est à noter que les plantes grimpantes avec ce type de fixation ont tendance à susciter des craintes chez certains usagers quant à l’éventuelle dégradation des bâtiments : soulèvements de tuiles, infiltrations dans les murs, descellements de pierres, etc., dont elles seraient responsables. Toutefois, ces craintes sont plus nombreuses que les cas où de tels événements sont constatés. Elles sont, d’ailleurs, largement nuancées par les experts, ces dégradations étant évitables si les grimpantes se développent sur des façades en bon état et sont entretenues annuellement. D’autres grimpantes s’attachent à un support ou à un tuteur par des excroissances qui les agrippent physiquement, des vrilles chez les passiflores par exemple, qui s’enroulent solidement autour du support une fois celui-ci rencontré, ou des aiguilles, épines ou crochets chez les rosiers et les ronces. Il existe aussi des plantes volubiles, dont la tige (glycine) ou les feuilles (clématite) s’enroulent autour de leur support. Enfin, les plantes sarmenteuses n’ont pas de système d’accroche spécifique. C’est le cas du jasmin d’hiver1.

Ainsi, les plantes grimpantes ne végétalisent pas que les murs : sans support, certaines peuvent former des couvre-sols ou des rideaux végétaux quand d’autres, vignes ou glycines, peuvent être menées comme des arbustes autoportants. Couplées à du mobilier urbain ou intégrées dans une œuvre artistique, les possibilités sont innombrables.
Des alliées pour des villes plus vivables
Par l’ombrage que certains feuillages denses ou constitués de feuilles larges apportent, les plantes grimpantes peuvent être utilisées pour améliorer le confort thermique dans les rues. À plus grande échelle, l’évapotranspiration peut aussi rafraîchir l’atmosphère urbaine pendant les fortes chaleurs. Les façades couvertes de grimpantes contribuent à l’isolement des bâtiments en diminuant les transferts de chaleur entre l’intérieur et l’extérieur et en réfléchissant une partie du rayonnement solaire. Bien que peu de données soient disponibles sur l’amélioration du confort thermique intérieur des bâtiments, les résultats tendent à montrer que les murs végétalisés sont particulièrement efficaces avec des bâtiments non isolés ou climatisés. Plus la surface foliaire est importante et la couche végétale proche de la paroi, plus celle-ci s’avère isolante.
D’autres bénéfices peuvent être cités, comme l’effet purifiant des feuilles sur lesquelles se déposent les particules fines ou les bénéfices pour la biodiversité. S’il est aujourd’hui impossible de quantifier ces bénéfices, les principes à suivre pour les optimiser sont les mêmes que dans toute démarche de végétalisation.
Un champ de recherches encore ouvert
De nombreuses questions concernant les bonnes pratiques d’installation ou d’entretien des plantes végétales, ou encore l’impact qu’elles peuvent avoir en fonction du contexte dans lequel elles se développent sont encore ouvertes. Le programme de recherche Écoville, paru en 2018, aborde par exemple la végétalisation des murs par des plantes grimpantes en tant que solution de végétalisation de villes denses.
En particulier, les questionnements autour de la facilitation réglementaire des projets de végétalisation par les plantes grimpantes sont importants pour le déploiement du végétal en ville. La caractérisation physique précise des grimpantes ainsi que des implications techniques pour leur conduite est, elle aussi, une étape à franchir pour une meilleure connaissance et donc un meilleur usage de ces végétaux.
Avec l’engouement de nombreux acteurs autour des grimpantes, nul doute que les retours d’expérience enrichiront les connaissances de tous sur ces plantes.

Référence
[1] Clergeau Philippe (coord.), 2018. La biodiversité en ville dense : nouveaux regards, nouveaux dispositifs. « Du bord du toit au caniveau ». Programme de recherche Écoville. Synthèse opérationnelle. Plante & Cité, Angers 53p.
1 Pour aller plus loin voir l’article de Laure Gry sur Le génie des plantes grimpantes p. 27