Le Parrotie de Perse : couleurs et élégance

Raymond Durand

feuillage Parrotia
Les couleurs chaudes du feuillage, un des attraits du Parrotia – © R. Durand

Connu sous les noms d’arbre de fer, d’arbre perroquet, de Bois de fer, de Hêtre de Perse et de Persian Ironwood par les anglophones, le Parrotie de Perse appartient à la famille des Hamamélidacées où se situent les Hamamélis et les Liquidambars ou Copalmes. Il s’agit là d’un arbre remarqué pour les couleurs chaudes de son feuillage en automne et son port élégant.

La nomenclature latine du Parrotie de Perse, Parrotia persica C.A. Mey, précise son aire d’origine et l’identité de son découvreur. En effet, l’espèce nous vient d’Asie Mineure, principalement du nord et du nord-ouest de l’Iran (Perse), sur le versant septentrional de l’Elbourz ainsi que des régions montagneuses du Caucase jusqu’à la mer Caspienne et plus précisément : Arménie, Azerbaïdjan, Daghestan. Son aire s’étend jusqu’au centre et l’ouest de la Turquie. Dans le Caucase, le Parrotie forme des forêts mixtes allant des montagnes jusqu’au littoral au sud-est de la mer caspienne. Sa présence est mentionnée dans le parc national de Golestan et dans le parc forestier de Saravan dans les provinces du Mazandéran et du Guilan. L’aire est nettement réduite en Turquie.

Dur comme le fer

Appelé Arbre de fer à cause de la dureté de son bois, le Parrotia persica C.A. Mey est une essence forestière dont le bois au grain très fin lui valut, dans ses contrées d’origine, une utilisation comme bois de construction très résistant au feu. Il fut aussi, malheureusement, très utilisé par les populations locales en tant que charbon de bois. En Europe, son intérêt est strictement ornemental.

Il tient son nom du naturaliste allemand F. W. Parrot (1792-1841) qui séjourna au Caucase et qui le découvrit en novembre-décembre 1831. L’espèce a été introduite en Europe à partir de l’Angleterre en 1841.

Organes de toutes les couleurs

Le Parrotie de Perse est une espèce très décorative tout au long de l’année. Ses feuilles ovales et alternes rappellent celles du hêtre, d’où le nom commun de Hêtre de Perse. Ses feuilles caduques, d’environ 10-12 cm de longueur, sont d’un vert franc au moment de la feuillaison et durant tout le printemps puis, quelquefois tôt en été. En automne, elles virent au jaune, à l’orangé, au rouge, voire rouge écarlate chez certains sujets. Selon la rudesse de l’hiver, la floraison s’étale de décembre à mars, en l’absence de feuillage. Les fleurs, hermaphrodites, groupées en inflorescences sont dépourvues de pétales. Les étamines, remarquables en hiver, rouge cramoisi, émergent des bractées d’un bourgeon floral globuleux   comptant 5 à 12 écailles, recouvertes à l’extérieur d’un tomentum brun et glabres à l’intérieur, protègent les étamines. Les fruits sont petits, ovoïdes, bruns à maturité, semblables à ceux des Hamamélis. L’espèce est mellifère. Les branches et les jeunes rameaux sont souvent tortueux. Planté en isolé, le Parrotie est ramifié dès la base, formant une fausse cépée ou touffe de branches ou de tiges (multicaule). La hauteur des principales tiges peut dépasser 15 mètres. Son écorce, de couleur rougeâtre ou gris-brun, se desquame en plaques rappelant celle des platanes. Elle est très attractive, notamment chez les plus gros sujets. Les jeunes pousses sont d’un vert-brun, finement pubescentes, garnies de petits bourgeons pourpre-noir, légèrement pubescents.

Rusticité remarquable

Il est difficile de fournir des données écologiques pour une espèce assez peu représentée sur le territoire. Seuls quelques vieux sujets se trouvent dans les collections botaniques mais ils ne sont pas en nombre suffisant pour définir les exigences de l’espèce en France. Nous nous contenterons de donner des tendances d’après les observations faites sur l’ensemble des plantations, anciennes et récentes. Ce qui semble acquis est la plasticité des exigences de l’espèce tant vis-à-vis des sols que du climat. Concernant les sols, elle tolère tous les sols à l’exception des sols trop calcaires ou trop siliceux et trop acides dans lesquels elle croît très lentement. De plus, les sols calcaires sont souvent trop chauds et trop secs. Le Parrotie peut se contenter de sols très argileux sur lesquels il atteindra des dimensions plus modestes qu’en sols frais et riches. L’espèce est très rustique malgré sa floraison hivernale. Elle supporte le givre, la glace et la neige et des températures inférieures à – 25 ° C. Les branches sont très résistantes au poids de la neige et du verglas. Un soleil trop intense peut griller le feuillage et les fortes chaleurs activer la coloration des feuilles qui vont virer précocement au rouge. De plus, le Parrotia supporte bien les emplacements mi-ombragés. Selon sa situation de plantation, sa croissance varie beaucoup. Elle est forte lorsque l’espèce est dans des sols riches et frais et lente dans les sols sablonneux acides. La forme des couronnes varie aussi selon le milieu de plantation, plutôt élancée dans de bons sols et plus étalée dans les sols plus médiocres.

On ne lui connaît pas d’insectes ravageurs et peu de champignons pathogènes à l’exception du pourridié racinaire dû à l’armillaire couleur de miel (Armillaria mellea).

tronc et exfoliation de l’écorce
Couleur du tronc et exfoliation de l’écorce, atouts esthétiques du Parrotia – © R. Durand

Attractif dans toutes les situations

Le Parrotia est une espèce ornementale de premier rang. Son port est attractif dans toutes les situations. Erigée ou étalée, sa couronne ne laisse pas indifférent. En hiver, la silhouette de l’arbre dépouillé de son feuillage, la couleur du tronc, l’exfoliation de l’écorce, les nombreux boutons rouge carmin des étamines confèrent à l’espèce un intérêt majeur. Planté en alignement, en isolé ou par petits bouquets il fera le meilleur effet. Au printemps, au moment du débourrement, les jeunes feuilles prennent une teinte pourpre puis passent au vert franc, légèrement brillant.

Des variétés cultivées ou cultivars sont, à l’heure actuelle, commercialisées et plantées dans les espaces urbains. Citons Parrotia persica ‘Pendula’ au port pleureur qui atteint 4 à 5 m de hauteur, Parrotia persica ‘Compacta’ au port compact et dense qui atteint 8 à 10 m de hauteur, Parrotia persica ‘Vanessa’ au port colonnaire, qui atteint 8 à 10 m. de hauteur.

Bouturage assisté

La multiplication végétative de cette espèce est restée longtemps délicate. C’est peut-être la raison qui explique sa rareté dans les espaces urbains et ce, jusqu’à une époque récente. Jadis l’approvisionnement se faisait à partir de plants venus d’Iran. Puis les événements que ce Pays a connus et les relations internationales après 1979 ont mis un arrêt à l’importation. Alors se sont mis en place des essais de multiplication végétative et en particulier le bouturage assisté par les hormones Restait à cerner la période la plus favorable pour réussir ce bouturage. Finalement, la multiplication végétative devint une voie de multiplication de l’espèce, le bouturage, en fin d’été et début d’automne, de pousses semi-aoûtées réussissent bien. Les marcottes ainsi que les drageons peuvent aussi être utilisés. Le semis est une voie possible de multiplication. Il se pratique sous verre, en coffre froid ou chaud. Le greffage sur Hamamélis est une technique possible mais les sujets obtenus restent de taille très modeste.

En isolé ou en alignement

Strictement ornementale. Parrotia persica C.A. Mey se rencontre de plus en plus fréquemment, planté soit en isolé soit en alignement. Les variétés colonnaires, fastigiées et pleureuses sont préférées pour des raisons de moindre encombrement. Les plus vieux sujets introduits au 19e siècle se trouvent dans les parcs et jardins botaniques tels que le Jardin des plantes de Paris, l’Arboretum Vilmorin de Verrières-le-Buisson, l’Arboretum national des Barres, à Nogent-sur-Vernisson (Loiret).

En automne, des couleurs qui virent au jaune, à l’orangé, au rouge, voire rouge écarlate
En automne, des couleurs qui virent au jaune, à l’orangé, au rouge, voire rouge écarlate – © R. Durand
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