Renouveau des teintures naturelles aujourd’hui

Marie MarquetMichel Cambornac

Teintures illustrées
Rouge Garance, bleu pastel, jaune Reseda, noir bois de Campêche : des teintures illustrées dans cette série de costumes lors d’un symposium à La Rochelle – © M. Cambornac

Les teintures traditionnelles étaient généralement pratiquées dans le cadre d’une production artisanale du textile, qui disparait chaque jour plus vite partout dans le monde. Elle est concurrencée par la production massive de textiles fabriqués industriellement et dans certains cas par la fripe, qui se vend sur les marchés ruraux, faisant concurrence aux derniers tisserands fabricants des vêtements traditionnels.

A l’échelle mondiale, les cultures qui employaient encore des recettes en teintures végétales abandonnent ces procédés, au profit de ressources synthétiques. Pourtant, l’émergence en Occident d’un intérêt pour une production textile moins nocive, moins polluante, et éthique dans sa chaine opératoire donne la possibilité à ces savoirs de trouver un avenir.

Il faudra toutefois que la transmission des recettes et des techniques soit assurée. Dans certains pays, comme en Inde, les maitres artisans sont encore en capacité de transmettre : le renouveau d’intérêt pour ces savoirs devrait favoriser l’envie de jeunes artisans de se former.

Dans d’autres cultures, la perte de connaissance est définitive, et c’est grâce aux recherches en ethnobotanique et au collectage déjà ancien, mené avant la disparition des techniques, que l’on peut essayer de retrouver ces pratiques à la demande des artisans du textile qui cherchent à renouer avec leur culture technique.

Enfin, il est important de préciser que certains textiles traditionnels ont été portés au-devant de la scène pour leur valeur identitaire. Cette forte conscience de la valeur patrimoniale des tissus a conduit des artisans, des artistes militants, a maintenir vivantes des techniques anciennes. C’est le cas du Bogolan, au Mali, dans la période postcoloniale, et de l’Ikat de Florès, en Indonésie.

La valeur d’une teinture va au-delà du simple fait de colorer le tissu. La couleur porte une dimension symbolique, et la source végétale de la couleur y contribue par sa valeur et sa signification pour la culture concernée. De plus, les sociétés anciennes attribuaient souvent une vertu médicinale aux teintures employées. Les recettes et les savoir-faire, les plantes et les techniques anciennes qui y sont associées, représentent un patrimoine immatériel qui peut renaître en évoluant au lieu de disparaitre

Ce renouveau amène également à se questionner sur les volumes très importants de plantes nécessaires pour alimenter ces pratiques: la mise en culture des plantes tinctoriales sur de très vastes surfaces agricoles ne peut entrer en compétition avec la culture des plantes alimentaires, indispensables. Mais … le recyclage des déchets verts, déchets de taille et déchets agricoles pour la teinture (pelure d’oignon, fanes de carotte, feuille d’artichaut, marc de raisin, peau d’avocats, …) est un vaste réservoir potentiel.

 

Aujourd’hui de nombreuses initiatives désirent restaurer des filières textiles courtes, maitrisées, employant les teintures végétales, des artisans, des créateurs. Tout cela pour donner du sens aux textiles portés. Ainsi depuis les années 90 le CRITT horticole de Rochefort sur Mer (Centre Régional d’Innovation et de Transfert de Technologie), le CATAR-CRITT Agro-ressources, la CAPA (coopérative agricole de la Plaine d’Ariège) et la Société Bleu de Lectoure pour le pastel, … travaillent à la redécouverte des variétés anciennes de plantes tinctoriales et à la sélection de nouvelles espèces et variétés adaptées aux conditions climatiques et économiques. Depuis les itinéraires agronomiques jusqu’aux procédés d’extraction industriels.

Au-delà de l’intérêt pour les textiles, il faut noter le développement de nouvelles applications dans le secteur de la cosmétique (propriétés anti-oxydantes) et celui des colorants alimentaires.

Pour preuve le symposium international organisé pour la première fois en Europe par Anne de la Sayette et Dominique Cardon à La Rochelle en 2011.

A lire …

– Les applications des colorants végétaux aujourd’hui. Christine Brunet, isabelle Clonier, Anne de la Sayette ARRDHOR-CRITT 17300 Rochefort – Dans Phytothérapie européenne N° 65 Nov Déc. 2011

– DVD des actes du Symposium ISEND 2011 www.isend2011.com

– Guide des Teintures naturelles, Dominique Cardon et Gaëtan du Chatenet Delachaux et Niestlé

 

Découvrir les plantes tinctoriales : des collections vivantes

 

– Le jardin collection de plantes tinctoriales à l’Ancien Monastère de Sainte-Croix, près de Die, dans la Drôme (26150)

Ce jardin rassemble une collection de plantes tinctoriales historiques de l’Europe ancienne : les plantes en usage d’avant la découverte des Amériques, documentées par l’archéologie, constituent le fond principal de cette collection vivante à vocation pédagogique.

Durant la belle saison des stages et des ateliers et des visites guidées sont organisées qui vous permettent de découvrir l’histoire complexe de l’usage de ces plantes et les techniques de la teinture végétale.

Jardin de plantes tinctoriales, Ancien Monastère de Sainte-Croix, 26150 Sainte-Croix

www.le-monastere.org/

 

– Le Jardin Conservatoire des Plantes Tinctoriales, à Lauris (84)

Le jardin collection de référence qui présente un large éventail de plantes tinctoriales des 5 continents. Mis en place par Michel Garcia, il y a plus de 20 ans, il est géré par l’Association Couleur Garance.

Maison Aubert La Calade 84360 LAURIS

www.couleur-garance.com

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