La décoration végétale des immeubles

Qui flâne dans Paris ou dans certaines villes de province et admire les façades des immeubles ne peut manquer de remarquer la place que le végétal occupe dans leur décoration.

1. (Michel Perret) Avignon, balcon aux Ombellifères.
2. Frise de fleurs symboliques de L’église de Briare remonte à 1895.
3. À Auxerre, des feuilles de marronnier.
4. Des clématites Paris XIIIe, rue du Moulin des Prés.
5. La Maison bleue, à Angers, date de 1928. © Daniel Lejeune

Lorsque le préfet Haussmann est appelé à Paris en juin 1853 par le duc de Persigny, ministre de l’Intérieur, c’est pour appliquer la politique de renouvellement urbain voulue par l’empereur Napoléon III. Le préfet Berger n’a pas été assez performant, faute, sans doute, d’avoir su mettre en place un système de financement efficace et novateur.

8. Des cerises décorent la Caisse d’Épargne de Nevers alors que du gui couvre celle d’Aubusson, datant de 1899 (photo 9) © Daniel Lejeune

 

Naissance d’un nouveau Paris sous Haussmann

Les préconisations de la commission Siméon étaient claires et tenaient en trois points : la hauteur des nouveaux immeubles ne devrait pas excéder la largeur des voies percées, le front bâti devrait être continu, la rectitude des percements pourrait être infléchie pour épargner des monuments importants. Haussmann et son équipe parachèvent la portée de ces préconisations en précisant par le menu la hauteur des différents étages, l’altitude des lignes de balcons et fenêtres, la morphologie et la nature des toitures. Ainsi naît le nouveau Paris, d’abord à l’intérieur de l’enceinte des Fermiers généraux, puis à partir de 1860, jusqu’aux fortifications de Thiers.

6. Un balcon orné de feuilles de marronnier, à Moulins.
7. À Vichy, un immeuble des années trente ornée de roses.
10. À Felletin, dans la Creuse, les anciens bains douches sont également ornés de cerises. © Daniel Lejeune

 

Cette seconde phase d’aménagement est surtout réalisée après 1870 par la IIIe République qui, peutêtre sous l’influence d’Alphand, laisse aux architectes une plus grande liberté, en particulier dans la décoration des façades.On trouve ainsi des quartiers entiers où les immeubles s’ornent d’opulentes sculptures très conformes à l’esthétique des expositions universelles de 1878, et surtout de 1889. S’y mêlent des façades entièrement consacrées au végétal, voire à une plante précise.

Un ornement quasi total

En prenant son temps, le promeneur averti découvre ainsi d’incroyables planches d’herbier (Paris XIVe Marronnier, platane) où se succèdent clématites (rue du Moulin des Prés) ou anémones du Japon, fougères ou pavots, où, dans les années 1925, apparaît abondamment et avec une certaine hégémonie la rose (rue de Bellechasse), plante fétiche de l’Art déco (Vichy) et bientôt, du Front populaire. Ces gestes décoratifs, confiés à des sculpteurs spécialisés assez nombreux, semble-t-il, ornent d’une manière parfaitement cohérente portails, linteaux, frises, corniches, balcons (Avignon, Moulins), parfois dans leurs moindres détails. On trouvera dans le XVIe arrondissement de Paris, quelques

témoignages de l’art décoratif « total » d’Hector Guimard, surtout connu par ses entrées du métropolitain .

Cette mode des décorations végétales, qui avait régné plus timidement au XVIIIe siècle dans les quartiers aisés des villes et surtout à travers des représentations de fruits (Besançon), semble avoir touché aussi certaines villes de province (Auxerre, tournesols). Mais c’est réellement Paris qui en offre le témoignage le plus divers et le plus complet. Deux exceptions notables, que l’on rencontre à peu près partout, font toutefois de l’ombre à cette hégémonie de la capitale : les piscines, termes et bains douches (Felletin) dont les céramiques, nouveau matériau très typique du XXe siècle, s’ornent très généralement de plantes aquatiques, sagittaires et nymphéas principalement (Vichy, thermes des Dômes), et les Caisses d’Épargne (Aubusson, Nevers), qui affichent parfois un lien de bon aloi avec une ruralité encore proche. Enfin, quelques édifices cultuels adoptent le végétal comme principal accompagnement architectural (Briare).

Lorsque vous flânerez en ville, ne soyez plus étonné de découvrir des plantes partout. Il s’agit encore d’un témoignage de cette fameuse tendance horticole qui a tant marqué les deux derniers siècles et qui fait durablement partie de notre culture.

HERBIERS DE PIERRE: LES NETTOYER SANS LES DÉGRADER

Aujourd’hui, lorsqu’apparaissent échafaudages et bâches en vue du nettoyage des façades, on
tremble devant le risque de dégradation des sculptures par un décapage trop vigoureux, dont certains monuments ont déjà fait les frais. Heureusement, le classique sablage qui a érodé tant de monuments a, depuis quelques années, fait place à des techniques plus douces, bien connues de la conservation des monuments historiques : hydrogommage, nettoyage au laser et autres. Même de pierre, un herbier se manipule avec précaution, surtout s’il appartient au patrimoine!

Daniel Lejeune
Administrateur en charge de la bibliothèque de la SNHF.