Les jardins de Castello et de la Petraia, ou les terrasses des Hespérides

Chiara Santini

« Il s’y voit-là plusieurs bresseaux tissus & couverts fort espès : de tous arbres odoriferans, come cedres, ciprès, orangiers, citronniers, & oliviers, les branches si jouintes & entrelassées, qu’il est aisé a voir que le soleil n’y sauroit trouver antrée en sa plus grande force. »
C’est ainsi que Michel de Montaigne introduit dans son Journal de voyage la description des jardins de la villa de Castello, près de Florence, qu’il visite en novembre 1580 et en 1581. De même que les jardins d’une autre villa médicéenne, celle de Pratolino, ceux de Castello le charment par la richesse des effets d’eau, les fontaines, la grotte et les incroyables collections d’arbrisseaux et surtout d’agrumes, plantes si précieuses et si difficiles à acclimater sous les cieux septentrionaux.

 

Les parterres et la villa de Castello - © C. Santini

Les parterres et la villa de Castello - © C. Santini

 

Plus de cinq siècles après la visite de Montaigne, les jardins de Castello (1537-1593), réalisés par Tribolo, Vasari et Ammannati, offrent encore un éblouissant aperçu, au moins dans leurs structures d’ensemble, des jardins toscans de la fin de la Renaissance. Ils se présentent comme l’un des plus remarquables témoignages de la culture paysagère des Médicis, tout comme ceux de la villa de la Petraia situés dans la même localité. Castello et Petraia font en fait partie de cette constellation de villas, construites ou réaménagées par les différents membres de la famille entre les XVe et XVIIe siècles, principalement aux alentours de Florence, et qui ont joué un rôle important dans la politique territoriale des Médicis en Toscane.

 

Un extraordinaire dictionnaire iconographique

Lieux de délices consacrés aux divertissements de la cour et au développement de la vie artistique et intellectuelle florentine, ces villas ont été aussi des centres de production agricole ainsi que des instruments de propagande politique et de contrôle administratif du territoire. L’extraordinaire ensemble de quatorze « portraits » de ces propriétés, les « lunettes », réalisé par le peintre flamand Giusto Utens entre 1599 et 1602 pour décorer un salon de la villa d’Artiminio, nous offre une image éloquente de la structure et de l’agencement de ces domaines (bâtiments, jardins d’agrément, potagers, champs cultivés, bois) et de leur insertion harmonieuse dans les paysages locaux. En ce qui concerne les jardins, ces peintures offrent des descriptions très détaillées, bien que, pour des raisons d’exhaustivité les règles de la perspective à vol d’oiseau, elles ne soient pas toujours rigoureusement appliquées et que parfois le peintre s’octroie la liberté de rectifier un tracé ou d’équilibrer une composition. Parterres de broderies encadrés par de berceaux fleuris, jardins potagers et fruitiers clôturés de murs, allées de cyprès, topiaires, collections d’arbrisseaux, terrasses abritant des niches et des grottes, fontaines, canaux, chaines d’eau, bassins : les lunettes nous livrent un extraordinaire dictionnaire iconographique de l’art des jardins toscans à la fin du XVIe siècle.

 

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Jardins de France 632. novembre-décembre 2014

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