De la treille au kiwi à l’assaut de nos murs !

Autrefois incontournable, la treille de vigne, faute de pouvoir protéger la plante contre le mildiou, a presque disparu de notre campagne. Le kiwi a pu être vu comme son remplaçant, mais lui aussi doit faire face aux maladies et ravageurs.

La traditionnelle treille au-dessus de la porte de ferme sur un mur bleui par le sulfate de cuivre ne se rencontre plus guère dans nos campagnes. Non seulement les fermes tradition­nelles ont presque disparu, mais surtout l’usage du cuivre est désormais limité et ne permet plus de protéger correctement la vigne du mildiou…

Certains ont tenté de remplacer la vigne par le kiwi dont les plantations, tant chez les professionnels que chez les amateurs se sont développées depuis les années 1970, mais nous n’avons pas à faire à la même consommation : certes le kiwi et le raisin présentent une certaine similitude gustative, mais les périodes de consommation sont très différentes !

© D. Veschambre

L’attractivité du raisin et du kiwi, la nouvelle diversité de l’un comme de l’autre par des types différents, les bouleversements liés tant au changement climatique qu’aux créations variétales méritent l’attention du jardinier.

Cicatrice du gel de 1985 (-18 °C) sur tronc de kiwi (planté en 1975). Le tronc éclaté ne s’est jamais vraiment refermé, mais le pied produit malgré tout quarante ans après !

Prévoir l’exubérance et la frilosité

Certes les Vitis et les Actinidia sont des plantes fort différentes, ne serait-ce que par la feuille et les fruits. Cependant des traits communs les rapprochent, conduisant à une certaine vigilance au jardin !

  • Des tiges très vigoureuses pouvant croître de plusieurs mètres en un été et une propension à tout recouvrir de leurs larges feuilles obligent à limiter leur expansion ! Plusieurs rognages ou élagages ciblés sont nécessaires pendant la saison, sans compter la taille hivernale.
  • Un accrochage solide : les tiges de kiwi, lorsque l’extrémité perd de sa vigueur, s’enroulent sur tout support à leur portée. Il ne faut pas hésiter à rabattre la tige pour redonner de la vigueur.
  • Les tiges de vigne sont garnies de vrilles en Y très efficaces.
  • Une grande sensibilité aux gelées printanières, surtout le kiwi qui débourre trois semaines avant la vigne, oblige à vérifier la localisation géographique et l’exposition des plantes : un seul matin de gel suffit pour détruire les jeunes pousses portant les boutons floraux ou les futures grappes.
  • Les grands froids hivernaux concernent les régions d’altitude, mais certaines années restent gravées dans les mémoires : 1956 pour la vigne, 1985 pour le kiwi.
  • Une certaine sensibilité aux coups de soleil, surtout si le palissage des kiwis et de la vigne est réalisé sur un mur exposé plein sud : les feuilles de kiwi et même les fruits peuvent facilement « griller » en été par temps venté chaud et sec. Il ne faut pas oublier l’origine des kiwis : le sud-est asiatique. De même, les baies de raisin, insuffisamment protégées par les feuilles, peuvent être affectées : attention aux effeuillages trop précoces !
© D. Veschambre

Le kiwi : une plante à surveiller de près !

Le premier kiwi cultivé en France fut Actinidia chinensis var deliciosa variété Hayward, qui est dioïque, obligeant de planter un pied mâle en plus du pied femelle productif. La pollinisation est obligatoirement faite par les insectes, abeilles principalement. Sa conservation peut se faire pendant plusieurs mois. On trouve depuis les années 1990 des variétés autofertiles comme Jenny. Actinidia chinensis est produit en France depuis les années 1970 pour les types verts (comme Bruno ou Monty, dioïques) et depuis les années 2000 pour les types jaunes à l’arôme plus marqué, comme Gold ou Golden également dioïque et maintenant à chair rouge. De nouvelles espèces sont maintenant proposées aux amateurs.

Le kiwi est exigeant en eau pendant toute la période végétative, pour alimenter ses larges feuilles et sa croissance rapide l’ir­rigation est indispensable. En revanche, il craint les sols hydromorphes qui se ressuient mal en hiver et au printemps et favorisent Phytophthora megasperma et armillaire, détruisant le système racinaire. Planté en sol argileux, le terrain devra être profilé pour favoriser l’écoulement des eaux de pluie (plantation sur butte par exemple).

Pourvue d’un large système radiculaire, tant en surface qu’en profondeur, la vigne de table ne nécessite pas d’irrigation, sauf situation exceptionnelle.

La culture du kiwi, introduite dans les années 1970 en France et en Italie notamment, à partir du savoir-faire néo-zélandais pour le kiwi vert, Actinidia deliciosa, était réputée indemne de toutes maladies et ravageurs. Période idyllique qui ne dura point : le chancre bactérien des branches dû à Pseudomonas syringae pv. actinidiae (Psa) a été introduit par des plants contaminés et l’arrivée de la punaise diabolique, Halyomorpha haly, dont les piqûres provoquent des déformations de fruits et l’apparition de plages liégeuses jusqu’à la chute de fruits.

Exemples de raisins apyrènes © D. Veschambre

Les bioagresseurs à l’assaut de la vigne

La culture de la vigne, depuis l’Antiquité dans le bassin méditerranéen, a généré de très nombreuses variétés de raisin de table avec quelques grands types comme le Chasselas, le Muscat noir ou blanc (dans cette catégorie il faut signaler Amandin résistant au mildiou et à l’oïdium depuis 1980). Il existe aussi des nouveautés apyrènes1, très diversifiées en coloris et grosseurs de grains mais manquant souvent d’arôme. Certaines variétés sortent du lot.

La vigne de table ou de cuve (Vitis vinifera) ne rencontrait pas de vraies difficultés sanitaires, excepté la pourriture grise des grains et quelques vers de la grappe. Avec les grands voyages de la Renaissance, la vigne européenne suit les navigateurs et gagne dès le XVIe siècle toute l’Amérique puis l’Australie, l’Afrique du Sud… Le retour vers l’Europe survient au XIXe siècle avec quatre fléaux venant tous d’Amérique du Nord. Le mildiou (Plasmopara viticola)2 est arrivé en France à partir de 1850 et fait des ravages pendant vingt ans, combattu grâce à des traitements préventifs et répétés (10 à 15) avec la bouillie bordelaise (sulfate de cuivre neutralisé par la chaux). Le champignon se développe à la faveur de pluies abondantes et répétées. Les jeunes feuilles et grappes dès la floraison (fin mai-juin) sont très sensibles. L’usage du sulfate de cuivre (autorisé en AB) est désormais restreint pour des raisons environnementales à 4 kg/ha/an de cuivre métal soit six à huit applications par an à dose adaptée au volume de la végétation… et toujours avant la pluie !

Exemples de raisins apyrènes © D. Veschambre
Dégâts de mildiou sur grappe consécutifs à des contaminations peu après la formation des jeunes grains. La destruction des grappes peut être totale © D. Veschambre

L’oïdium (Erysiphe necator), lui, est arrivé en France à partir de 1848. Tel de la farine, l’oïdium se développe sur les feuilles et les très jeunes grappes généralement en juin et juillet, à la faveur de légers brouillards matinaux, en l’absence de pluies. La destruction des grappes peut être totale. Les applications de soufre, de préférence en poudrage, préviennent les attaques (autorisé en AB).

Le phylloxera fait son entrée en France en 1863. Sorte de puceron des racines, Daktulosphaira vitifoliae dévitalise les ceps. Il détruisit très largement le vignoble européen, sauf les vignes immergées en hiver. La solution est trouvée à partir de 1881 par greffage sur des porte-greffes résistants d’origine américaine (V. rupestris). L’insecte est toujours présent sur le territoire français et il est fortement déconseillé de planter des pieds de vigne sur ses propres racines (non greffés).

Enfin, le black-rot (Guignardia bidwellii) apparu en France en 1895, provoque un dessèchement des grains en juillet. Il est fréquemment confondu avec les dégâts de mildiou sur grappe.
D’autres maladies et ravageurs de la vigne apparaissent régulièrement. Dernière venue, la cicadelle africaine, Jacobiasca lybica, est apparue en France en 2024 (Corse, Var, Pyrénées orientales) : sa dangerosité pour nos vignes est inquiétante, car elle provoque la mort des ceps.

Taches de mildiou, face inférieure d’une feuille, avec léger feutrage blanc. Ces dernières années ont vu des attaques de mildiou très précoces (dès avril) liées à des conditions douces et humides et à des contaminations provenant des feuilles mortes de l’année précédente. Il est donc recommandé d’éliminer ces feuilles mortes ou de les enfouir dans le sol © D. Veschambre
« Meunier » ou « blanc » sur feuille de vigne © D. Veschambre

1 Sans pépins.
2 La dénomination mildiou (de downy mildew en anglais) cor­respond à des symptômes proches provoqués par différents champignons parasites comme Phytophthora infestans chez la tomate et Pseudoperonospora cubensis chez le melon et le concombre.