À l’aise avec la punaise, décontracté avec les araignées… Pour une cohabitation apaisée !

La cohabitation avec les animaux sauvages est parfois difficile, surtout s’ils sont petits, s’ils ont une mauvaise réputation et s’ils sont attirés par des plantes grimpantes, plaquées contre nos habitations. Pourtant, peu importe leur taille, ils sont tous inoffensifs et ne rentrent quasiment jamais dans les habitations. En tout cas, ce ne sont pas les plantes qui seraient à l’origine de leur présence dans nos intérieurs.

Pourtant les croyances restent nombreuses, comme la prétendument dangerosité des frelons ou le fait que les araignées rentreraient dans les maisons en hiver. Voyons cela, en nous basant sur les faits et l’idée du livre Facettes fascinantes de belles bêtes (voir ressources), qui présente quatre points de vue différents sur des animaux mal aimés ou craints. Celui des « gens normaux1 », celui des spécialistes, celui des écologues et celui des animalistes.

L’abeille butineuse ne devrait pas inquiéter dans les habitations © F. Lasserre

Des frelons et des guêpes

Prenons un exemple. Lorsqu’on est animaliste, on peut trouver que les frelons, qu’ils soient originaire d’ici ou d’ailleurs, sont magnifiques, étonnants, agiles et l’on sait en plus qu’ils sont inoffensifs en dehors de l’abord immédiat du nid. Lorsqu’on est écologue, généralement avec un regard égocentré, on sait que les frelons nous apportent beaucoup d’avantages écologiques. Parmi eux, il y a la prédation sur divers insectes ou autres petits animaux qui peuvent nous ennuyer, dont des chenilles ou des mouches, il y a aussi la pollinisation de fleurs variées sur lesquelles les frelons se posent et butinent en compagnie des très nombreux pollinisateurs qui nous entourent. Ces faits concernent tous les frelons et presque toutes les autres sortes de guêpes, sociales ou solitaires, comme nous allons le voir. Mais ce n’est généralement pas l’avis de tout le monde, des « gens normaux », surtout lorsqu’on est mal informé et qu’on laisse la culture ambiante et nos ressentis nous guider.

Pourtant, on peut porter sur les animaux mal aimés un autre regard et oublier les quelques anecdotes qui ne font pas du tout le poids face à la réalité des choses. Exception faite lorsque l’on est directement touché, comme en apiculture, par certaines populations de frelons.
Autre exemple, une guêpe peut être vue de bien des manières. De façon spontanée et irrationnelle, on y associe des mots comme « piqûre », « douleur », « moche », « peur » ou « tuer », au point qu’il semble tout à fait normal de (faire) détruire un nid de guêpes qui, pourtant, ne nous piquent pas. Non seulement c’est inutile s’il est à plus de quelques mètres de nous, mais en plus cela nous prive d’une grande utilité écologique. En effet, vues par les entomologistes, ces guêpes rayées jaune et noir sont sociales, alors qu’il existe des milliers d’espèces de guêpes solitaires, et elles nous ignorent totalement loin du nid. À l’entrée de leurs nids, il y a des gardiennes, comme les abeilles des ruches, et il vaut mieux éviter de se trouver à moins de cinq mètres environ. En revanche, en dehors du nid, à l’instar d’une abeille, une guêpe ou un frelon sont inoffensifs. Il suffit de ne pas les coincer contre soi et elles nous ignorent, malgré leur culot parfois lorsqu’elles s’approchent tout près.

En dehors du nid, à l’instar d’une abeille, une guêpe ou un frelon sont inoffensifs © F. Lasserre
Les plantes grimpantes sont souvent un lieu de refuge, ici la punaise gendarme, Pyrrhocoris apterus, forme des groupes pour se chauffer au soleil © F. Villeneuve

Ces guêpes sociales sont surtout des prédatrices efficaces. Elles vivent en nombre et ont besoin de nourrir leurs larves avec des proies ou des cadavres d’animaux qui traînent (parfois dans nos assiettes). Voilà pourquoi les écologues les voient aussi comme des régulatrices de populations d’insectes, et des recycleuses de chair morte (nécrophages), en plus d’être pollinisatrices. Si les produits carnés nourrissent les larves, les adultes, eux, butinent pour se nourrir. Leur présence régulière sur les fleurs permet ainsi de féconder de nombreuses fleurs, dont une grande partie ignorée des abeilles. Les nombreux pollinisateurs (plus de dix mille en France hexagonale) se répartissent les fleurs en partie en fonction de la profondeur de celles-ci. Mouches et guêpes, avec leurs courtes bouches, butinent de nombreuses fleurs ignorées des abeilles ou papillons.

Nos plantes grimpantes et leurs fleurs peuvent donc attirer divers pollinisateurs, dont des frelons et autres guêpes. Mais en quoi ces insectes seraient-ils différents des abeilles ? Avoir des abeilles, des guêpes ou des frelons, c’est exactement pareil. Est-il utile de rappeler la tenue qu’il faut porter lorsqu’on prélève (vole) du miel aux abeilles ? La tenue des apiculteur•trices est en effet une protection contre les attaques des gardiennes. Les ballets de tous les insectes et leurs vrombissements autour de certaines fleurs peuvent ainsi être considérés comme la bande-son du printemps et de l’été.

Les mouches, insectes mal estimés

Quid des mouches ?

On peut ajouter à ces remarques l’ensemble des mouches, dont les mouches vertes, qui sont souvent vues comme particulièrement « moches », voire « sales ». Pour les entomologistes, au contraire, elles sont des mouches dorées, non pas poilues mais soyeuses (poils = soies chez ces animaux). Pour les écologues, elles sont d’excellentes et irremplaçables pollinisatrices, des recycleuses de matières organiques qui traînent et des proies pour de nombreux oiseaux, par exemple. Pour les animalistes, elles ne sont pas intrinsèquement sales, puisqu’au contraire, on les voit très souvent en train de se laver. Et lorsqu’elles vont sur des excréments cela permet de les recycler en nourrissant leurs asticots. Les animalistes savent aussi que ces animaux sont très sensibles. On pense même que certains insectes, comme les vertébrés, sont des êtres « sentients » (cf. concept de la sentience), capables de ressentir le monde un peu comme nous, avec des sensations positives et négatives, de la douleur, des pensées subjectives et un intérêt à exister.

Les araignées : inoffensives

Qu’en est-il de notre cohabitation avec les arachnides, et plus particulièrement les araignées ? Si certaines peuvent installer leur toile dans des plantes, elles restent parfaitement inof­fensives. Les idées reçues à leur sujet sont surprenantes : selon la croyance populaire présente dans toutes les strates de la société, elles piqueraient, ou plutôt mordraient, mais uniquement la nuit lorsque nous avons les yeux fermés. Nos cerveaux nous jouent décidément des tours, et nous manquons souvent de pensée critique à l’égard des idées reçues qui circulent sur de nombreux animaux. Si une araignée peut essayer de se défendre lorsqu’on la serre dans la main (mais qui fait ça ?), ce que nous prenons pour des « piqûres d’araignées » sont en fait des piqûres d’insectes suceurs de sang, eux, et généralement des moustiques pour lesquels nous avons davantage réagi que d’habitude. Mais pas une araignée, surtout sans jamais aucune preuve, ni en ne les voyant jamais faire !

Autre fausse croyance : ces animaux à huit pattes ne rentrent pas dans les maisons en hiver. Elles y sont déjà et toute l’année ! Mais seules environ trois espèces sont fréquentes et à la fin de l’été, les mâles sont mûrs sexuellement. C’est alors qu’ils sortent de leur toile qu’ils ne quittent normalement pas et qui se trouve aux seuls endroits où on ne passe pas l’aspirateur. C’est une corrélation illusoire pour notre cerveau qui associe, à tort, le froid dehors et la présence des araignées à l’intérieur. Celles-ci rentrent bien dans les maisons, mais avec des meubles, des bûches de chauffage ou lorsqu’elles sont petites et s’émancipent, par exemple.

Une méthode de chasse de l’araignée © F. Villeneuve

De plus, les petits animaux qui vivent dans les maisons trouvent le moyen de s’y installer, un jour, quoi qu’on y fasse. Et ce ne sont pas les plantes grimpantes qui les aident. L’immense majorité des insectes ou arachnides qui vivent autour de nos habitations n’ont aucun intérêt à y entrer. Seules quelques coccinelles ou punaises peuvent chercher avant l’hiver à entrer dans notre « grotte » (notre habitation) et à s’y abriter pour l’hiver. Mais la chaleur les empêche de se mettre en veille (diapause), il est alors préférable de les remettre dehors, voire de leur proposer un abri à l’endroit où elles entrent, généralement côté sud de l’habitation.

Quoi qu’il en soit, les petites bêtes sont toutes inoffensives et leur présence autour de nous serait même à souhaiter. Non seulement parmi elles il y a des pollinisatrices, mais également des prédatrices. Avoir des araignées permet de limiter les populations de mouches. Avoir un nid de guêpes permet de tuer des dizaines de milliers de proies chaque jour au printemps et en été. Et surtout, ces présences inoffensives nous apportent de la compagnie et nous offrent des rencontres insolites !

1 On entend ici par « gens normaux » les personnes qui n’ont pas de connaissances spécifiques dans le domaine et qui peuvent être imprégnées de présupposés s’avérant souvent inexacts.

Facettes fascinantes de belles bêtes. François Lasserre. Belin, 2024. Quatre points de vue sur vingt-quatre espèces animales plutôt mal aimées, pour aiguiser davantage notre esprit critique et notre compassion à l’égard de tous les animaux non humains.

www.belin-editeur.com/facettes-fascinantes-de-belles-betes