Aménagement paysager : le bambou mérite une place de choix
Didier et Annie Fogaras ont découvert le bambou quand ils étaient encore étudiants en horticulture. Séduits par la diversité du genre (2 000 taxons dans le monde, 400 en France), les différentes couleurs des cannes et des feuilles, la diversité de leur développement, ils se sont laissés envahir dans leurs lectures, leurs visites de jardins, leurs voyages. Ce groupe végétal s’est installé dans leur vie, familiale et professionnelle.

Avec l’équipe de leur entreprise Créa’Paysage, créée en 1987 dans le Morbihan pour assurer la production de plantes et la création de jardins, Didier et Annie Fogaras ont recherché de quelle meilleure façon les bambous pouvaient accompagner leur activité à long terme. Et au fil des années, ils les ont collectionnés, multipliés, plantés, entretenus dans de nombreux jardins, dans toutes les régions de France.
Bien connaître, pour bien utiliser
Soucieux, depuis près de quarante ans, de comprendre les besoins des bambous, de trouver leur place dans l’aménagement des jardins et de mettre en valeur leur esthétique, ils ont acquis une connaissance largement reconnue. Les échanges ont été multipliés au fil de toutes ces années, avec les collectionneurs de l’AEB (Association européenne du bambou), des spécialistes reconnus comme les botanistes Jean-Yves Le Sueff et Jean-Pierre Demoly, les pépiniéristes de l’association Plantes & Cultures, et nombre de jardiniers, amateurs ou professionnels. De nombreux livres consacrés aux bambous ont aussi été une large source de formation, ainsi que les retours d’expériences partagés, les congrès et les voyages.
Didier Fogaras se souvient de sa découverte, à La Réunion, du Nastus borbonicus (appelé le « calumet »), qu’il n’est malheureusement jamais arrivé à cultiver, ou encore, au Népal, des bambous de la Langtang Vallée, dont le Thamnocalamus spatiflorus ‘Lang Tang’. Celui-ci en revanche est une plante qu’il propose aujourd’hui à son catalogue, les clients appréciant sa forme élancée, fine et retombante.
Citons encore le Bambusa vulgaris ‘Warnin’ et le Bambusa ventricosa, découverts lors d’un voyage au Vietnam, le Bambusa lako au Queensland en Australie, le Chusquea au Chili. Toutes ces expéditions, accompagnées d’experts, ont donné lieu, au retour, à des essais de cultures, avec leurs défaites et leurs victoires. Et, dans ce cas, à de belles installations qui ont contribué au succès de son entreprise.
Le bon bambou au bon endroit
Parmi les nombreuses espèces proposées par l’entreprise, se trouvent les bambous qui seront le mieux adaptés à la taille de l’espace à aménager. Ils peuvent aussi trouver leur place sur les terrasses et balcons, dans une poterie, ou au jardin pour des utilisations particulières comme celle de brise-vent ou de pelouse (le bambou est une graminée…). Les bambous aiment côtoyer les vivaces, les rosiers, les arbustes, les arbres. Les contrastes de leurs couleurs, leur souplesse, leur rigidité, leur rondeur, leur finesse évoquent la vie elle-même, avec son lot d’accords et d’oppositions.
Beaucoup de bambous ont mal été utilisés dans les jardins, les espèces mal choisies. Or, le challenge est de bien comprendre les conditions de cette installation pour sélectionner ceux qui s’adapteront le mieux, parmi une centaine de bambous disponibles à la vente.
Une bonne connaissance des plantes et de leur milieu est essentielle pour faire les bons choix, ainsi que la prise en compte des conditions climatiques. Nos habitats aujourd’hui s’assèchent, ce qui justifie l’utilisation de bambous de climat sec. Cette pépinière bretonne en propose déjà un large choix.
La propre maison de Didier et Annie Fogaras est un écrin pour les bambous, avec notamment en intérieur une potée de Bambusa vulgaris ‘Vittata’, et un rideau de grands bambous en bordure de terrasse. La réalisation d’une ligne de fuite qui aboutit à une véritable forêt est l’une des mises en scène qu’ils préfèrent, créée chez eux, mais aussi dans de nombreux jardins qu’ils ont aménagés.

Des plantes intégrées au décor et à l’environnement
Depuis près de quatre décennies, les réalisations de l’entreprise en matière d’aménagement de jardins montrent l’utilité des bambous, aussi bien pour le plaisir de leur esthétique que pour leur rôle au bénéfice de l’environnement.
Le Pleioblastus pygmeus, utilisé en couvre-sol, constitue des pelouses, à tondre ou à laisser en développement libre et, dans ce cas, à tailler l’hiver. Il faut le laisser envahir le site, bordé cependant par un barrage racinaire en PVC de 0,60 mètre de profondeur, fermé par une bride inox. Dans cette coulée de bambous nains, des arbustes et des arbres peuvent enfouir leurs profondes racines, et se développer en complément.
Limités entre 0,20 et 1,50 mètre, les bambous nains à feuillage panaché éclairent les espaces : Arundinaria argenteostriata ‘Disticha’, Arundinaria argenteostriata ‘Pygmea’, Arundinaria auricoma, Sasa veitchii ou encore le X Sasinaria ramosa.
Les petits bambous, jusqu’à 4 mètres de hauteur, servent à fermer des vues, à créer des silhouettes. L’un de leurs intérêts est leur côté svelte et élancé, tourné vers le ciel. Parmi eux cependant, figurent de grands envahisseurs et des cespiteux (rhizomes pachymorphes). Citons l’intérêt pour les jardins des Arundinaria graminea ; Chimonobambusa macrophylla ‘Intermedia’ ; Pseudosasa japonica ‘Tsutsumiana’. Ou encore de tous les Fargesia, dont le nom rend hommage au père jésuite Farges qui fut le premier à les décrire.
La silhouette du Fargesia jiuzaighou, avec ses chaumes de 2,50 mètres de hauteur, de couleur lie-de-vin, légèrement dégarnis de leur base quand ils sont à mi-ombre, est un délice au regard ! Les chaumes du Fargesia robusta ‘Wolong’, qui atteignent 4 mètres de hauteur, ploient sous la pluie mais se redressent dès les premiers rayons de soleil.
Du jardin de ville à la dense forêt
Les bambous moyens sont très utiles dans les jardins de ville, pouvant constituer des brise-vues sur pratiquement trois étages (8 à 9 mètres). Il faut les planter à une distance de 2 mètres du voisinage, et les contenir par un barrage racinaire d’un seul tenant, de 0,60 à 1,00 mètre de profondeur en fonction des sols, et fermé par une bride inox. L’un de nos préférés est le Semiarundinaria fastuosa, peu traçant, très rustique, et magnifiquement décoratif…

Le Phyllostachys aurea ‘Koï’ est aussi très élégant, avec ses cannes nouées, ses chaumes rayés de vert, son port vertical et sa cime arrondie. Nous utilisons aussi les Phyllostachys aureosulcata ‘Spectabilis’ et ‘Aureocaulis’, dont les chaumes jaunes vivifient les espaces un peu sombres, le Phyllostachys glauca, aux cannes bleutées, et bien d’autres.
Au nord de la Loire, des géants comme les Phyllostachys vivax, et notamment la variété ‘Aureocaulis’, se développent merveilleusement bien et finissent par former des forêts de plus de 10 mètres de hauteur. Une taille d’éclaircissement permet de créer des cheminements et des clairières. À utiliser uniquement lorsque les espaces à planter le permettent !
Mention particulière aux Chusquea, genre de bambous au chaume plein originaire d’Amérique du Sud (Chili, Argentine, Venezuela…) : Didier et Annie Fogaras s’intéressent à ceux qui se développent au sud du désert d’Atacama, jusqu’au nord de la Patagonie. Leur collection a été labellisée en 2022 par le CCVS (Conservatoire des collections végétales spécialisées).