À la découverte du langage secret des fleurs
Si l’on remonte loin en arrière, à la Préhistoire, il était déjà de coutume d’offrir des fleurs. Au fil du temps, cette tradition a évolué. Depuis le XVIIIe siècle, la symbolique s’est affinée et chacune des fleurs a sa propre signification. Partons à la découverte de ce langage secret !

L’importance des fleurs dans la vie en société, comme dans les traditions religieuses, remonte à la Préhistoire. À cette époque, on attribuait déjà aux plantes des vertus médicinales. Offrir des fleurs à une personne, c’était donc l’aider à être en pleine santé. Au Moyen Âge, l’Église catholique ne permettant pas aux couples de se montrer de l’affection en public, il leur revenait de montrer leur amour par les fleurs.
coutume persane a semble-t-il participé au développement du langage des fleurs. Celles-ci étaient utilisées couramment pour envoyer tout type de message, pour tout type de relation, pas seulement entre amoureux. Le choix des fleurs, leur couleur, leur parfum, leur nombre, la façon dont elles étaient arrangées… tout ceci avait une signification cachée.
Le langage des fleurs a ensuite été importé et développé en Europe par les Anglais. Réputés pour leur puritanisme, ils avaient choisi la plus belle des façons d’exprimer leurs sentiments : le code secret des fleurs ! C’est sous l’ère victorienne que la symbolique florale a vraiment pris de l’ampleur.
Un nom a été donné, la « floriographie », pour désigner cet art subtil. Que le sujet est vaste ! Nous retiendrons, dans cet article, les fleurs coupées les plus vendues en France.
La rose, reine des fleurs… et de la floriographie ?
La rose est la reine incontestée des fleurs, celle qui a inspiré poètes et peintres à travers le monde. D’après la mythologie, la déesse-mère Cybèle la créa pour se venger d’Aphrodite, car seule la rose pouvait être comparée à la déesse de l’amour. Sa splendeur et son parfum symbolisent donc l’amour, et ses épines les blessures qu’il peut causer.
Comme l’amour peut être profond ou au contraire fragile, il pourra être subtilement exprimé par le choix de la couleur. Ce n’est un secret pour personne, la rose rouge est LA fleur de l’amour ardent et passionnel. La rose transmet plutôt la douceur et rend hommage à la beauté de l’être aimé. La blanche est idéale pour célébrer un mariage, un nouveau départ, ou simplement un amour naissant et sincère. La rose orange exprime davantage l’admiration et l’enthousiasme. Attention, le jaune symbolise la lumière et le soleil, mais il est associé à un sentiment délicat. Il pourra donc exprimer l’infidélité, voire la rupture.
Le lys, symbole de pureté et de la royauté
Si la rose est la reine des fleurs, le lys en est le roi. Les Anciens y voyaient le symbole de la pureté, de l’élégance et de l’innocence. Un jour que la déesse Héra, l’épouse de Zeus, allaitait le petit Hercule, quelques gouttes de lait se répandirent dans le ciel formant la Voie lactée, d’autres tombèrent à terre devenant des lys.
Le lys a également une forte connotation religieuse. Les chrétiens l’ont identifié à la mère du Christ, en évoquant la conception et la virginité. À l’époque de la royauté française, il accompagne les rois dans leur sacre, en leur donnant le pouvoir divin. Souvent, les lys blancs sont utilisés lors de mariages en signe de virginité et de pureté, ils peuvent l’être également pour célébrer la paix, ou en période de deuil, pour leur caractère éphémère. Le lys rouge est plutôt le symbole de l’amour passion.


L’oeillet, fleur des dieux
La symbolique de l’œillet a beaucoup évolué au fil de l’histoire. Si l’on se réfère à l’origine du nom scientifique Dianthus (issu du grec dios, les dieux, et anthos, la fleur), ce serait la fleur des dieux. Elle est également présente dans le christianisme. On raconte que les larmes versées par la Vierge Marie, en voyant son fils porter la croix, sur le Golgotha, se transformèrent en œillets roses en touchant terre. Ainsi l’œillet devient symbole de l’amour maternel ou de l’amour chaste.
Chez les Romains, dans un premier temps, les œillets étaient utilisés pour la confection de couronnes mortuaires, ce qui en fit rapidement une fleur associée au deuil. Pendant la Révolution française, les nobles qui résistaient et se retrouvaient condamnés à la peine de mort avaient pour coutume de porter un œillet rouge à leur boutonnière le jour de leur exécution.
Depuis, l’œillet rouge s’est imposé comme l’emblême de plusieurs mouvements politiques dans le monde. Au Portugal, il symbolise le soulèvement militaire et la libération du pays amorcée en avril 1974. Cette insurrection porte justement le nom de Révolution des Œillets. En raison du puissant mouvement de contestation qu’elle a entraîné, l’œillet est devenu la fleur emblématique de l’Espagne. En Allemagne, lors de la Journée internationale des travailleurs, qui a lieu le 1er mai, la coutume veut que l’on porte non pas du muguet, mais des œillets à la boutonnière.

Chrysanthème, tulipe, pivoine et anémone, entre deuil, élégance et, encore, amour
Bien que l’on associe traditionnellement en France le chrysanthème au deuil, il revêt une tout autre signification en Asie : c’est le symbole du bonheur et de la longévité. Au Japon, le chrysanthème jaune incarne le soleil et la lumière. En Chine, le nom de cette fleur signifie « l’essence du soleil » et elle représente également la noblesse et la durabilité. On lui prête des propriétés médicinales. De même aux États-Unis et en Australie, le chrysanthème est toujours associé à la joie et à la gaieté.
La tulipe est originaire d’Asie centrale. Elle doit son nom au mot turc tülbend, turban, qui rappelle la forme de la coiffure traditionnelle masculine portée au Moyen-Orient depuis l’Antiquité. Elle est ainsi associée à la grâce et à l’élégance. Elle s’est repandue après le XVe siècle dans le reste du monde, et notamment aux Pays-Bas. Aujourd’hui, la tulipe est un fort symbole amoureux dont la subtilité varie en fonction des couleurs de la fleur, avec les mêmes nuances que pour la rose.
Fleur emblématique en Chine et au Japon, la pivoine est arrivée en France au XVIIIe siècle. En raison de sa longue histoire ancienne, elle possède un fort symbolisme et de nombreuses significations : compassion, timidité, noblessse, prospérité…
Étymologiquement, son nom est dérivé du nom grec Paeon, médecin disciple d’Asclépios, dieu de la médecine. Elle apparaît dans plusieurs mythes. Notamment, il est rapporté que la nymphe Paeonia aurait eu une histoire d’amour avec Apollon. Prise en faute sous les yeux de la déeese Aphrodite, Paeonia rougit alors de honte et de timidité avant d’être transformée en pivoine par la déesse en colère. D’où l’expression « rougir comme une pivoine ».
En Chine et au Japon, la pivoine est connue comme « la reine des fleurs », elle représente la richesse, la chance et la prospérité.
L’anémone est appelée fleur du vent, car son nom est dérivé du grec anémos, qui signifie « vent », mais également parce que ses pétales bougent au rythme du vent, et aussi parce que ses graines plumeuses (akènes) sont emportées et dispersés par le vent sur de grandes distances. Selon une légende romaine, Zéphyr, le dieu des vents, tomba amoureux de la nymphe Anemona. Son épouse, la déesse Flora, fut si jalouse qu’elle transforma Anemona en fleur, de sorte que Zéphyr ne pouvait plus embrasser que ses pétales.
En Europe, c’est à partir du XVIIe siècle qu’elle va gagner en popularité, grâce au botaniste Bachelier qui rapporta un lot de graines en 1640 de Constantinople. Après quelques améliorations, la fleur connaît de plus en plus de succès. Cette fleur du vent peut symboliser un nouveau départ, l’espoir, et même la vie. Elle incarne également le soin, le dévouement et l’amour.

La tradition du muguet
Pour le muguet offert le 1er mai, la tradition remonterait à la Renaissance. Ce jour de 1560, le roi Charles IX, de passage dans la Drôme, se vit offrir un brin de muguet. Charmé par ce geste, il décida de reprendre ce geste l’année suivante, en offrant aux dames de sa cour un brin de muguet en guise de porte-bonheur. Depuis lors, c’est devenu une coutume populaire en France, et ailleurs dans le monde.
Pas d’œillets pour certaines personnes
Attention, le bouquet d’œillets ne plaît pas à tout le monde. Il faut surtout éviter d’offrir ces fleurs à un artiste, notamment aux comédiens. Cette superstition remonte au XIXe siècle et à certaines habitudes des compagnies de théâtre. À la fin de la saison, quand la direction souhaitait renouveler le contrat d’un acteur, elle lui offrait un magnifique bouquet de roses. Tandis que ceux qui n’étaient pas réengagés étaient remerciés par une gerbe d’œillets, des fleurs beaucoup moins dispendieuses !