Apparition de la vigne sur Terre : des circonstances exceptionnelles

Les vitacées (Vitaceae) représentent une famille de plantes, souvent des lianes, à laquelle appartiennent les vignes domestiques (Vitis vinifera).

Les plus anciens fossiles de la famille des vitacées à laquelle appartiennent les vignes, découverts en Inde, datent de 66 millions d’années. Une nouvelle découverte, cette fois dans les Andes (en Colombie), de fossiles de graines de vitacées a révélé un âge de 60 millions d’années.

Disparition des dinosaures, avènement des vignes

Ces deux dates, que l’on peut considérer comme similaires, compte tenu des incertitudes attachées aux datations absolues, correspondent, chronologiquement, à l’évènement majeur qu’a connu la Terre à la fin du Crétacé : la cinquième extinction de masse qui a vu disparaître environ 50 % des espèces, dont les dinosaures non aviens, il y a 66 millions d’années. C’est la crise Crétacé-Paléogène.

Elle est due principalement, c’est en tout cas l’hypothèse généralement admise par la communauté scientifique, à la rencontre d’un énorme astéroïde (dont le diamètre est estimé entre 11 et 81 km) avec la Terre, impact localisé sur la presqu’île du Yucatan au Mexique. Ce cratère a un diamètre de 180 km.

Cet impact a, entre autres, projeté dans l’atmosphère une quantité phénoménale de particules qui finissent par englober totalement la planète et sont à l’origine d’un long hiver climatique. L’absence de lumière solaire, ou en tout cas sa forte diminution, arrête net la photosynthèse et les végétaux dépérissent rapidement, entraînant la quasi-disparition des herbivores, dont les dinosaures, et le déclin de 50 % des carnivores.

Scène d’un symposium à Paestum, en Italie vers 480-470 avant notre ère, attestant de la consommation de vin dès la Grèce antique © Carole Raddato (CC by-SA)

Développement des grimpantes

La flore est donc totalement remaniée et de nombreuses espèces disparaissent, libérant ainsi certaines niches écologiques. On estime également que les grands herbivores qu’étaient les dinosaures avaient un impact certain sur les écosystèmes forestiers. Ils auraient ainsi permis le maintien de forêts plutôt ouvertes compte tenu de leur gabarit et de leur poids. À la suite de leur extinction, ces forêts seraient devenues plus denses et compactes, entraînant le développement de plantes grimpantes comme les vitacées.

En parallèle le développement important des oiseaux et des mammifères, qui consomment les fruits, aurait favorisé l’extension géographique de ces plantes, comme semble le montrer la découverte nouvelle de fossiles de graines dans quatre paléoflores datées de 60 à 19 millions d’années (Colombie, Panama et Pérou).

Sur le continent européen, les plus anciens fossiles de vitacées connus à ce jour datent de l’Éocène (40 millions d’années). Ils ont été trouvés notamment en Allemagne, en France, en Espagne, au Kazakhstan, en Bulgarie…

La spéciation de V. vinifera (la vigne cultivée) est un évènement complexe qui s’est déroulé sur plusieurs millions d’années. On estime généralement qu’elle a eu lieu au Miocène supérieur, il y a environ cinq à dix millions d’années.

Quant à la culture de V. vinifera, elle remonte au Néolithique, soit il y a environ 8 000 à 10 000 ans.

Le plus ancien fossile de raisin de l’hémisphère occidental, vieux d’environ 60 millions d’années et provenant de Colombie. La figure du haut montre un fossile (à gauche) accompagné d’une reconstruction par tomodensitométrie (à droite). La figure du bas montre une reconstruction par une artiste, Pollyanna von Knorring © Fabiany Herrera