Les Vaccinium ou « myrtilles » dans le monde

Bernard Lantin

Le genre Vaccinium est divisé en 2 sous-genres (Oxycoccus et Vaccinium) et 22 sections. Il renferme environ 450 espèces réparties sur l’ensemble de l’hémisphère nord avec une forte concentration en Amérique du Nord, de l’Alaska à la Floride. Quatre espèces ont aussi été décrites, vers 1920, par H. Perrier de la Bathie, à Madagascar, dont 3 à gros fruits et de bonne qualité, selon lui (V. littorale, V. emirnense et V. andringitrense). Dans l’océan atlantique, une espèce pousse à flanc de volcan sur l’ile de Madère (V. padifolium), une autre est endémique des Açores (V. cylindraceum). La Chine, la Corée, le Japon, mais aussi le Tibet, l’Iran, la Turquie ont des « myrtilles » sur leur territoire.

 

Fruits de Vaccinium corymbosum ‘Brigitta’

Fruits de Vaccinium corymbosum ‘Brigitta’

En Europe, la myrtille commune encore appelée brimbelle (V. myrtillus) a largement colonisé tous les massifs hercyniens et alpins, les friches et forêts acides jusqu’à permettre localement le développement d’une économie de cueillette, très importante en Pologne, plus modeste et aléatoire en France, en Ardèche ou dans les Vosges.
En altitude et en milieu humide, se cantonne l’airelle des marais (V. uliginosum) peu recherchée du fait de la qualité médiocre de ses baies bleues à chair blanche.
L’airelle rouge (V. vitis-idaea) a des besoins en froid importants et se rencontre surtout dans les pays scandinaves ou en montagne, au-delà de 1 000 mètres. Elle a fait l’objet d’une modeste sélection variétale pour améliorer ses performances en culture et aussi permettre une  adaptation climatique plus large vers le sud.
Enfin, la petite canneberge (V. oxycoccos), diploïde, survit difficilement dans les dernières tourbières acides menacées de disparition suite à l’assèchement continu des zones humides. Neuf régions françaises lui ont attribué un statut de protection qui interdit l’arrachage des plants et la récolte des baies.

 

L’Amérique, premier producteur mondial

En Amérique du nord, la situation est bien différente compte tenu de la diversité des espèces, des surfaces couvertes et de l’usage ancestral des populations locales.
Bien avant l’arrivée des conquistadores au XVIIe siècle, les Amérindiens connaissaient et cueillaient la canneberge (V. oxycoccos) qu’ils nommaient  «sassamenesh » ou « ibimi ». C’était pour eux une plante médicinale de première importance qu’ils consommaient abondamment et utilisaient aussi pour teindre leurs vêtements. Rapidement, les marins espagnols adoptèrent ce fruit, d’autant plus facilement qu’il se conserve longtemps, sans précaution particulière, et l’utilisèrent pour lutter contre le scorbut durant les longues traversées de l’Atlantique à la voile. Ils l’ont aussi rapporté et fait connaître en Europe sans toutefois en importer la culture, sans doute trop contraignante. En 1815 les premières cultures apparaissent au Wisconsin puis au Massachusetts. Les Canadiens attendent plus d’un siècle et se lancent seulement en1939.
Aujourd’hui 98 % de la production mondiale, qui se situe aux alentours de 400 000 tonnes/an, provient toujours d’Amérique du nord. L’exploitation de cette espèce requiert des conditions particulières, de grands espaces de tourbe ou de sable grossier acide (pH voisin de 4,5), un climat frais et humide avec 150 jours hors gel et beaucoup d’eau pour l’irrigation et la protection hivernale contre le froid. Lorsque le sol est gelé, le feuillage persistant exige une protection efficace pour éviter qu’il ne se déshydrate. Celle-ci est apportée soit par submersion totale soit par épandage de sable sur les plantations sèches.

 

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Jardins de France 632. novembre-décembre 2014

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