Au potager, cultiver et protéger ses pommes de terre en développant le biocontrôle

La pomme de terre en agriculture conventionnelle est l’une des cultures les plus traitées. Au jardin toutefois, il est possible de se révéler plus « vertueux » et de la protéger grâce au biocontrôle. Comment lutter, dans ces conditions, contre le doryphore ou le mildiou?

Les doryphores attaquent la majorité des plantes de la famille des Solanacées © Hélène Rival – CC BY-SA 4.0

Ce que dit la loi

La loi interdit l’emploi des produits phytopharmaceutiques de synthèse dans les jardins d’amateurs. Cependant, le jardinier doit protéger les plantes qu’il cultive en acceptant parfois quelques dégâts. Le biocontrôle repose sur une combinaison de méthodes basée sur une fine observation des plantes dans leur milieu de culture et une bonne connaissance du cycle biologique des bioagresseurs, en lien avec les conditions microclimatiques. L’emploi mesuré et bien ciblé de substances autorisées dans les jardins, portant la mention « EAJ », n’intervient qu’en dernier ressort. Prenons l’exemple d’une plante emblématique du potager: la pomme
de terre.

Quel emplacement ? Quelles variétés ?

La première démarche consiste à offrir aux plantes les meilleures conditions possibles de croissance pour les rendre naturellement moins réceptives aux attaques des bioagresseurs(1*). L’emplacement de la culture, dans un sol correctement drainé et amendé avec une exposition qui reçoit un maximum de soleil le matin, est le premier atout. En fonction des objectifs de récolte, un choix variétal judicieux s’impose. La pomme de terre bénéficie d’un panel variétal descriptif particulièrement bien renseigné. Le Catalogue officiel français et européen indique, pour un très grand nombre de variétés, sous forme de fiches, les descriptifs culturaux et d’utilisation(2*).

Il convient d’être particulièrement attentif aux caractéristiques indiquant la précocité, mais aussi aux informations sur la sensibilité ou la tolérance au mildiou et aux autres maladies, notamment virales, ainsi qu’aux ravageurs. Pour le mildiou, maladie la plus redoutée sur la plante, l’information distingue la sensibilité du feuillage de celle des tubercules. La moindre sensibilité pour le feuillage est particulièrement intéressante dans le cas d’une
culture pour récolte précoce. On privilégiera une meilleure
tolérance au mildiou du tubercule pour les cultures plus tardives de pommes de terre de conservation.

Le maintien des plantes en bonne santé passe nécessairement par l’usage de techniques culturales adaptées, à commencer par le respect des densités de culture et la maîtrise de l’enherbement, qui favorisent la circulation de l’air autour des plantes, indispensable pour le ressuyage du feuillage après une pluie ou un arrosage. La fertilisation doit éviter tout excès d’azote. Deux bioagresseurs majeurs sont à contrôler: les doryphores et le mildiou.

Le mildiou est reconnaissable au duvet blanc sur les jeunes pousses, qui prennent très rapidement un aspect huileux puis brunissent. Les parties attaquées noircissent © M. Javoy

Lutter contre les doryphores

Les premières contaminations par les doryphores (Leptinotarsa decemlineata) se font à partir d’adultes conservés dans le sol qui vont émerger lorsque sa température atteint régulièrement 14 °C. Le contrôle de la température du sol à l’aide d’un thermomètre approprié est recommandé pour déclencher les premières observations du feuillage. Elles devront commencer par les bordures extérieures de la parcelle (endroits les plus ensoleillés). Les premières pontes éclosent en 4 à 10 jours et les premiers dégâts des larves débutent. Le cycle complet de l’insecte dure 5 à 6 semaines et les générations se superposent. Sachant que les doryphores attaquent la majorité des plantes de la famille des Solanacées, il est souhaitable d’éliminer les plantes adventices de cette famille notamment les morelles et les belladones pour ne pas constituer de foyers réservoirs.

À la découverte des premiers foyers, il est toujours possible de procéder à une élimination manuelle des insectes. Avant d’être débordé, il est souhaitable d’utiliser des produits commerciaux à base de pyrèthres, efficaces essentiellement sur les larves, moins mobiles et plus sensibles à l’insecticide. Ces produits doivent être utilisés avec parcimonie car ils ne sont pas sélectifs et détruisent également les auxiliaires. L’action par ingestion du feuillage traité est limitée par la dégradation rapide du produit par la lumière solaire. Tenant compte de ces contraintes, il est souhaitable d’utiliser les produits à base de pyrèthres dès le début des attaques, de manière localisée sur les foyers et le soir par temps couvert. Si, malgré cette intervention, l’attaque progresse, la protection doit être poursuivie par l’utilisation d’un insecticide à base d’huile de colza qui agit par asphyxie des œufs et des larves par contact. Ces produits sont sans risques pour l’homme et sans impact notoire sur l’environnement. Il faut aussi savoir que la pomme de terre accepte un certain niveau de défoliation sans perte de récolte. Vous pouvez consulter utilement les fiches du guide d’observation et de suivi des bioagresseurs au jardin disponible sur Jardiner Autrement (3*).

Connaître et lutter contre le mildiou

Le cycle complet du doryphore dure 5 à 6 semaines et les générations se superposent © MarkusHagenlocher GFDL/CC-BY-SA

Le mildiou est engendré par le champignon Phytophtora infestans, qui se conserve dans le sol ou sur des tubercules infectés. Les contaminations du feuillage résultent de la dispersion des spores par les pluies, les arrosages et le vent.

La maladie apparaît en foyers isolés pouvant, en conditions favorables, se généraliser en quelques jours et aboutir à une destruction totale de la végétation. Elle est reconnaissable au duvet blanc sur les jeunes pousses, qui prennent très rapidement un aspect huileux puis brunissent. Les parties attaquées noircissent(3*).

La protection contre le mildiou débute par la bonne connaissance de la biologie du champignon. Les attaques de mildiou, pour s’installer et prospérer, requièrent une pluie ou une rosée abondante suivies d’une période d’humidité de l’air saturée avec des températures comprises entre 10 et 25 °C. Le Bulletin de santé du végétal de la filière pomme de terre de votre région(4*) pourra utilement vous renseigner sur les périodes à risque de survenue des attaques. Dans la période à risque, vous devrez vous livrer de manière méthodique à une observation fine et régulière de votre culture. Il est recommandé de commencer par les zones à risque : celles qui reçoivent le moins de lumière directe du soleil au cours de la journée, celles qui sont abritées du vent, celles qui sont réputées
demeurer les plus humides.

Les mesures prophylactiques sont essentielles, notamment la plantation de tubercules sains et la rotation des cultures. En conditions météorologiques favorables au développement du champignon, la protection doit se faire sur toute la parcelle, dès la détection du premier foyer, par pulvérisation d’une solution à base de cuivre choisie parmi les produits commerciaux portant obligatoirement la mention EAJ (emploi autorisé dans les jardins). Les doses d’emploi préconisées doivent être impérativement respectées. La répétition des traitements peut se révéler nécessaire selon l’évolution des conditions météorologiques qui agissent sur l’évolution du risque, mais aussi sur la persistance de la protection apportée par le traitement (risque de lessivage par la pluie). Bien entendu, les arrosages par aspersion, quand ils sont nécessaires, doivent toujours être réalisés le matin d’une journée ensoleillée pour obtenir un séchage rapide des feuilles.

En cas d’attaque tardive de mildiou sur une culture dont les
tubercules sont proches de la maturité, il convient de couper
et de supprimer le feuillage pour éviter la descente du champignon sur les tubercules, qui entraînera des pourritures en
cours de conservation. Cet exemple de protection de la pomme de terre contre ses deux principaux agresseurs illustre la bonne démarche de biocontrôle, qui combine un minimum de connaissances, un solide sens de l’observation minutieuse et méthodique et la prise en compte de l’ensemble des techniques
culturales.

 

Michel Javoy
Chef de projet épidémiosurveillance à la SNHF, conseiller horticole retraité

 

(1*) Le mot bioagresseur désigne l’ensemble des ravageurs
et des maladies susceptibles d’induire un préjudice aux plantes.

(2*) Site www. plantdepommedeterre.org>index les-variétés>

(3*) www.jardiner-autrement.fr

(4*) Abonnez-vous gratuitement aux BSV sur le site BSV de la filière pomme de terre de votre région ou retrouvez-les sur www.jardiner-autrement.fr