Échanges de végétaux : gare aux organismes nuisibles associés

Gilbert Chauvel

Le commerce des végétaux et produits végétaux (surtout organes de multiplication) entre régions, pays ou continents a pour conséquences la circulation des organismes nuisibles liés à leurs plantes hôtes, leur dispersion et leur établissement sur de nouveaux territoires. Il peut s’en suivre des dommages économiques importants pour l’agriculture, des dommages de mise en péril du patrimoine végétal au sein des espaces verts et sites paysagers citadins, ou encore des menaces pour l’équilibre de la biodiversité en général, en particulier pour son équilibre fonctionnel. Il s’en suit également des risques environnementaux et sanitaires liés notamment aux stratégies de lutte chimique additionnelles abondamment mises en œuvre pour juguler l’extension et les nuisances des nouveaux organismes nuisibles.

 

Le trafic des végétaux et les risques pour la santé des plantes

La globalisation des échanges observés depuis deux décennies a permis aussi l’augmentation des échanges de végétaux et produits végétaux, quelles que soient les filières de productions agricoles et horticoles. Dans le domaine horticole, de grands changements structurels de cette industrie résultant des progrès de la science et des bouleversements économiques ont permis une expansion rapide de la capacité de production des pays du sud. Ceux-ci sont maintenant capables d’abonder les pays de l’hémisphère nord durant les périodes d’absence de productions (fruits et légumes) et de fournir des plants et produits horticoles de façon permanente lorsqu’il s’agit de productions délocalisées. Nous observons une progression importante des exportations en provenance de tous les continents, en particulier de certains pays d’Amérique centrale et du sud (Chili, Equateur, Pérou, Argentine, Brésil, Colombie, Costa Rica…), de pays africains qui n’exportent plus seulement des fruits tropicaux mais beaucoup de fruits, de légumes et des produits de l’horticulture ornementale qui passent par l’énorme marché de redistribution européen qu’est la Hollande (Maroc, Kenya, Egypte…). Coté asiatique, le marché de l’horticulture s’internationalise également avec des pays qui deviennent des acteurs importants comme le Japon, le Chine et l’Inde. Les productions fruitières néo-zélandaises sont largement présentes sur nos marchés, tandis que celles australiennes vont plutôt vers l’Asie du sud-est mais peuvent aussi être dirigées vers l’Europe et l’Amérique du nord. Les courants d’échanges infra européens sont devenus extrêmement importants et multiples, avec pour la France une importance particulière du trafic avec la Hollande, la Belgique,         l’Espagne et dans une moindre mesure avec l’Italie. La progression des échanges à longue distance reste le principal facteur de risques d’introduction de nouveaux organismes.

 

Cerambyx, thrips ou aleurodes

A titre d’exemple, les cerambyx asiatiques (Anoplophora glabripennis et A. chinensis) résultent d’importations en Europe de bonzaïs et de pallox en bois contaminés, en provenance de Chine. Ces deux espèces, organismes de quarantaine, sont polyphages avec une préférence pour les érables, saules et peupliers, ainsi que pour les citrus pour A. chinensis. Introduit en France, Allemagne, Autriche et Pologne, A. glabripennis semble être éradiqué alors que A. chinensis est déjà implantée en Italie sur plusieurs centaines de km² sans réelle chance d’éradication. De nombreux autres organismes exotiques tels que les thrips Frankliniella occidentalis et Thrips palmi, le phytopte du fuchsia Aculops fuchsiae, l’aleurode Bemisia tabaci ou encore l’agent pathogène Cylindrocladium buxicola du buis, pour ne citer qu’eux, proviennent d’autres continents. Hormis l’intensification des échanges internationaux, diverses tendances structurelles actuelles augmentent les niveaux de risques phytosanitaires (propagation des organismes nuisibles et des espèces à caractère invasif) liés aux échanges. Citons par exemple l’élargissement des gammes d’espèces fruitières et ornementales, la concentration de la production et des circuits commerciaux qui multiplient les quantités et les interconnexions à longue distance, l’adoption de systèmes de production en conduite biologique intégrée dont on ne sait trop s’ils sont favorables à la propagation des organismes nuisibles (pathogènes latents moins bien contrôlés comme Gremmeniella abietina et Sphaeropsis sapinae sur conifères, Chalara fraxinea sur frêne, Phytophthora ramorum ) ou s’ils y sont défavorables (meilleure gestion des résistances des organismes nuisibles aux produits phytosanitaires) et l’augmentation des migrations saisonnières des travailleurs qui peut se révéler une voie de dispersion non négligeable. Si l’on rajoute à ces facteurs explicatifs, les changements climatiques qui permettent déjà l’adaptation et la prolifération d’espèces originellement tropicales sous nos climats (mouches des fruits, espèces de graminées dans les gazons, certains ravageurs des palmiers et plus largement des forêts…) et le développement des pratiques d’achat direct de plantes ou parties de plantes via internet qui échappent pour la plupart à tous contrôles, on comprend que très vite les risques d’introduction d’organismes nuisibles iront en s’accroissant. Il devient urgent que chacun d’entre nous, professionnels chargés de la production et de la mise en marché, grossistes, distributeurs, jardiniers amateurs et simples citoyens, prenne conscience des conduites à mettre en œuvre pour respecter les réglementations en vigueur.


Dégâts sur fleurs - © A. KargLa galle du Fuchsia

Aculops fuchsiae ou Phytopte du fuchsia est originaire du Brésil. Il a été décrit pour la première fois en 1972. En 1981, cet acarien apparait en Californie d’où ils se répand rapidement et décime la production de fuchsias. En 2003, l'Aculops fuchsiae résiste en France, la situation empire,  le sud du département du Finistère, les Côtes d’Armor (Roscoff), le Morbihan, les Iles de Bréhat, Batz et Jersey, la Loire Atlantique (Nantes et Pornic) mais aussi la Normandie et une partie de la Région Parisienne sont touchés.
 

Reconnaissance de l’acarien

Aculops fuchsiae est un acarien eriophyide invisible à l’œil nu. Ces acariens se multiplient rapidement. Ils affectent seulement les fuchsias et ne doivent pas être confondus avec les araignées rouges. Ils ont deux paires de pattes et ressemblent à des vers. Ils vivent et se reproduisent dans les plis des gales qu’ils forment sur la plante et entre les poils de celle-ci. Sans microscope (x40), leur présence peut être identifiée seulement par les dommages causés. L’apparition des symptômes, malformation, gale, est aléatoire (cette année, au printemps ou en automne) mais rien n’est significatif par rapport à la météo. Certains plants, atteints et rabattus en année N, ne produisent aucun symptôme visible en année N+1, mais sont atteints en année N+2.

Dégâts sur fleurs - © A. Karg

Détection primaire
Les nouvelles feuilles rougies s’épaississent et se couvrent de poils. Des gales gonflées et des grosseurs apparaissent. Ne prenez pas en compte des feuilles bouclées ou maladives, des pucerons ou d’autre insectes peuvent en être la cause ! Le cycle de vie de Aculops fuchsiae est de 2 à 4 semaines avec 4 stades : œuf, larve, nymphe, adulte. Les femelles pondent environ 50 œufs à la fois. Ils éclosent en 1-2 semaines. Si seulement la moitié de ces œufs donnaient des bébés acariens, en peu de temps ils seraient des centaines ! Les petits acariens sont des experts pour se cacher dans les structures de la plante en évitant les dangers.

Leur contrôle est difficile mais pas impossible

La dissémination des acariens est effectuée par le vent, les insectes, les oiseaux et surtout par les jardiniers manipulant les plantes infectées et les déplaçant avec les acariens sur leurs mains et leurs vêtements etc. Elle l’est également, et de façon encore plus grave, lors d’échanges de boutures en provenance de régions contaminées. Tout échange de boutures doit donc être prohibé. La lutte contre ce parasite est obligatoire. Quand les dégâts apparaissent, dans la mesure où aucun produit n’est homologué, la destruction est la règle.  Si celle-ci est impossible (sujet rare ou de collection), on peut tailler les parties endommagées des plantes et les détruire par le feu ou en les scellant dans en sac en polyéthylène pour l’enfouissement.

Il ne faut jamais composter ou recycler les plantes ou les parties détruites, ni replanter de fuchsias sur un sol ayant porté des fuchsias contaminés.


Alain Karg


Les réglementations phytosanitaires : outils efficaces sous réserve d’une mise en œuvre… sans faille !

Pour contrecarrer ou limiter les risques, la communauté internationale a élaboré des réglementations phytosanitaires qui visent à empêcher ou à ralentir l’introduction et la dissémination d’un certain nombre d’organismes nuisibles, jugés potentiellement importants.  C’est la commission des mesures phytosanitaires de la FAO qui, en tant qu’organe directeur de la convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), fixe les normes visant à prévenir la dissémination des organismes nuisibles des plantes par la voie du commerce international. Un accord SPS (accord sur l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires signé par les pays membres de l’office mondial du commerce) énonce les règles fondamentales sur l’application des mesures réglementaires. Celles-ci doivent permettre aux pays de protéger la santé de leurs végétaux, tout en évitant de constituer des obstacles injustifiés au commerce et de mettre en place d’un protectionnisme avantageux pour les producteurs nationaux. Dans ce contexte, les pays importants producteurs de végétaux ou produits végétaux ont dressé des listes d’organismes nuisibles réglementés, qui peuvent être soumis à quarantaine ou à d’autres mesures phytosanitaires. Seuls les organismes jugés les plus importants (en raison de leurs dégâts avérés ou potentiels) sont pris en compte par des mesures réglementaires ; ceux très largement disséminés (ex : pucerons, pourriture grise, oïdium…) et qui ne sont pas officiellement combattus sont considérés comme des « organismes de qualité » et n’appartiennent pas à cette liste. Pour la FAO, un organisme de quarantaine est un « Organisme nuisible qui a une importance potentielle pour l’économie de la zone menacée et qui n’est pas présent dans cette zone ou bien qui y est présent mais n’y est pas largement disséminé et fait l’objet d’une lutte officielle ». Ceci traduit bien le caractère essentiellement préventif des mesures réglementaires qui doivent s’exercer… avant qu’il ne soit trop tard et avant que la généralisation des dégâts nécessite des mesures de lutte curatives intenses et souvent très coûteuses au plan économique et environnemental (dont santé des opérateurs). Les mesures locales qui peuvent être prises pour des organismes nuisibles réglementés non de quarantaine (organismes nuisibles gérés par des arrêtés de lutte préfectoraux) permettent, avec la quarantaine, de décliner les mesures réglementaires à l’echelle de la zone réellement menacée : le champ, la culture, le département, la région, une partie de pays, le pays ou un continent.

 

De l'interception à l'éradication

Ainsi, les mesures de surveillance et de lutte officielle s’adaptent aux différentes phases de temps ou d’espaces et peuvent viser :

1) L’interception à l’importation avant que l’organisme nuisible ne parvienne dans la zone de culture de ses plantes hôtes (ex : mesures prises contre le nématode du pin Bursaphelenchus xylophilus, l’agrile du frêne Agrilus planipennis…). Ces contrôles à l’import en provenance de pays tiers se font par le service d’inspection vétérinaire et phytosanitaire (SIVEP) aux frontières au sein de 32 sites en France (ports et aéroports). Ils reposent sur trois volets : la recherche par examens visuels, analyse en laboratoire de la présence d’éventuels organismes nuisibles, contrôles documentaires tels que les certificats phytosanitaires et autres exigences de traitements particuliers. Enfin des contrôles d’identité visant à apprécier la cohérence entre les lots importés et les documents d’accompagnement sont réalisés. Sur 35000 lots contrôlés en 2011, les services officiels ont procédé à 1300 interceptions. Celles-ci concernent des mouches des fruits, divers insectes aleurodes, thrips, mineuses…et dans une moindre mesure des bactéries et virus. Les végétaux à l’origine des interceptions sont d’abord des fruits et légumes, des fleurs coupées, des plantes aromatiques, des emballages en bois, des semences, des plants racinés et des boutures destinées à la  plantation.

2) L’éradication lorsque l’organisme a été introduit localement mais n’est pas encore établi et qu’il est possible de le faire disparaître (ex : la maladie des bandes rouges à Scirrhia acicola introduite au cours des années 90, avec une espèce de pin d’origine américaine Pinus attenuata x radiata, a été éradiquée par l’abattage et la destruction intégrale des 200 ha de plantation concernés). Ce cas d’éradication totale est très rare.

3) L’enrayement se fait quand l’organisme est établi au niveau régional et que l’objectif est de ralentir sa dissémination par diverses stratégies de lutte. On peut considérer que le charançon rouge des palmiers Rhynchophorus ferrugineus et l’acarien galligène du fuchsia Aculops fuchsiae rentrent dans cette catégorie.

4) La suppression s’opère quand l’organisme est répandu pratiquement dans la zone entière mais que les mesures officielles se limitent aux plantes hôtes qui sont destinées à être exportées vers d’autres zones protégées encore indemnes.

 

Une directive européenne

Les mesures de détection sur le territoire se font grâce au dispositif permanent d’épidémiosurveillance et aux plans de contrôle périodiques. Ces mesures ont permis de détecter plus de 40 organismes nuisibles réglementés depuis 30 ans.

Au niveau de l’union européenne, c’est la directive 2000/29/CE du 8 mai 2000, modifiée au moins 25 fois jusqu’à ce jour, qui régit les mesures de protection contre l’introduction d’organismes nuisibles aux végétaux et produits végétaux, et contre leur propagation à l’intérieur de la communauté européenne. Cette directive est traduite en droit français par l’arrêté du 24 mai 2006 (lui-même modifié par plusieurs arrêtés) qui reprend exactement les listes des organismes nuisibles aux végétaux et produits végétaux interdits d’introduction et de dissémination.
Sans entrer dans les détails de présentation des ces textes très complexes, on doit préciser que les listes faisant l’objet d’interdiction ou de restriction sont réparties en 7 annexes.

 

Pour en savoir plus

> caractéristiques des annexes 1-5
> EPPO Alert List

 

RAVAGEUR DES PLANTES DU GENRE ALLIUM : POIREAU, AIL, OIGNON, CIBOULETTE…

La mineuse phytomyza gymnostoma. Loew ne cesse de gagner du terrain
Ce ravageur, aujourd’hui classé en France comme très préoccupant, est emblématique d’une évolution difficile à maîtriser. Sous son premier nom de baptême : Napomyza gymnostoma, la mineuse a été détectée pour la première fois en Pologne, près de Poznań, par un spécialiste des diptères F. Hermann Loew, en 1858. Il a fallu attendre 1979 pour qu’elle soit signalée comme un ravageur des plantes cultivées, poireaux et oignons en particulier.

Des dégâts caractéristiques sur poireaux :
Le plus souvent à mi- développement, la plante présente un ramollissement avec des feuilles déformées et un fût, dans sa partie apparente, boursouflé, d’aspect fendu et éclaté. Les feuilles externes qui forment le fût du poireau sont parcourues par des galeries verticales rectilignes sèches et légèrement colorées de brun. A l’extrémité de chacune des galeries, on observe des logettes contenant une pupe marron d’environ 3,5 mm de long. Cette pupe demeure adhérente au végétal jusqu’à l’émergence de l’adulte.

Quelle évolution probable ?
Compte tenu de ses origines, il ne faut pas compter sur l’effet d’hivers rigoureux pour réduire de manière significative les populations de ce ravageur. Un parasitisme significatif par un parasitoïde : Halticoptera circulus observé en 1997 laisse augurer d’une possibilité de régulation par lutte biologique conservatoire ; mais à quelle échéance ?

Une surveillance indispensable :
A ce jour, les cultures saines dans les zones non encore contaminées doivent être surveillées de très près. La détermination extrêmement ardue des adultes par des spécialistes rend la technique de piégeage au jardin (bols de couleur jaune ou panneaux englués) inopérante. En revanche, les piqûres nutritionnelles et les piqûres de pontes alignées verticalement sur le feuillage, caractéristiques de cette mineuse, sont faciles à repérer. La ciboule, plante très attractive pour les adultes, peut servir de plante indicatrice de la survenue des premiers vols.

Les méthodes de lutte :
La protection mécanique des cultures par la pose de filets anti insectes avec des mailles qui ne doivent pas excéder 0,8 mm est efficace ; à condition, bien sûr, qu’elle soit mise en place très rapidement après plantation sur un terrain qui n’a pas déjà supporté des cultures contaminées. Il convient également d’éliminer, avec précaution, régulièrement les plantes contaminées ; feuilles vertes et fûts.
Galeries caractéristiques dans le fût du poireau - © M. JavoyPiqures de pontes et de nutrition des adultes sur feuille de ciboulette révélatrices de l’activité des adultes de la mineuse - © M. Javoy

Michel Javoy


Appel à la vigilance des jardiniers amateurs pour la maîtrise des risques phytosanitaires

Les jardiniers constituent une catégorie d’acteurs très importante non seulement en leur qualité « d’ange gardien » responsable de l’entretien et de l’état sanitaire des végétaux de plus de 15 millions de jardins répartis dans toutes les régions de France, mais aussi en leur qualité de citoyens voyageurs. Selon l’éloignement (pays voisins ou destinations lointaines) et le mode de déplacement utilisé (voiture, train, avion, bateau…), les introductions concernent des plantes ou parties de plantes destinées à être cultivés (végétaux ou boutures racinés avec ou sans substrat, greffons d’arbres fruitiers, semences potagères, bulbes et tubercules d’ornement) ou encore des fruits et légumes pour la consommation ainsi que des fleurs et feuillages coupés ornant temporairement la maison. Tout cela peut être fait sans risque à condition de se faire délivrer un certificat phytosanitaire par les services officiels de l’organisation nationale de protection des végétaux du pays d’importation. Ces documents officiels constituent une garantie car ils attestent que les végétaux ont été inspectés en production ou sur le lieu d’exportation et que leur état sanitaire est conforme aux réglementations en vigueur.  Par méconnaissance des risques qu’une simple introduction peut faire courir à l’état sanitaire des jardins eux-mêmes, mais plus largement à la production agricole et horticole dans leur ensemble, par difficultés de se procurer les documents officiels auprès du bon service situé au bon endroit, ou encore par croyance que de faibles quantités introduites apparemment sans indices visuels d’attaque ne peuvent introduire de parasites, les particuliers ramènent souvent des végétaux sans prendre conscience des risques phytosanitaires d'introduction d'organismes nuisibles. Ceux ci sont renforcés par une pression de contrôle relativement faible des services officiels de contrôle,  en raison de l’impossibilité matérielle d’examiner la multitude de bagages. Nous ne pouvons que conseiller, tout simplement, aux particuliers qui reviennent de pays tiers de ne pas ramener de végétaux ou produits végétaux. En cas de très forte motivation, il leur est alors nécessaire d’anticiper pour faire les démarches réglementaires à l’obtention du certificat phytosanitaire. Compte tenu des cultures et productions de jardins, les risques d’introduction d’organismes nuisible, par les jardiniers amateurs est très importants.

 

Exemples d'organismes nécessitant une vigilance particulière

Certains organismes de quarantaine non cités dans le tableau sont considérés comme très importants pour la production (ex : Feu bactérien sur maloïdées, sharka sur arbres fruitiers à noyaux, tristeza sur citrus…). Il faut être particulièrement vigilant à l’ensemble des organismes pour lesquels il n’existe pas de stratégie de lutte curative comme les virus et les phytoplasmes qui nécessitent la mise en œuvre d’une sélection sanitaire par filiation de même que les bactérioses et ravageurs xylophages contre lesquels les moyens de lutte sont très limités et imparfaits. La première des précautions est donc de ne rien importer en provenance des pays tiers sans s’être fait délivrer un certificat phytosanitaire. Suite à l’importation et avant la mise en culture en pleine terre dans le jardin, il est recommandé aux jardiniers de faire appel à la station de quarantaine (se renseigner auprès du SRAL de votre région) pour entreposer les plants pendant le temps de latence nécessaire à l’expression des symptômes des organismes à surveiller, soit de planter provisoirement chez vous dans un endroit confiné du jardin avant d’établir définitivement le plant dans le jardin. Une surveillance permanente et attentive des plantations du jardin est le meilleur moyen de visualiser précocement tout organisme réglementé ou émergent qui n’aurait pas encore été détecté. Pour  vous aider à la détermination, vous pouvez vous adresser à vos collègues jardiniers qui eux-mêmes peuvent avoir été confrontés au même problème, faire appel à des compétences auprès de la SNHF ou de l’association de jardiniers la plus proche et en cas de besoin d’analyses, demander la liste des laboratoires compétents au SRAL  de votre région. La réduction des risques d’introduction d’organismes nuisibles exotiques est incontestablement l’affaire de tous, professionnels de la production, de la distribution et des jardiniers et citoyens. Un certain nombre de moyens ont permis d’améliorer les détections et de limiter les introductions : limitation du nombre de points d’entrée européens, meilleures communication aux frontières et fiabilité des procédures de contrôle, construction de stations de quarantaine, évolution plus rapide des réglementations basées sur des analyses de risques effectuées avec des moyens dédiés par l’ANSES[1]… Le dispositif général d’épidémio-surveillance mis en place dans le cadre de l’axe 5 du plan ECOPHYTO[2] permet une surveillance plus globale du territoire pour l’ensemble des filières. Les jardiniers verront, au cours des deux prochaines années, la mise en place progressive des bulletins de santé du végétal « jardins » (BSV), ce qui leur donnera un surplus d’information sur les situations phytosanitaires. Les BSV sont consultables gratuitement sur les sites des DRAAF des régions concernées par les observations réalisées sur les plantes. D’importantes recherches restent à mettre en œuvre pour mieux connaître les voies de dispersion des organismes nuisibles (moyens de transport, déplacements des travailleurs agricoles, dispersion à longue distance par la haute atmosphère et  la stratosphère…) et leur efficacité. Les schémas de production agro-environnementaux favorisant la réduction de l’utilisation des pesticides et le niveau sanitaire exigé pour les plantes doivent être mieux connectés. Par ailleurs, des recherches interdisciplinaires entre les entomologistes, pathologistes, botanistes, aménageurs, spécialistes du réchauffement climatique, économistes et sociologues sont éminemment souhaitables pour trouver des clés plus efficaces à la réduction des problèmes liés aux organismes invasifs.

 


[1] ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

[2] ECOPHYTO : plan national de réduction de l’usage des pesticides mis en place en 2008, pour dix ans, décidé par le gouvernement suite au Grenelle de l’environnement.

 

 

janvier-février 2013