Dépérissement généralisé du buis : Les aménagements paysagers remis en cause

Emmanuel Bajard

Face aux parasites et maladies qui progressent, il faut envisager dès à présent de remplacer les buis par d’autres espèces - © D.R.
Face aux parasites et maladies qui progressent, il faut envisager dès à présent de remplacer les buis par d’autres espèces – © D.R.

Un cocktail particulièrement dévastateur composé de trois atteintes parasitaires sont à l’origine du dépérissement généralisé du buis : une chenille défoliatrice du type pyrale (Cydalima perspectalis) et deux champignons microscopiques (Cylindrocladium buxicola et Volutella buxi). Le caractère « couteau suisse » du buis rend son éclipse annoncée problématique.

Les qualités de persistance, compacité, aptitude à la taille, largeur du spectre pédoclimatique et longévité, ont fait dominer le buis presque sans partage dans les jardins structurés et en art topiaire. Compte-tenu du patrimoine classique de Bourges, l’affaire ne manque pas de nous agiter et induit trois types de répliques : les méthodes de lutte, les possibilités de substitution végétale et les stratégies paysagères alternatives.

Lutte biologique et prévention

Différentes méthodes de lutte biologique existent mais il faut avant tout insister sur la prévention - © D.R.
Différentes méthodes de lutte biologique existent mais il faut avant tout insister sur la prévention – © D.R.

Les résultats les plus significatifs concernent la pyrale. L’utilisation d’insecticides (pyréthrinoïdes, diflubenzuron…) peut être efficace mais elle est désormais soumise à restriction réglementaire. Le cuivre autorisé en bio a une efficacité mais présente un impact environnemental (toxicité pour les microorganismes). De fait, les principales méthodes employées à ce jour sont les pièges à phéromone (capture du papillon mâle) en détection précoce et les traitements biologiques à base de Bacillus thuringiensis ‘kurstaki‘ (toxine agissant sur les stades larvaires). Le cycle rapide de la pyrale du buis impose des traitements répétés. D’autres produits de biocontrôle sont testés, avec, comme exemple, les résultats variables obtenus par l’Université de Tours avec des formulations à base de pyrèthres naturels et de 2 parasites d’insectes : Saccharopolyspora spinosa (champignon actinomycète) et Steinernema carpocapsae (nématode) en sus de Bacillus thuringiensis (1). L’emploi de Trichoderma (ascomycètes) tels que T. harzianum (est également envisagé (INRA Antibes). D’autres méthodes sont proposées mais elles ne sont pas autorisées à la vente, ni respectueuses de l’entomofaune auxiliaire.

La lutte contre les dépérissements est avant tout préventive. Les fongicides de synthèse sont soumis à restriction d’emploi. On insistera donc sur les moyens prophylactiques : bonnes conditions de sol, enlèvement des parties infectées, désinfection des outils, arrosage localisé… Des méthodes empiriques à base de biostimulants, purins divers restent à analyser sur le long terme

La limite d’espèces et de cultivars de buis résistants

Notre buis dont on fait les broderies (Buxus sempervirens) est originaire d’Europe du Sud et d’Asie Mineure. Arbrisseau à végétation très lente de 4 à 6 mètres de haut, sa vigueur et ses dimensions varient selon les cultivars. La variété Suffruticosa, utilisée pour les bordures et broderies des jardins à la française est l’une des plus sensible à la cylindrocladiose. Sa fragilité était déjà décriée par Claude Mollet, jardinier d’Henri IV.

Les principales autres espèces sont : B. balearica (indigène de la péninsule ibérique, feuilles assez larges, croissance plus rapide que B. sempervirens) et B. microphylla (espèce d’origine japonaise, à branches étroites et petites feuilles, ne dépassant pas 60 cm de hauteur et ressemblant aux formes naines de B. sempervirens).

La variété de buis Suffruticosa, utilisée pour les bordures et broderies des jardins à la française, est l’une des plus sensible à la cylindrocladiose - © D.R.
La variété de buis Suffruticosa, utilisée pour les bordures et broderies des jardins à la française, est l’une des plus sensible à la cylindrocladiose – © D.R.

C’est chez l’espèce microphylla (2) que l’on trouve certaines tolérances (y compris à la pyrale…) et tout particulièrement chez B. microphylla var. japonica ‘Green Beauty’. Cette tolérance semble malheureusement s’estomper avec le temps. De même, le risque de voir apparaître des formes pathogènes plus agressives, nous incite à ne pas miser massivement dès-à-présent sur ces alternatives intéressantes mais non confirmées dans le temps. De surcroît, les espèces tolérantes constituent des plantes-hôtes potentielles à l’instar d’autres Buxacées telles que Pachysandra terminalis.

Substitution à l’identique

D’une manière générale, on recherche en urgence des végétaux persistants, susceptibles d’être taillés à leur base et à croissance lente, tout en se gardant des espèces qui drageonnent quand on les taille sévèrement. Le tableau ci-dessous est une sorte de « catalogue raisonné » non exhaustif et critiquable, de plantes persistantes ayant en partie les qualités requises. Les candidats au remplacement sont à trier selon l’usage qu’on leur destine entre haie, bordure tondue et art topiaire ainsi que la zone géographique, la nature du sol et l’ensoleillement.

Les favoris de la profession représentent quelques dizaines de taxons parmi moins de dix genres : Berberis, fusain,  Lonicera nitida (chèvrefeuille) houx, if, myrte, osmanthe… chacun présente un usage plus restrictif que le buis. Le fusain est moins rustique et préfère les sols calcaires ; l’if et le chèvrefeuille sont trop vigoureux pour les compositions très compactes ; le houx est rustique et croît lentement mais se comporte difficilement en sol calcaire. Il est aussi moins longévif. La myrte serait presque parfaite si sa rusticité ne laissait à désirer. Les arbustes de maquis méditerranéen (nerprun, filaires, chêne kermes, pistachier…) sont une piste intéressante quand les conditions le permettent.

Les essais de la Ville de Paris (véroniques, germandrées, cotonéaster, osmanthes) ou du domaine de Levens Hall (Ilex crenata ‘Dark Green’) n’ont pas donné de résultats pleinement satisfaisants(2). Ce dernier aurait par exemple une fâcheuse tendance à jaunir lorsque les conditions ne lui sont pas optimales et à pousser irrégulièrement.

Entretien accru

Comparées à notre « couteau suisse » pouvant tenir plus de 50 ans et se contenter d’une taille annuelle, les alternatives seront souvent synonymes d’un entretien plus conséquent : taille plus fréquente, compensation des exportations de taille, plans de renouvellement à prévoir… Une densité insuffisante imposera parfois de compléter en « bouche-trou ». Une attention devra être portée à la sensibilité sanitaire des candidats (feu bactérien des rosacées, hyponomeutes des fusains, galéruque des viornes…). Enfin, un travail serait à mener sur les bambous.

Les compositions paysagères alternatives

Le dépérissement généralisé du buis ne pourrait-il pas être une invitation à revisiter la composition de certains jardins ? Broderies et topiaires doivent-elles nécessairement être immuables ? Ne peut-on pas respecter le graphisme existant par un simple gazon, par des bordures de pierre ou de métal ou jouer avec des dénivelés ? Pire, ne pourrait-on pas dessiner d’autres perspectives visuelles au sein d’un paysage environnant qui, d’ailleurs, a peut-être changé avec le temps ? D’illustres jardins se sont affranchis au cours des siècles de leur composition d’origine et ce n’est parfois qu’assez tardivement dans l’Histoire qu’ils ont retrouvé une facture « classique ». La question se pose avec plus ou moins d’acuité selon que l’on parle de jardins protégés ou non, mais elle mérite d’être considérée.

 

 

(1) : Ville de Tours / Cetu innophyt  – Université François Rabelais de Tours  (cf. Stratégie de lutte contre la pyrale du buis Phytoma n°695 juin-juillet 2016).

(2) : Buxus sempervirens ‘Rotundifolia’ semble être également tolérant mais la vigueur et la taille des feuilles de ce buis ne sont pas adaptées à l’usage en bordure taillée.

 (3) : Maladies du Buis : alternatives en attendant mieux (Lien Horticole n°949 – 18 novembre 2015).