Culture in vitro : des plantes saines pour la Ville de Paris
Le laboratoire de culture in vitro, au Parc floral, permet une production de plantes saines pour la Ville de Paris. Il joue aussi un rôle essentiel dans le rajeunissement des collections anciennes et la conservation des espèces rares. Une mission primordiale pour le conservateur du Jardin botanique, Régis Crisnaire.
Le laboratoire de culture in vitro (CIV) de la Ville de Paris joue un rôle essentiel dans la production de plantes saines pour le Centre de production horticole (CPH). Chaque année, il fournit des milliers de vitroplants, jeunes plantes cultivées en laboratoire, destinées à devenir les pieds-mères utilisés pour multiplier les végétaux qui embellissent les parcs et jardins parisiens.

Une qualité sanitaire irréprochable
La méthode principale utilisée est la micropropagation, un procédé rapide et efficace permettant de multiplier les plantes à partir de fragments de tiges ou de bourgeons. Cette technique, qui produit rapidement de nombreux plants identiques, répond aux besoins du CPH, tout en garantissant une qualité sanitaire irréprochable.
En cas de suspicion de maladies, une approche plus spécifique est privilégiée : la culture de méristèmes. Situés au cœur des bourgeons, ce sont des cellules jeunes, protégées des virus. En les prélevant et en les cultivant, on obtient des plantes saines, même à partir d’individus contaminés. Cette technique, plus délicate, est essentielle pour des espèces comme les dahlias, souvent touchés par des viroses. Elle permet de produire des pieds-mères indemnes de maladies, assurant la santé des futures générations.
La culture in vitro est aussi précieuse pour les jardins botaniques de la Ville de Paris, notamment pour rajeunir des collections anciennes, gérer la germination des graines difficiles et conserver des espèces rares. Avec le temps, certaines plantes dégénèrent. Grâce à la micropropagation, il est possible de régénérer de nouvelles générations identiques, mais plus vigoureuses.
La culture in vitro aide également à lever les dormances des graines, un phénomène qui empêche leur germination naturelle. Certaines espèces rares nécessitent des conditions spécifiques pour germer. En laboratoire, les techniciens recréent ces conditions en ajustant la température, l’humidité et la lumière. Ils ajoutent parfois des hormones végétales, comme les gibbérellines, pour stimuler la germination. Cette méthode permet de cultiver des plantes qui ne germeraient pas dans des conditions classiques.
La conservation d’espèces rares
La conservation d’espèces rares est une autre mission essentielle. Certaines plantes menacées sont multipliées et conservées sous forme de cultures in vitro, ce qui permet de préserver leur patrimoine génétique. Ces collections peuvent être réintégrées dans les serres des jardins botaniques ou servir à des programmes de réintroduction.
Derrière ces techniques se cache un travail précis et minutieux. Les plantes sont cultivées dans des milieux nutritifs contenant eau, sucres, vitamines, sels minéraux et hormones végétales qui fournissent tous les éléments nécessaires à leur développement. Les manipulations sont effectuées sous des hottes à flux laminaire, garantissant une stérilité totale et protégeant les cultures des contaminations.
Chaque culture demande une surveillance rigoureuse. La température, l’éclairage et l’humidité sont soigneusement contrôlés pour assurer une croissance optimale. La production de certaines espèces, comme les dahlias, peut prendre plus de deux ans, mais cette patience garantit des plants sains, essentiels à la qualité des futurs pieds-mères.
En alliant micropropagation, culture de méristèmes, levée de dormances et conservation in vitro, le laboratoire de la Ville de Paris remplit une double mission : fournir au CPH des plantes robustes tout en participant à la préservation des collections botaniques. Ce savoir-faire discret mais précieux contribue à embellir la capitale et à préserver sa richesse végétale pour les générations futures.

Un travail au bénéfice des Parisiens
Au Parc floral, dans le bois de Vincennes (Val-de-Marne), sont installés trois laboratoires spécialisés dans la culture in vitro, où les professionnels travaillent en blouse blanche. D’autres procèdent aux analyses de sols parisiens, ou encore gèrent la graineterie du Jardin botanique. Les laboratoires ne sont pas ouverts au public, mais ces compétences bénéficient aux visiteurs du Jardin botanique, du Parc floral et de l’Arboretum de Paris dans le bois de Vincennes, au parc de Bagatelle et au jardin des serres d’Auteuil dans le bois de Boulogne, et également à tous les usagers des parcs et jardins parisiens, jusque dans l’espace public désormais très végétalisé par la ville de Paris. Le résultat ? Des plantes saines, variées, dans des sols bien contrôlés.
La culture in vitro est un outil qui devient incontournable en matière de conservation botanique. Ou plutôt… une boîte à outils ! Il y a une dimension quantitative en matière de CIV : produire en nombre des végétaux, tous identiques, de qualité. Le moment venu, ces capacités sont utilisées pour bâtir des programmes d’amplification d’espèces rares et menacées, parfois en coordination avec plusieurs institutions botaniques dans le monde entier. L’idée est de sauvegarder une espèce en danger critique d’extinction dans la nature, voire éteinte dans ses habitats naturels et conservée uniquement dans des jardins botaniques pour envisager sa réintroduction in situ, dans son aire de distribution d’origine, qui peut d’ailleurs être très réduite géographiquement.
Une banque de gènes en espace réduit
Aujourd’hui, c’est plutôt la dimension qualitative qui est exploitée : l’aptitude de la culture in vitro à garantir des conditions optimales pour faire grandir, germer, raciner voire faire végéter les plantes. Cette dernière dimension est peut-être inattendue, mais très utile. Elle fonctionne notoirement bien pour les plantes monocotylédones (orchidées, bananiers, graminées…). Par exemple, certaines variétés cultivées de cannas, d’origine tropicale ou subtropicale d’Amérique du Sud, peuvent végéter pendant plusieurs années – jusqu’à cinq ans ! – dans des tubes sous forme de sections de tiges. On décide alors de les régénérer en pleine terre, dans les serres d’Auteuil, en quelques mois et jusqu’à la floraison, pour le plus grand plaisir des visiteurs, et on recommence le cycle. Ainsi est constituée une véritable banque de gènes, dans un espace réduit et stabilisé : une autre forme de conservation végétale, notamment pour des plantes dont les semences ont un pouvoir germinatif limité.
Une autre application spectaculaire est la pratique du semis d’orchidées, en conditions stériles et contrôlées. Des capsules mûres issus de fructifications d’orchidées d’Auteuil sont ainsi régulièrement apportées jusqu’au laboratoire du Parc floral. La germination des orchidées demeure aléatoire et subtile mais, quand elle fonctionne bien, des centaines de plantules prometteuses sont générées : les meilleures seront repiquées dans des milieux adaptés, puis acclimatées le moment venu à l’air libre : retour aux serres d’Auteuil !

La force des réseaux
Ce qui est fascinant dans cette culture in vitro c’est qu’elle nécessite non seulement la maîtrise de techniques très pointues dans la composition des milieux, l’hygiène absolue, l’asepsie parfaite des tubes, la connaissance de l’anatomie végétale quand il s’agit de disséquer des méristèmes ou d’isoler des embryons végétaux… mais aussi et surtout une qualité de regard, celle du jardinier qui observe ses plantes, qui essaie, qui a le droit de se tromper et qui trouve, très souvent, des astuces qui mènent à la réussite.
Il existe une bibliographie importante et un gros volume d’expérimentations autour de la culture en masse de plantes vendues en jardineries, à forte valeur ajoutée. En revanche, nous sommes souvent démunis pour trouver des références sur la culture in vitro de taxons, d’espèces et variétés de plantes sauvages, rares ou très communes, mais sans application « commerciale ». La force des réseaux entre alors en jeu : le laboratoire de culture in vitro de la Ville de Paris est naturellement connecté à ceux d’autres institutions, qui échangent avec passion sur leurs bonnes pratiques, leurs succès et leurs échecs…
Il y a tant à chercher, et tant à découvrir ! Une seule certitude : si la culture in vitro reste discrète, mal connue, voire mal comprise par le public, elle est aussi une compétence particulièrement utile à la conservation des ressources phytogénétiques. Le maintien de la diversité végétale passe aussi par les tubes à essais du laboratoire.

Voir Jardins de France n°622 – La germination des orchidées : quoi de neuf ? (par Mélanie Roy et Marc-André Selosse)