Les jardins de Marguerite, du panache

Snezana Gerbault

Situé à une dizaine de kilomètres de Strasbourg, ce jardin alsacien se compose de pièces très différentes dont chacune y imprime un peu de sa personnalité… fleurie, verdoyante, parfumée… Il y a aussi un potager gourmand, un petit verger, une pièce d’eau et sa passerelle… Que retiendrez-vous de cette balade ? Sans doute un peu de fraîcheur, les odeurs, la poésie des verts, la mélodie de l’eau... Les rêves de Marguerite sont ici devenus la réalité, et son jardin, une création en constant mouvement !

Les chambres de verdures se succèdent dans ce jardin aux multiples visages. - © Snezana Gerbault

Un petit sentier mène vers la maison, bien dissimulée dans un écrin de verdure. Bâtie en 1976 à Plobsheim, petit village alsacien lové dans le coeur d’une campagne paisible, elle fut autrefois entourée d’un terrain planté d’arbres fruitiers. Aujourd’hui, le verger n’existe plus et à son emplacement s’est installé, au fil des années, un remarquable jardin à thèmes. Chaque thème a donné la vie à un jardin – quarante-six au total - qui composent ensemble un univers au charme inouï. Opulents, parfois exubérants, les jardins sont le pur produit de l’imagination des propriétaires, Marguerite et Michel Goez. Guidés par leurs envies de couleurs et de senteurs, ils ont ici longtemps expérimenté des scènes et créé les compositions végétales dont ils rêvaient. Plus de 2 000 variétés de plantes, dont 150 variétés de roses anciennes, ont bien « voulu » y prendre racine. Ouvert depuis 1994, le jardin présente un réel intérêt paysager et botanique avec sa grande diversité d’arbres, d’arbustes et de roses anciennes. Le visiteur, tous les sens en éveil, déambule d’un espace à un autre, s’aventure dans de très nombreux recoins secrets, autant de points stratégiques pour des moments de contemplation.

 

Un lieu paisible © Snezana GerbaultD’inspiration anglaise…

Pourtant, il y a trente ans, Marguerite s’y connaissait peu en plantes. Son jardin s’est dessiné au fil de ses voyages et de ses lectures, et fut aménagé patiemment à partir de l’ancien verger. Les quelques fruitiers qui y subsistent apprécient la compagnie des herbes et des fleurs des prés. Ce lieu paisible, teinté de camaïeux de verts, occupe un espace très étiré, bien plus long que large. En effet, le jardin de Marguerite s’étale sur une surface d’environ 5 000 m2  (environ 150 m sur 30 m). Composé d’une succession de petites clairières, il recèle des massifs fleuris reliés par des chemins sinueux, des pièces d’eau, tantôt paisibles tantôt cheminant en cascades sur des galets et des pierres… Le potager et le verger garantissent aux heureux propriétaires de bonnes récoltes tout au long de la belle saison. Toutes ces « pièces », comme autant de chambres d’une maison, s’ouvrent parfois sur le paysage environnant, en offrant ainsi une vue imprenable sur les champs cultivés et les prairies sauvages des alentours.

 
 

Treillis et pergolas sont réalisés en bois de noisetier, seuls les piquets sont en robinier (Robinia pseudoacacia) réputé imputrescible. - © Snezana GerbaultD’un jardin à l’autre…

La pluie d’été révèle les verts. Les feuillages de toutes sortes exhibent leurs parures de perles cristallines. Cueillies par les feuilles en éventail d’un ginkgo (Ginkgo biloba), ou piégées par les feuilles « velours » d’alchémille (Alchemilla mollis), l’une après l’autre, les gouttes glissent, puis tombent lourdement sur la terre nue ou encore dans l’herbe douillette… En juin, les roses anciennes déploient des nuées de fleurs parfumées. Un pin noir et deux bouleaux (Betula nigra, Betula alleghaniensis) sont les seuls sujets préservés de la végétation originelle. Ils offrent de l’ombrage à la maison et aux plantes cultivées. Dans le jardin « médiéval », dédié aux petits fruitiers palissés, les rameaux enlacent les structures en noisetier qui forment des univers clos et imbriqués, semblables à des labyrinthes. Les framboisiers, les cassissiers et les groseilliers y sont à leur l’aise. L’endroit est idéal pour se poser quelques instants, le temps de découvrir l’agencement et les parfums des compositions végétales. La présence de très nombreux treillis, arches, pergolas et autres éléments en bois donne à ce jardin un esprit de campagne. Ils sont réalisés pour la plupart en noisetier. Seuls les piquets sont en robinier, un bois réputé imputrescible.

 

Le bonheur au fil des pas…

Le jardin champêtre, « à l’anglaise », de montagne, féerie japonaise… quarante-six thèmes jalonnent ce jardin. L’eau, omniprésente avec les fontaines, les cascades, les cours et les plans d’eau, anime des espaces et apporte de la fraîcheur. Dès l’entrée, l’on pénètre dans « le coeur verdoyant », un espace où règnent calme et sérénité, bordé de massifs aux nuances variées. Après le passage sous l’arche de charmilles, l’on s’aventure à travers les coulis ses végétales aux ambiances très différentes, vers la pièce d’eau et le passage embaumé. Les parfums des plantes odorantes qui bordent ici les allées sont portés par les fines brises de l’été. Dans le fond du jardin, un espace boisé et son sous-bois se peuplent de plantes qui aiment l’ombre. Les allées sinueuses du jardin japonais se faufilent entre les plantes, entraînant le visiteur dans une ambiance de sérénité. Une vague de fleurs aux tons pastel habille un muret percé de portes accédant au jardin suivant. Côté nord, la petite serre adossée à la maison est un lieu d’expériences et de création. C’est ici que Marguerite et son mari préparent les futures plantations, un lieu magique où germent de nouvelles idées… Chaque jardin dévoile une ambiance particulière…


Les fleurs se mêlent volontiers aux légumes du potager. - © Snezana GerbaultUn potager en pleine forme…

Une haie d’if protège le potager de Marguerite, faisant obstacle au vent dominant d’ouest. C’est une protection indispensable, le climat alsacien étant très contrasté et marqué par les grands écarts de température. Avec la parcelle du jardin « médiéval », c’est l’unique espace à avoir été tracé au cordeau. Composé de quatre carrés, il héberge toutes sortes de légumes. Au soleil s’alignent les rangs de petits pois, de carottes, de choux, de mâche… Les salades se succèdent tout au long de l’été, et même en automne. La laitue est semée en octobre sous châssis et les premières sont plantées en pleine terre à Pâques. Les radis se récoltent dès juin et les haricots en juillet. Pour les carottes et les choux, il faut attendre le mois de juillet, voire septembre, selon les variétés cultivées. On y trouve aussi quelques légumes anciens, les panés par exemple. Marguerite y plante aussi des plantes aromatiques comme la menthe, la mélisse, la ciboulette, la livèche, l’oseille... Les pavots d’orient, les capucines, les œillets d’Indes et les autres fleurs se mêlent volontiers aux légumes. Les fleurs se ressèment spontanément, au gré du vent, où bon leur semble, notamment les cléomes et les pavots. De lumineux pétales d’hémérocalles, par ailleurs comestibles, apportent une touche de couleur aux salades d’été…

Côté nord, un bel espace est réservé aux potimarrons qui apprécient une situation ensoleillée et protégée du vent. D’ailleurs, ils se développent ici très vite, n’hésitant pas à escalader tout support, y compris les haies voisines. Tous les légumes frileux sont évidemment bien abrités : les aubergines, les courgettes, les poivrons, les pâtissons, sans oublier les tomates, protégées des intempéries par un petit auvent… Quant aux artichauts, plantés ici et là, ils assurent le décor et quelques belles récoltes…

Marguerite produit un compost « fait maison » qu’elle étale en automne, partout dans le jardin sauf aux pieds de ses poireaux et de ses scorsonères qui passent l’hiver dehors, sans être paillés. Rustiques, ils supportent –15 °C. Le bac à compost, habilement dissimulé, accueille tous les déchets de cuisine et les débris végétaux (tonte de gazon, fleurs fanées etc.). La rotation des cultures et les bonnes associations potagères évitent l’installation des maladies et permettent de préserver le naturel.
 

Les choix de Marguerite…

Tout commence par le choix des thèmes. Jouer avec la couleur des floraisons, la forme et la texture des feuillages, permet à Marguerite de composer son « tableau ». « Je choisis les espèces et les variétés qui assurent le décor au fil des saisons… », confie-t-elle. Les plantes sont méticuleusement sélectionnées et disposées de manière cohérente. L’objectif recherché : ne pas contrarier la nature et maintenir un équilibre écologique. La petite vallée de la brume et le sous-bois sont envahis par les fougères, les anémones et les astrances, fleurs favorites de Marguerite et très présentes au jardin. Blanches, roses et pourpres, leurs corolles étoilées ponctuent de nombreux massifs… Il faut encore que les plantes se plaisent à un endroit donné : certaines aiment l’ombre, d’autres apprécient une exposition ensoleillée ou encore un sol humide... Ainsi, un grand sujet de Taxodium sp., l’un des rares conifères qui aime l’eau, trône tout près du bassin. À l’automne, l’Acer x freemanii et le Parrotia persica se distinguent par l’exubérance de leurs feuillages flamboyants tandis que l’écorce de l’Acer griseum et les troncs blancs des bouleaux contrastent avec le tapis de bruyères s’étalant à leurs pieds.
Tout est ici mis en œuvre pour que ce jardin soit un lieu d’harmonie : les produits de traitements chimiques y sont interdits. Le compost « fait maison » permet de nourrir des plantes et de maintenir un sol de qualité…

 
© Snezana Gerbault

Ouverture : pour les  Rendez-vous aux Jardins, le premier week-end de juin et sur rendez-vous de mai à octobre…

Les samedis et dimanches de 14h à 19h du 1er juin au 31 août.
Visite sur rendez-vous du 1er mai au 31 octobre…
 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Jardins de France