Bambous : je t’aime moi non plus

Les bambous ont des exigences propres qu’il faut absolument respecter. Mais le point crucial pour être satisfait est de bien choisir sa variété. Afin de mieux comprendre les enjeux et tendances, nous avons rencontré Thomas de Reze, gérant de la SARL RezO-Plant pépinière1. Homme passionné, il dirige une pépinière qui propose près de 280 variétés de bambous.

Au sein de la pépinière RezO-Plant © F. Villeneuve

Une plante pas si facile

Les bambous jouissent d’une réputation de plante facile, mais la réalité peut être tout autre. Concernant les exigences climatiques (résistance au froid, besoin de chaleur), comme les variétés sont originaires de toutes les latitudes, sauf l’Antarctique, cela dépendra de la variété. Ainsi certaines variétés sont sensibles au gel et d’autres peuvent supporter des froids allant jusqu’à -20 °C. Les bambous préfèrent des sols légèrement acides à un pH compris entre 5,5 et 6. Dans les sols calcaires, ils vont chloroser et, pour les variétés traçantes, tracer plus. Ils aiment les sols frais mais pas les excès d’eau. L’eau stagnante leur est néfaste. Il faut éviter les sols lourds ainsi que les manques d’eau. Ils supportent difficilement les sécheresses. Ce sont des plantes gourmandes : il faut leur assurer une fertilisation régulière. Un déficit d’alimentation aura également tendance à induire des rhizomes plus importants.

Les bambous peuvent prendre très vite de la hauteur, ici le feuillage de l’année dernière et la hauteur des nouveaux chaumes (feuilles non déployées) © F. Villeneuve

Un système racinaire superficiel

Attention à la profondeur de plantation : en effet, le système racinaire est superficiel. Il faut donc ne pas les planter trop profondément, même si pour certaines variétés au stade adulte des racines peuvent se trouver jusqu’à 1,5 mètre de profondeur. En sol lourd et humide en hiver, il peut être nécessaire de planter sur ados (légères buttes).

En termes de maladies et ravageurs, il peut y avoir des pucerons, des cochenilles, des limaces et des acariens, en particulier Stigmaeopsis celarius (acarien du bambou) et Schizotetranychus bambusa. À noter quelques attaques de Fusarium possibles. En Chine, on observe un lépidoptère, Pantana phyllostachysae dont les dégâts peuvent entraîner la mort du bambou Moso, ce qui entrave considérablement la croissance de l’industrie du bambou dans ce pays. En France, les bambous sont très peu concernés et ce ravageur ne fait pas partie d’une réglementation en Europe.

Les bambous craignent le sel (chlorure de sodium) qui provoque des brûlures. En bordure de mer, un moyen efficace, après de forts embruns, est de laver le feuillage à l’eau claire.

Les espèces de bambou traçantes profitent des moindres interstices pour se développer © F. Villeneuve
Seules les barrières en polyéthylène haute densité de 2 mm d’épaisseur et de première génération permettent d’empêcher l’extension des rhizomes © F. Villeneuve

Plantation ou semis ?

La majorité des espèces/variétés ne sont disponibles que sous forme de plants mais certaines le sont sous forme de graines (principalement sur Internet). Il faut être attentif à la qualité des graines du fait que le taux de germination des lots de semences diminue rapidement, même si elles sont conservées au froid. La période juvénile, c’est-à-dire avant floraison, peut être très longue, par exemple pour P. edulis, elle est de l’ordre de quarante ans. Les plants, en fonction des variétés, peuvent provenir de section­nement des rhizomes, de division de touffes, de marcottage ou encore de multiplication in vitro.

Les Bambusa offrent un large choix et conviennent dans de nombreuses situations malgré leur origine subtropicale, ici B. multiplex 'Alphonse Karr' avec des couleurs rouges sur les chaumes © F. Villeneuve

Exigences des variétés traçantes

Comme vu dans le premier article de ce Grand Angle (p. 25), certaines espèces de bambous, avec leurs rhizomes traçants, peuvent devenir invasives (jusqu’à plusieurs mètres par an). Ce développement s’avère d’ailleurs potentiellement source de conflit avec les voisins. Ces variétés appartiennent aux genres Hibanobambousa, Pseudosasa, Phyllosasa ou Semiarundinaria et à un degré moindre Phyllostachys. Dans tous les cas, pour les variétés traçantes, il est indispensable de prévenir l’invasion par la mise en place d’une barrière anti-rhizome. Cette barrière a besoin d’être efficace dans le temps : il est illusoire de penser qu’un rhizome ne trouvera pas une anfractuosité pour s’y engouffrer. Il faut donc bannir les barrières faites avec des parpaings ou encore des agglomérés. La barrière la plus efficace est un polyéthylène haute densité épais (voir photo plus haut). La profondeur dépendra de l’espèce plantée : en général, prévoir une barrière entre 0,55/0,60 mètre jusqu’à 1,25 mètre pour les espèces géantes. Il faut également passer régulièrement pour couper les rhizomes voulant se développer au-dessus de la barrière. Hélas, les bambous, avec le temps, contournent toutes les barrières !

Il existe peu ou pas de moyen de se défaire de bambous traçants, sauf une excavation sur au moins 50 cm de profondeur. Un des moyens de ralentir la progression des rhizomes est de casser les nouveaux chaumes et de mettre du sel dans le tube de la canne.

Les cespiteux2, dits non traçants

Pour pallier les inconvénients des espèces de bambous traçantes, il a été proposé, principalement pour les aspects ornementaux, des espèces et variétés présentant le caractère cespiteux, c’est-à-dire formant une touffe qui néanmoins peut largement s’agrandir avec l’âge. Ce sont principalement des espèces et variétés appartenant au genre Fargesia, ayant l’avantage de résister relativement bien au gel. La pépinière RezO-Plant procure également différentes espèces et variétés du genre Bambusa qui sont originaires de zones subtropicales mais qui peuvent résister à des gels compris entre -4 °C et -9 °C. On peut ainsi concevoir leur plantation sans problème majeur sur un tiers de la France. Ils peuvent être plantés en plein soleil et mais il faut éviter les couloirs de vent du nord ainsi que les eaux stagnantes.

Des nouveautés sont régulièrement proposées, davantage issues de prospection dans la nature que de programmes de sélection. La sélection s’avère peu active compte tenu des délais de floraisons et du côté imprévisible de ces épisodes. Voilà pourquoi on manque de connaissances sur le système de reproduction et la pollinisation des bambous. La période végétative peut aller de quelques dizaines d’années à plus de cent cinquante ans selon les espèces. Les travaux chinois ont montré une diversité relativement faible du génome entier dans la population de bambous Moso, mais ont observé une variabilité non négligeable des caractéristiques phénotypiques et matérielles entre les populations étudiées. Néanmoins, une quinzaine de variétés ornementales issues d’hybridation interspécifique ont été sélectionnées et sont aujourd’hui proposées à la vente. C’est le cas de Fargesia nitida “Black Pearl” (F. nitida ‘Gansu’ X F. nitida 6)3.

Diversité des formes, des hauteurs et des couleurs des bambous © F. Villeneuve

Limites à la plantation de bambous

Légalement les bambous ne peuvent pas être plantés n’importe où. Tout d’abord, certaines mairies ont pris des arrêtés de non-plantation de bambous, qu’ils soient traçants ou non.

Ensuite, si la plantation est destinée à faire une haie, c’est l’article 671 du Code civil qui s’applique : pour les plantations dont la hauteur dépasse deux mètres, elles doivent être à une distance de deux mètres de la limite de propriété ou d’un mur et à une distance d’un demi-mètre pour les autres. Néanmoins, il faut vérifier si le PLU prévoit autre chose.

1 Située à Montauriol (47) entre Marmande et Bergerac,
https://rezo-plant.com/
2 Cespiteux : plante formant à sa base une touffe compacte
3 On peut retrouver toutes les créations de Hans Verweij sur le site : https://grassenerf.nl/nieuwe-fargesia-cultivars-bamboe/