Une plante emblématique de la Provence : la lavande
La lavande est une plante si connue et si caractéristique que pratiquement tout promeneur est capable d’identifier ses épis bleus et son parfum aromatique et frais. Venue de Perse, établie sur le pourtour méditerranéen, elle est la source d’une culture industrielle – la lavandiculture –, de routes touristiques, mais aussi d’un intérêt marqué de la part des jardiniers amateurs.

La lavande vraie, ou lavande fine (Lavandula vera ou L. angustifolia) est une vivace au port compact et ramifié, dont le feuillage persistant gris argenté garnit les branches ligneuses, toutes dressées, qui se couvrent en été d’épis de fleurs allongés, dans une nuance de bleu si typique qu’il a donné son nom à cette teinte.
La lavande aspic (Lavandula latifolia) est un peu plus petite, avec des feuilles blanchâtres et des épis violets.
Le lavandin (Lavandula hybrida, L. x intermedia ou L. angustifolia x latifolia) est issu d’une hybridation spontanée entre la lavande vraie et la lavande aspic. Ses épis sont pointus et très ramifiés, au parfum camphré.
La lavande papillon (Lavandula stoechas) porte des épis de forme tout à fait originale, avec des pétales dressés comme les ailes de cet insecte. Elle est aussi appelée lavande à toupet.
Une filière sous contraintes
La filière lavandicole est très bien organisée, avec un organisme dédié, créé à Manosque en 1993 : le Crieppam, Centre régionalisé interprofessionnel d’expérimentation en plantes à parfums, aromatiques et médicinales, référence en matière de lavande-lavandin et de sauge sclarée. Il collabore avec l’Iteipmai, institut technique qualifié par le ministère de l’Agriculture, et le CNPMAI, conservatoire national.
Ce secteur fut longtemps porteur, mais il connaît actuellement une crise que les données chiffrées de FranceAgriMer permettent de mesurer. Dans les années 2010, les surfaces et le nombre des exploitations connaissaient une progression importante, répondant au dynamisme du marché des huiles essentielles, dont la demande dépassait l’offre. Un record est atteint en 2021, avec 33 000 hectares de cultures, celles-ci sortant de leur traditionnel cadre provençal pour investir d’autres régions comme le Centre Val-de-Loire et l’Île-de-France. Mais dès 2019, le déséquilibre entre l’offre et la demande s’est inversé, entraînant une surproduction, alors même que les acheteurs ajustaient leurs achats, utilisant leurs réserves et se reportant sur des produits concurrents. Les stocks se sont alors accumulés chez les producteurs et les prix qui leur étaient payés se sont effondrés.


Dans ce contexte très concurrentiel, la filière fait face également à des contraintes sanitaires et climatiques. En conséquence, la production diminue depuis 2022, mais l’offre reste supérieure à la demande et la crise perdure.
La recherche se tourne donc vers la création de nouvelles variétés à la fois moins sensibles aux ravageurs et aux maladies, productives en huile essentielle de haute qualité et adaptées aux évolutions climatiques. La culture in vitro permet la régénération des plantes et la production de jeunes plants certifiés.
Une AOP Huile essentielle de lavande de Haute-Provence est reconnue depuis 1981, mais elle ne concerne plus que 34 % de la production nationale, contre plus de 50 % avant 2015 : les nouvelles variétés sont plus résistantes mais donnent une huile non conforme aux normes du cahier des charges.
L’âme de la Provence
« L’âme de la Provence », c’est ainsi que Jean Giono qualifiait la lavande. Lancées par un ensemble d’entreprises, les Routes de la Lavande invitent les visiteurs à la découverte de cet « or bleu », au travers une sélection de producteurs, distilleries et ateliers artisanaux, sans oublier des pauses gastronomiques et les célèbres fêtes de la lavande. Ces Routes s’étendent sur près de 1 000 kilomètres, du plateau de Valensole au Mont Ventoux, en passant par le Diois, le Luberon, le Verdon, la Drôme provençale. Pour mettre en avant cette histoire et ce savoir-faire, un musée de la lavande a été créé en 1991 à Cabrières-d’Avignon, au cœur du Luberon.
Pour jouir des plus beaux paysages, le parcours est à organiser en fonction de la floraison : celle-ci commence mi-juin, dans les zones les plus basses en altitude, et se poursuit jusqu’à fin juillet dans les zones les plus hautes. Mais elle varie en fonction des variétés de lavande et de lavandins, du climat, de l’altitude et de la latitude. La récolte se fait à partir de début juillet, mais dépend de l’hygrométrie. Une longue période sans pluie peut avancer la récolte de quelques jours, tandis qu’un orage peut la retarder.

Une culture facile
Originaire des régions chaudes du Midi, la lavande peut cependant trouver sa place dans tous les jardins, bien exposée au soleil. C’est une plante rustique qui supporte les gelées, ne craint pas l’air iodé des jardins de bord de mer et garde un bel aspect toute l’année.
Les pieds de lavande sont à planter dans une terre légère, pas trop riche et bien drainée, même rocailleuse, en automne ou au début du printemps. Arrosés copieusement le temps qu’ils s’installent, ils ne demanderont plus d’apport d’eau par la suite.
L’entretien est simple : une coupe des épis au fur et à mesure de leur fanaison pour prolonger la floraison et une taille au printemps des parties tendres de l’arbuste pour lui redonner une belle forme arrondie et rajeunir les vieux pieds dégarnis. La seule autre contrainte est d’empêcher la lavande de prendre trop de place au détriment des plantes voisines, quoiqu’elle ne vive pas plus d’une dizaine d’années.
Un seul pied de lavande dans un massif, bien situé en fonction du soleil et du vent dominant, suffira à embaumer le jardin, mais il est aussi possible d’installer un assortiment de variétés aux nuances de bleu et aux parfums complémentaires. Certaines sentent le citron, le camphre, la térébenthine ou encore le romarin. La lavande est intéressante en bordure, en haie basse, mais aussi en potée à proximité d’une porte ou d’un passage. Elle attire les papillons et autres insectes butineurs.
La lavande est facile à sécher, la tête en bas dans un endroit chaud et sans humidité pendant une semaine. Elle s’avère idéale pour composer des bouquets secs, des pots-pourris ou des sachets garnis qui éloignent mites et moustiques, purifient l’atmosphère et parfument le linge.

Une plante aux grandes vertus
Le nom de la lavande vient du verbe latin lavare (« laver »), exprimant des qualités qui lui sont reconnues depuis l’Antiquité. Les Grecs et les Romains utilisaient l’essence de lavande pour la toilette et les soins du corps, comme parfum et cosmétique, mais aussi comme insecticide et comme remède pour soigner les blessures. Ce seraient d’ailleurs les légionnaires romains qui, en investissant l’Europe, auraient largement répandu son usage.
Au cours des siècles suivants, médecins et savants ont continué à décrire les nombreux mérites de la lavande et l’ont parée notamment de vertus médicinales : remède des maux de tête, des insomnies, des refroidissements ou encore des rhumatismes. Au XIIe siècle, Hildegarde de Bingen en parle dans son traité médical. Durant la Seconde Guerre mondiale, l’essence de lavande fut réquisitionnée par les Allemands qui l’envoyaient sur le front de Russie comme antiseptique et insecticide.
Aujourd’hui, la lavande est toujours l’une des plantes le plus employées en parfumerie (le lavandin étant préféré pour l’industrie). Les fleurs peuvent être utilisées en infusion, diurétique à petite dose, mais dont il ne faut pas abuser. Quelques brins de lavande parfument une huile d’olive ou un vinaigre de vin blanc pour agrémenter les salades. Une décoction ou huile de fleurs est apaisante et cicatrisante. L’essence soulage les rhumatismes et calme les tensions nerveuses.
Pour en savoir plus :
www.crieppam.fr
www.iteipmai.fr
www.cnpmai.net
https://routes-lavande.com