Quelle forêt pour demain ?

Jean-François DhôteGuy Landmann

Oisillons © Philippe MoesPour clore ce dossier, un spécialiste de la gestion des forêts publiques livre quelques réflexions sur les évolutions de la sylviculture qu’appellent les enjeux écologiques et économiques de demain. Un autre dossier ne serait pas de trop pour recueillir la diversité d’avis sur la question !

La forêt et le bois suscitent un intérêt croissant pour lutter contre l'effet de serre et réduire notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. La France s’est engagée au niveau européen à augmenter fortement le recours aux énergies renouvelables et le bois occupe une place de choix dans ce programme. Fournir davantage de bois, la forêt en est capable : les surfaces forestières françaises augmentent chaque année et les quantités de bois récoltées sont, en moyenne, très en-deçà de ce que permet la gestion durable. L’ONF et ses principaux partenaires, gestionnaires de la forêt privée et publique, se sont engagés, dans le cadre du Grenelle Environnement, à « produire plus de bois tout en préservant mieux la biodiversité forestière » et ceci dans le respect de la gestion multifonctionnelle des forêts.
Il s’agit donc pour l’ONF de faire évoluer la sylviculture pour atteindre ces objectifs de production, tout en intégrant les autres fonctions de la forêt que sont la protection de la biodiversité, la fonction sociale (paysage, accueil du public, ressource en eau potable) et la protection contre les risques naturels.

Pour la production, la priorité est donnée au bois d’oeuvre : le bois d’industrie (papier, panneaux, fibres, chimie) et le bois-énergie sont pour l’essentiel des coproduits dont la mobilisation contribue au fi nancement d’une sylviculture de qualité. L’adaptation de la gestion forestière aux changements climatiques nécessite de raccourcir les révolutions et dynamiser la sylviculture, pour réduire la compétition et façonner des peuplements plus stables, moins exposés aux risques liés aux tempêtes et à la sécheresse. La protection de la biodiversité, à travers la diversification des essences, participe de la réduction des risques, par exemple vis-à-vis des pullulations d’insectes ravageurs. Des stratégies ciblées d’amendement des sols et le retour à l’équilibre forêt-gibier sont des mesures importantes pour garantir la bonne santé des peuplements et faciliter la régénération.


Dans ce contexte, l’extension massive de forêts en libre évolution, actuellement prônée par certaines organisations, serait une option contre-productive à plusieurs titres : d’un point de vue socio-économique, cela fragiliserait la fi lière-bois et, avec elle, les emplois forestiers qualifiés dont nous avons besoin pour réussir l'adaptation au changement climatique. D’un point de vue écologique, l’accumulation de bois dans des forêts rendues à la nature entrainerait une surconsommation d'eau allant à l’encontre des recommandations des scientifiques. Le hêtre, dont l’aire de répartition devrait reculer d’ici quelques décennies sous le coup du réchauffement, prendrait à court terme et spontanément une place croissante, réduisant la capacité future des forêts à s’adapter aux changements climatiques. Le renouvellement serait stoppé, alors que les généticiens conseillent de l'accélérer pour favoriser l’expression des capacités adaptatives des populations d’arbres. Les problèmes sanitaires et les incendies réduiraient fortement l'attrait de la forêt pour le public et sa capacité à protéger contre les risques naturels (notamment en montagne).
Les pouvoirs publics souhaitent limiter les pressions exercées sur les forêts tropicales, développer des alternatives au nucléaire, à la pétrochimie et aux engrais minéraux. Dans le même temps, la pression démographique augmente et avec elle les exigences de qualité et de sécurité alimentaire– la population mondiale devrait atteindre 9,3 milliards d’humains en 2050. Comment imaginer, dans ce contexte, que les capacités productives de la forêt tempérée restent sur le bord de la route ?
Il nous faut bien au contraire innover, diversifier nos méthodes sylvicoles en les combinant astucieusement sur le territoire.

science et sagesse pour fixeret tenir le cap

La forêt, lieu de bien-être, est aussi source de conflits. Le Grenelle Environnement (2007) qui a débouché sur l’engagement de « Produire plus de bois tout en préservant mieux la biodiversité » dans le cadre d’une « démarche territoriale concertée dans le respect de la gestion multifonctionnelle des forêts » n’a pas mis un terme aux débats sur la forêt de demain, tant sont variés et pour partie contradictoires les visions des acteurs de notre société. Dans ce contexte, ECOFOR* tente, avec ses partenaires, de s’inscrire dans une démarche d’amélioration continue dont les éléments de base sont la mise à disposition de tous des connaissances scientifiques (le lecteur motivé pourra consulter le site dédié http://biomadi.gip-ecofor.org/). Le développement de travaux et d'échanges qui permettent de rapprocher des analyses et de faire émerger de nouvelles solutions. Un cheminement assez naturel mais délicat aussi, s’agissant de questions à fort enjeu : la forêt de demain,adaptable et naturelle, fournisseur de divers services, alliée dans nos eff orts pour freiner le réchauffement de la planète. Chaque citoyenmérite d’être informé et, d’une façon ou d’une autre, partie prenante !
Guy Landmann

 

Une réflexion au sujet de « Quelle forêt pour demain ? »

  1. Bonjour,
    Voici mes remarques :
    « L’extension massive de forêts en libre évolution, actuellement prônée par certaines organisations.. »

    Qui parle « d’extension massive » ? Les 10 % proposés existent dans doute déjà en RA (Cette Région est à l’origine de cette action) – incluant les Îlots de sénescence et les RBI ; les identifier est l’enjeu. Les identifier, pour situer ces points forts de biodiversité, sources d’espèces pour les autres forêts productives constituant la trame verte !

    Ces « certaines organisations » sont en fait : l’Etat (Draaf, Dréal), la Région Rhône-Alpes, tous les forestiers (France Forêt Rhône-Alpes) et APNE (Frapna, Lpo et Forêts Sauvages) : un rare consensus !

    Quant au bois mort, nous avons co-organisé en un colloque à ce sujet.
    Bois morts et à cavités
    Une clé pour des forêts vivantes
    http://www.leca.univ-savoie.fr/tmp/Bmc/accueil.html

    Sincèrement

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